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Balance ta vulve : un fanzine pour casser le tabou autour du sexe féminin

Fini le monopole des zizis dessinés sur les voitures.

Abricot, barbu, chatte, moule, sourire vertical, teuch’, vava, zézette… avec son abécédaire de petits noms et son allure chiffonnée et mystérieuse, le sexe féminin est au cœur du projet artistique "balance ta vulve", du collectif Fanzine Frangine.

© Julie Lamidieu

Mais c’est quoi, une vulve ? Petit recap d’anatomie avec Eléonore, médecin au CHUV :

"C’est l’organe sexuel externe qui s’appelle la vulve. Ça comprend le mont du pubis, les grandes et petites lèvres, le méat urinaire, le vestibule du vagin, les glandes vestibulaires et le clitoris."

C’est en 2017 seulement que les manuels scolaires d’anatomie et autres encyclopédies imagées pour les enfants de différents éditeurs français ont représenté une vulve correctement : en la nommant avec le bon terme, car elle était parfois précédemment désignée comme "vagin", qui désigne en réalité la partie interne. Et illustrée de façon complète, une belle vulve détaillée, qui ne soit pas qu’un trou ou un dévaloir à bébés, munie d’un clitoris.

Le clitoris, ce bel inconnu

Jusqu’au XIXe siècle, on a attribué au clitoris une fonction dans la reproduction, donc jusque-là tout allait bien pour lui. Mais lorsque ces messieurs gynécologues d’antan réalisent qu’il n’a pour seule utilité le plaisir de la femme, le clito devient l’engin du diable, encourageant ces dames à la masturbation, qu’on accuse de provoquer, entre autres, la surdité et la démence. Cent ans plus tard, l’ami Sigmund Freud, qui n’est pas vraiment l’ami des femmes cela dit, s’en mêle dans divers textes; c’est lui qui invente la différentiation des orgasmes, entre "l’orgasme vaginal", le seul digne selon lui d’une femme respectable, tandis que "l’orgasme clitoridien" est dénoncé comme le fruit d’une névrose des femmes immatures et déviantes. L’explication : pour lui, la fille est jalouse du pénis du garçon, car bien plus grand que son clitoris. Humiliée, elle n’a d’autre choix que de se tourner vers son vagin. Voilà, voilà.

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- 😱 Le saviez-vous ? Un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris, et 83% ignorent son unique fonction érogène. Pétition en ligne 💪 Mesdames, Messieurs ! Libérons la sexualité des Femmes au 21ème siècle. Prônons la fin de l’analphabétisme sexuel. Le clitoris est le symbole universel du plaisir sexuel féminin. Pourtant il est autant mutilé, qu’oublié. Démocratisons le savoir pour toutes les Femmes, pour toutes les jeunes filles qui arrivent derrière nous et pour tous les Hommes qui nous aiment. Transmettre c’est militer ! Envahissons nos rues le 8 Mars Journée Internationale des Droits Des Femmes > Reçois tes affiches et ton Kit de mobilisation sur @itsnotabretzel #8march #Clitoris #itsnotabretzel #feminism #femalepleasure

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On ne saura pratiquement rien sur le clitoris jusqu’à la fin du XXe siècle. Ce n’est qu’en 1998 qu’Helen O’Connell, une urologue australienne réalise les toutes premières dissections de cet organe et fait une découverte hallucinante : le petit bouton que l’on considérait comme le clitoris est en réalité seulement le sommet de l’iceberg. Modélisé en 3D, il ressemble à un petit personnage, avec une tête, des bras et des jambes.

Dessine-moi une vulve

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Zondag 2 Juni (morgen!) in @sieboldhuis lezing 'Japans naakt&censuur' om 14:00. In Japan gelden strikte zedenwetten, maar Japan kent ook een van de grootste seksindustrieën ter wereld. Ontdek ideeën&wetgeving door de eeuwen heen in Japan mbt naaktheid&seksualiteit. Een heel fascinerend onderwerp, we zullen ook kijken naar een paar rechtszaken zoals die van Megumi Igarashi. Deze vagina kunstenares maakte een 3dscan van haar vagina en maakte vervolgens een kayak. Zie afbeelding. Dit project kwam tot stand door crowdfunding, de crodwfunders kregen als bedankje de 3d scan opgestuurd. Dat werd de politie te veel en zij arresteerden Megumi voor het overtreden van artikel 175 wegens het verspreiden van 'obsceen materiaal'. Meer weten? Kom dan morgen langs. 🙋‍♀️💃😊 https://www.sieboldhuis.org/activiteiten/japans-naakt-en-censuur #sieboldhuis #megumiigarashi #rokudenashiko #vaginaart #vagina #art #censorship #Japan #lezing #censuur #naakt #nude #sex #seks #shunga #manga #anime #film #intherealmofthesenses #fotografie #santafe #sieboldhuis #leiden #museum

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Dans l’art, la vulve n’est pas logée à la même enseigne que son équivalent masculin, le pénis. Les statues antiques représentant des personnages féminins nus (et qui ont échappé au petit drapé cachant les parties génitales) ont au mieux un entrejambe de Barbie. L’Origine du monde, de Gustave Courbet, continue d’être régulièrement censuré, 150 ans après sa création. Plus récemment, l’artiste japonaise Megumi Igarashi a été condamnée pour obscénité, après avoir créé un canoë sur la base d’une reproduction de son sexe, scanné en 3D.

© Fanzine Frangine

Quand on parle de dessiner des obscénités, tout le monde pense à griffonner des pénis, rares sont ceux ou celles qui sont capables de dessiner une vulve... C’est sur ce constat qu’a démarré le projet de Caroline et Julie Lamidieu, les deux sœurs du collectif Frangines Fanzine, originaires de Franche-Comté. En 2018, elles lancent un appel à projet et reçoivent une cinquantaine de créations autour de la vulve ; collages, photographies, dessins, gravures, poèmes, musique et même une sculpture. Toutes les créations sont réunies dans un fanzine intitulé Balance ta vulve. 

"Considérant que nous les femmes, déjà si peu présentes dans l’Histoire de l’Humanité, mises en sourdine pour toutes nos inventions, créations, idées et révolutions, on a décidé de faire basculer la balance, d’inverser la tendance et de balancer des vulves à tout bout de champ !"

© Fanzine Frangine

Depuis quelques mois, les deux sœurs animent aussi des ateliers, notamment à l’Université de Fribourg, où les participantes pouvaient réaliser une gravure de leur vulve. Julie nous explique leur envie :

"On veut raconter des histoires, partager des anecdotes de façon quotidienne avec le dessin et la poésie et ce tout en humour ! Mais on voulait aussi réunir toutes celles qui avaient quelque chose à dire, nos sœurs, nos frangines, celles qui n’osent pas, celles qui osent déjà, celles qui ont peur de pas savoir faire, pas savoir dire, pas savoir dessiner."

© Fanzine Frangine

La vulve existe

Que ce soit dans les manuels d’anatomie ou dans l’art, la vulve est peu ou mal représentée. Dans le langage, c'est un peu pareil. Éducatrice en santé sexuelle, Pascale Coquoz anime des ateliers pour les parents et professionnels sur la sexualité des jeunes enfants. Souvent elle entend dire des adultes : "mais vulve, c’est affreux", ou "les enfants sont trop jeunes pour l'apprendre !" Pour elle, cela signifie qu'il reste un tabou à nommer le sexe féminin : 

"Il existe un florilège de mots pour désigner le sexe masculin, pour la plupart socialement acceptés: pénis est souvent utilisé, dans l'enfance le mot zizi est très usuel."

Et chez les filles alors? vulve? zézette? autre chose?

"Ce qu'il faut, c'est avoir des mots. Car quand on dit "je n'ai pas", quand on oppose "avoir un zizi" avec "ne pas avoir de zizi", c’est qu’on va grandir avec le manque, l’absence de quelque chose ; alors que quand on est une fille il est primordial d'intégrer qu’on ne manque de rien, qu’on a tout ce qu’il faut."

Okay, Sigmund ?

© Fanzine Frangine

La vulve, de son apparence à sa dénomination, est un secret bien gardé. Et c’est toute une société patriarcale qui en profite, en Europe et à travers le monde ; les mutilations génitales, les violences obstétricales, la précarité menstruelle, peuvent continuer d’exister grâce au silence imposé à propos du sexe féminin. 

Cette volonté de décomplexer la parole se retrouve chez Megumi Igarashi, Fanzine Frangine, et qui nous rappellent aussi furieusement le projet You Glow Girls Club, dont on vous parlait il y a quelques mois. La vulve, longtemps cachée ou ignorée, a désormais ses porte-parole ; à travers leur fanzine, les frangines Caroline et Julie nous en montrent les multiples facettes, avec leur message simple et fort : la vulve existe!

Par Nadine Schouwey, publié le 13/06/2019

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