Quatre ans après Tyranny, The Voidz reviennent avec l’excellent album Virtue

Avec Virtue, Julian Casablancas signe ce qui est potentiellement son projet le plus solide depuis Room on Fire.

(© YouTube)

Voilà, c’est dit.

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J’ai pourtant adoré Tyranny, le premier album de Julian Casablancas & The Voidz sorti il y a quatre ans. Considéré par ses auteurs comme un protest record, Tyranny n’avait laissé aucun de ses auditeurs indifférent : soit tu adores, soit tu détestes. Cependant, l’album a été plus moqué qu’apprécié et, au crépuscule de l’année 2014, Tyranny n’a pas eu le succès attendu d’un projet portant le nom d’une des plus grandes rock stars du XXIe siècle.

Quatre ans plus tard, Julian Casablancas and The Voidz se renomment The Voidz et briguent une seconde chance avec Virtue, un album beaucoup plus accessible et éclectique. La grande force de cet opus, c’est qu’il y en a pour tout le monde. Peu importe le style de musique que tu aimes, fais-moi confiance, il y a au moins un titre pour toi dans Virtue.

Que ce soit les ballades pop et enivrantes de "Leave It in My Dreams", "Permanent High School", "Wink" ou encore "Lazy Boy", qui nous rendent un peu nostalgiques des grandes heures des Strokes, ou les titres plus rock comme "Pyramid of Bones", "One of the Ones", "Black Hole" et "We’re Where We Were", les morceaux sont variés.

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Sans oublier les très réussis (et spéciaux) "Qyurryus" (titre qualifié par le groupe de "cyber-arabic prison jazz") et "Pointlessness", qui n’ont rien à envier au Kanye West de 808’s and Heartbreak et Yeezus. De leur côté, les synthés du single "All Wordz Are Made up" nous emmènent tout droit dans les 80’s pendant que "Pink Ocean" ressemble comme son nom l’indique – au fruit d’une collaboration entre Ariel Pink et Frank Ocean. 

Cependant, Julian Casablancas a beau être un compositeur hors-pair, il faut absolument saluer le travail remarquable de ses compères tout au long de l'album. 

Ça, c’est pour la forme. La forme est jolie, mais dans le fond, Virtue est avant tout un album politiquement chargé, tout comme l’était son grand frère Tyranny. Julian Casablancas chante à propos du sujet qui lui tient désormais le plus à cœur : la bataille entre les puissants et les opprimés, comme en témoigne sa bio sur Twitter.

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Dans "Pyramid of Bones" et "ALieNNatioN (A Lying Nation)", The Voidz dénoncent les "meurtres au nom de la sécurité nationale" et avancent "qu’ils jouent le jeu avec d’autres règles, en appuyant que c’est équitable". Aussi, l’administration Trump ne semble pas être laissée de côté dès les premières lignes de "We’re Where We Were" : "Un nouvel holocauste est en route. Quoi, tu es aveugle ? On est en Allemagne maintenant, 1939."

La relation manichéenne entre le mensonge et la vérité est quelque chose qui revient souvent : "Les mensonges sont simples, la vérité est complexe", peut-on entendre dans "Pyramid of Bones", tandis que dans  "Permanent High School", le chanteur scande : "Si je te disais la vérité, ce serait un mensonge."

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C’est agréable de voir des artistes aussi passionnés et impliqués sur ce genre de sujet, mais il y a quand même un petit côté je-sais-tout, qui peut faire penser à un collégien devenu pseudo-révolutionnaire après avoir regardé deux ou trois vidéos sur YouTube.

D’ailleurs, Julian Casablancas regrette cette époque sur la ballade acoustique "Think Before You Drink" : "Mon père me protégeait, il me gardait dans sa main (sic)/Puis je suis allé à l’école, où les professeurs m’ont donné du poison et je l’ai bu sans relâche." Cette chanson a la particularité d’être une reprise d'un morceau Michael Cassidy sorti en 1978, la seule différence étant une petite partie anti-avortement que nos amis de The Voidz ont pris la peine de retirer.

Aujourd’hui, Julian Casablancas semble en savoir plus que nous et souhaite nous détourner des "choses superficielles qui nous distraient au jour le jour", comme c’est évoqué dans "Pyramid of Bones", mais il a d’autres choses à dire – notamment sur sa relation avec ses camarades des Strokes.

(© YouTube)

Si Julian est aujourd’hui épanoui dans un groupe qui lui permet de réaliser ses plus grandes lubies musicales, il est tout de même triste de n’avoir pu les accomplir au nom des Strokes. "Quand est-ce que mes rêves se sont décousus ? Mettez-moi dans une autre équipe", dit-il dans "Permanent High School". Il regrette que son premier amour n’ait jamais eu le culot de vraiment expérimenter de nouvelles choses : "Je la jouais trop simple, mais la jouer simple est dangereux ("Wink")."

Depuis 2011 et la fin du hiatus des Strokes qui a résulté en une démocratisation du processus créatif de l'artiste, Julian Casablancas a "perdu" les Strokes et le regrette dans "Qyurryus" : "J’ai perdu ce qui était mien, peut-être que ce n’était jamais mien."

Il y a un autre sujet qui tient à cœur à l’héritier de la marque Elite. Dans "Permanent High School", Julian Casablancas rappelle que "ce n’est pas parce que quelque chose est populaire que c’est bon". Dans un sens, il n’a pas tort – on a tous un·e pote qui nous a déjà vanté les mérites d’un rappeur sous prétexte qu’il a fait x nombre de ventes.

Pour illustrer son propos, dans une interview pour Vulture, Julian Casablancas se demandait pourquoi les Grammys récompensent les artistes les plus populaires tandis que les Oscars gratifient les "meilleurs", en ajoutant qu’il rêve d’un monde où Ariel Pink serait aussi reconnu qu’Ed Sheeran.

Ce monde, il ne l’aura sûrement pas. Mais une chose est sûre, Virtue est un projet qui mérite bien ton écoute.

Par Enzo Galipon, publié le 30/03/2018

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