Lefa monte en grade avec Fame, un nouvel album solide

Un nouveau projet abouti pour le rappeur de 33 ans, qui confirme sa montée en puissance progressive depuis ses débuts en solo.

Lefa s’est engagé dans une course-poursuite avec le temps. Alors qu’il a déjà dévoilé un premier EP en avril dernier avec Next album dans mon phone, l’ancien membre de la légendaire Sexion d’assaut poursuit sur sa lancée. Ce vendredi 18 octobre, il vient de lâcher FAME, déjà le quatrième album de sa carrière solo démarrée seulement à la fin de l’année 2015.

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Car entre la fin du collectif phare du début des années 2010 et le début de l’indépendance de Lefa, il s’est écoulé plusieurs années. Un temps de repos primordial pour l’artiste, épuisé et lassé par l’industrie musicale et la cadence infernale du show-business. Quand on connaît l’histoire de Lefa, cet album prend encore plus de sens. "Le parcours était loin d’être rose, pour ça qu’des fois j’ai b’soin d’mettre pause", chante-t-il notamment sur le joli morceau "Pause".

Si ses qualités naturelles et indéniables de kickeur ne l’ont jamais abandonné, Lefa progresse sur d’autres aspects, comme le chant et les mélodies. Dans la lignée de 3h du mat, son dernier long projet paru l’année dernière, il parvient une nouvelle fois à réunir un casting impressionnant. Cette fois-ci, Caballero & JeanJass, Vald, Dosseh et les autres remplacent Orelsan, Lomepal, S. Pri Noir et consorts. Preuve, s’il n’en fallait, qu’il demeure une référence au sein même de la communauté officieuse des rappeurs français et représente une sorte de pont entre plusieurs époques glorieuses.

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Le disque a été produit en quasi-intégralité par MKL, accompagné parfois de Lefa lui-même, mais aussi de quelques autres intervenants (Kore a par exemple participé au titre "Trip"), tout aussi renommés. L’inspiration semble débordante pour Lefa, qui s’impose comme l’un des artistes les plus prolifiques de ses dernières années, avec une constance rare.

Chaque titre a été annoncé comme un film, les artistes invités ont été présentés comme des acteurs. Un fil rouge cinématographique que l’on retrouve également dans les clips distillés au fil des semaines. De véritables courts-métrages, qui ont eu leur petit effet auprès du public.

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La verve est toujours aussi affutée. Idéale même, pour narrer la vie d’artiste mais aussi ses déboires et ses dérives. Le ton est donné dès l’intro. Lefa est "venu faire son beurre", et enchaîne avec son single "Fame", où il chante brillamment sa soif de réussite et le comportement des gens prêts à beaucoup, si ce n’est tout, pour acquérir un semblant de célébrité éphémère. S’ensuit le mélodieux titre "Bitch" avec Vald, probablement les deux rappeurs français du mois d’octobre, qui a été déjà certifié single d’or avant même la sortie du projet entier.

Sur "Château de Versailles", Lefa renoue avec son storytelling des plus grandes heures, et une efficacité redoutable toujours en rendez-vous. En attestent les morceaux "Sors de ma tête", "Spécial" avec Dosseh, le sombre "Course-poursuite" ou encore le puissant "Megazord" en feat avec Megaski, qui précède "O&S" avec les deux trublions Caballero & JeanJass.

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"Trip", en compagnie du polyvalent chanteur Tayc, témoigne des progrès et de l’évolution artistique d’un Lefa plus sûr que jamais. La preuve, il laisse même carrément une piste entière ("Sous la pleine lune") à Abou Tall (moitié de The Shin Sekaï, groupe qu’il formait avec Dadju), avant d’ouvrir son cœur sur "T’y arrivais pas" et de poursuivre avec le poétique titre "Maniaque".

Si "Mauvais" et son superbe clip dévoilé hier sont une très belle réussite, "Batman" offre une très belle conclusion à ce nouveau projet audacieux. "J’suis scrèd', qu’on me laisse, j’vends pas ma vie sur les réseaux, pose pas d’question, j’ai mes raisons, c’est p’t-être toutes ces années de hess", laisse-t-il comme dernières paroles en tête de l’auditeur. Il faut aussi noter qu’il s’agit là de son second projet solo qui n’est pas sorti sur le label Wati-B, et qu’il s’affranchit de plus en plus de son passé. Pour offrir un projet construit entre ambition et regret, à la recherche du temps perdu.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 18/10/2019

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