"La Petite Mort" ou quand le cinéma suisse parle enfin de l’orgasme féminin

Enfin un autre regard, qui décomplexe et qui instruit.

@La petite mort/ Dok Mobile

Un bon film suisse, c’est comme le point G : difficile à trouver. Pourtant, Annie Gisler, jeune réalisatrice de 35 ans d’origine bâloise réussit enfin à concilier les deux. Pour son tout premier film "La Petite Mort", la jeune femme, diplômée de cinéma à l’université de Zurich, s’attaque à un gros morceau : l’orgasme féminin.

À travers les témoignages de cinq femmes, d’âges et de vécus différents, Annie Gisler capte les récits des protagonistes sur leur expérience (et parfois non-expérience) de l’orgasme. Entrecoupés d’illustrations métaphoriques entièrement réalisées par la jeune cinéaste, les témoignages sont francs, directs, sans tabou ni gêne. Dans une ambiance intimiste, on parle de plaisir frontalement sans rien enlever à la poésie qu’il soulève. Pour la réalisatrice, le film se veut libérateur et pédagogique :

"Ce que je veux, c’est allumer une petite étincelle pour encourager les femmes à prendre en main leur sexualité. Explorer et connaître leur corps. Il faut éduquer les femmes et les hommes sur le sujet et ouvrir un dialogue dans les couples et dans la société en général. J’espère que mon film sera une bonne base de discussion."

Habituellement, les productions cinématographiques grand public, érotiques ou pornographiques, sont empreintes du regard masculin, le fameux man gaze, qui prévaut sur la réelle expérience de l’orgasme féminin. Tantôt romancé, simulé, voir complètement ignoré au profit du plaisir masculin, la représentation de l’orgasme des femmes au cinéma imprègne notre vision du sujet et la culture populaire.

"J’espère que mon film changera le regard des spectateurs masculins sur l’orgasme de leurs partenaires féminines. Il faut que le cinéma opère une véritable reconnaissance de ce dernier."

"La Petite Mort" vient d’être nommé dans la catégorie "Suisse - Allemagne - Autriche" au Zurich Film Festival qui se déroule en ce moment. Pour Annie Gisler, cette reconnaissance n’est pas anodine.

"C’est un signal fort en accord avec ce qui se passe en ce moment autour des débats sur l’égalité des genres et la reconnaissance des droits des femmes."

Pour le moment, le film n’a pas de diffusion prévue en salles mais sera projeté dans le cadre du Zurich Film Festival les 3, 4 et 6 octobre prochains.

TRAILER "LA PETITE MORT" (The little death) from Annie Gisler on Vimeo.

Par Régine Bucher, publié le 02/10/2018