Émilie Charriot, dans sa pièce “Passion simple”. (© Agnès Mellon)

Au Théâtre de Vidy, Émilie Charriot est bouleversante dans sa mise en scène de Passion simple

La jeune dramaturge met en scène un texte d'Annie Ernaux, qui narre la passion amoureuse (et à sens unique) d'une femme pour un homme marié.

Émilie Charriot dans Passion simple. (© Agnès Mellon)

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Elle fixe les spectateurs et n’a pas l’air d’avoir peur. Pourtant, elle a à peine dix-douze ans, et elle est là, plantée devant nous, dans la première partie de la mise en scène d’Émilie Charriot de Passion simple. La salle retient son souffle, parce qu’une enfant au théâtre c’est étrange et précieux (et un peu bizarre, aussi).

Elle impressionne quand on voit sa maîtrise. Elle plante ses yeux dans la masse noire du public et parle d’un couple, à New York, qui se sépare et se jalouse. Elle évoque ensuite le trac qui l’envahit et la paralyse, avant de réciter une série d’impératifs tirés de Par les villages de Peter Handke ("Sois ébranlable"). Elle sort et Émilie Charriot entre en scène.

De l'attente et de l'obsession

Au Théâtre de Vidy, à Lausanne, jusqu’au 22 novembre, la jeune comédienne et dramaturge met en scène un texte d’Annie Ernaux. En début de pièce, un duo de musiciens nous joue des airs d'amour revisités. Puis Nora, la très jeune comédienne de 12 ans, nous coupe le souffle. Enfin, Émilie Charriot la remplace. La mise en scène épurée et le texte bouleversant narrent avec brio 12 mois de la vie d'Annie Ernaux.

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Toute cette année passée à attendre un homme marié (et indifférent) nous est décrite. De l’attente heureuse à l’obsession, en passant par les achats compulsifs destinés à plaire à l’autre, tous les degrés de souffrance, toutes les manies qu’ont les amoureux du monde entier, depuis la nuit de temps, sont disséquées par ce texte d'une précision quasi chirurgicale.

La pièce parlera ainsi à quiconque ayant déjà aimé quelqu’un en dépit de toute raison. Dans un carré de lumière au milieu d'une scène dépouillée, Émilie Charriot fixe elle aussi le public et nous livre une heure de monologue sans interruption.

Saluée en 2014 pour sa mise en scène magistrale de King Kong Théorie, l’essai féministe de Virginie Despentes, Émilie Charriot choisit ici un texte particulier d’Annie Ernaux. La précision de l’écriture et la liberté de ton, qui se joue des conventions, donnent un aspect militant et universel à ce texte personnel. Passion simple est une très belle pièce : sobre, majestueuse et bouleversante.

Passion simple, d'Émilie Charriot, Théâtre de Vidy, du 7 au 22 novembre 2017.

Par Emmanuelle Fournier-Lorentz, publié le 09/11/2017

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