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Arte signe un documentaire sur les modérateurs, ces soldats inconnus du Web

Welcome to hell...

(© Arte/Hans Block & Moritz Riesewieck)

L'expression "made in China" est entrée dans nos mœurs, "deleted in Philippines" la rejoindra peut-être. Dans Les Nettoyeurs du Web – The Cleaners, Hans Block et Moritz Riesewick sont allés à la rencontre des modérateurs, dont la plupart sont basés aux Philippines. Ils analysent messages, textes et photos du monde entier pour les géants du Web, principalement Google, Facebook et Twitter.

Ils sont anonymes et tenus au secret professionnel. Leur vie est aussi binaire que peut l'être l'informatique, consistant à cliquer sur un bouton "supprimer" ou "ignorer". Ils se perçoivent comme des "policiers", des "veilleurs" ou même des "tireurs d'élite" et peuvent se farcir jusqu'à 25 000 images par jour. Certains le font par idéal. Beaucoup par nécessité. Tous vivent un enfer.

Leur boulot consiste à vérifier si les contenus respectent les conditions d'utilisation des plateformes. Dans le collimateur : les contenus choquants, pornographiques, à caractère terroriste ou les discours de propagande politique, avec des critères à géométrie variable selon les États et les régimes.

Au bout du tunnel, une question lancinante : où s'arrête la liberté d'expression ? Faut-il modérer un dessin de Trump à poil avec un petit zizi ? (Apparemment, oui.) Faut-il modérer des références faites au Kurdistan en Turquie, tenue d'une main de fer par Erdogan ? (Apparemment, oui.) Faut-il censurer la célèbre photo de la guerre du Vietnam parce que l'on y voit le sexe d'une petite fille ? (Encore oui, selon un modérateur philippin.)

En plus de s'intéresser aux dégâts psychologiques rencontrés par ces travailleurs, le docu rencontre des spécialistes et observateurs de la Silicon Valley. Y sont nés des outils puissants, capables de déstabiliser des démocraties à coups de discours de haine et de fake news. On comprend mieux en quoi les politiques de modération menées sur les réseaux sociaux sont au cœur du réacteur.

#NotGorafi : le trailer de ce documentaire sur la modération a lui-même été modéré... par YouTube (détenu par Google), en raison de "contenu choquant". Arte y voit de la "censure". Dans le doute, voyons-y une sublime démonstration par l'absurde. Le documentaire est disponible ici jusqu'au 3 septembre prochain.

Mise à jour : selon Le Monde, il ne s'agit pas de censure, c'est un peu plus compliqué que ça.

 

 

 


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Par Pierre Schneidermann, publié le 31/08/2018