Façon buddy movie, The Climb est la comédie indispensable du festival de Deauville

Le film de Michael Angelo Covino est reparti avec un Prix du jury.

Après une projection au Festival de Cannes dans le cadre de la sélection Un certain regard, le buddy movie de Michael Angelo Covino était de passage au Festival du film américain de Deauville, dont il est reparti avec un Prix du jury amplement mérité.

The Climb, c’est quoi ?

Tout démarre par une virée dans les Alpes francophones. Sur leurs vélos de course, Mike (Michael Angelo Covino) et Kyle (Kyle Marvin) discutent de tout et de rien : du vélo, du beau temps, du futur mariage de Kyle... En pleine côte, Mike s’élance, prend de l’avance, et le couperet tombe : le personnage avoue qu’il a couché avec la fiancée de son meilleur ami. Son pote essaye de le rattraper, en vain. Le ton est donné, entre la comédie et la colère.

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Pendant une heure trente, The Climb nous fait vivre de grands moments avec ces deux hurluberlus à l’amitié toxique, sur fond de revanche, de pardon et de pages à tourner. Les amours débarquent, puis repartent. La famille, elle, reste, même si cela complique plus les affaires de nos protagonistes.

Sur une période d’une bonne dizaine d’années, on suit ces deux amis (campés par deux mecs qui sont amis depuis plus de dix ans dans la vraie vie), dont le parcours est parsemé d’embûches plus ou moins importantes. Seule reste cette relation, unique pilier d'une vie où tout semble se complexifier à mesure que les années passent.

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Filmé en sept étapes quasiment toutes constituées d’un ou plusieurs plans séquences, cette pièce de théâtre tend vers la tragédie grecque qui aurait rencontré la comédie new-yorkaise.

Mais c’est bien ?

The Climb profite d’une forme et d’un fond éloignés des carcans du septième art mainstream. Visuellement, l’exercice est amplement réussi. Entre ces plans séquences incroyables, les quelques scènes chorégraphiées à la perfection et la palette de couleurs, difficile de demander mieux — surtout dans un monde où les bonnes comédies américaines se font rares.

Mais c’est surtout dans son récit que Covino (à la fois réalisateur et acteur) convainc. Le propos est simple, et probablement déjà abordé des centaines de fois au cinéma, mais sa relecture est plus que plaisante. Là où on a tendance à voir dans ce genre de films des protagonistes qui, in fine s’entraident, ici, les deux se rabaissent l’un l’autre.

Mike semble égoïste et, en voulant aider son ami, brise tout sur son chemin. Kyle est le gentil qui se fait avoir à tout-va. Sans tomber dans un pessimisme lourd, le récit mélancolique de cette relation d’amour vache entre deux copains d’enfance nous montre la vie qu’on récolte quand on se traîne un boulet toxique – mais le film prouve aussi que l’amitié est indépassable, qu’importent les saloperies que l’un inflige à l’autre.

Plus encore, l'histoire de ces deux hommes fragiles, et destructeurs car détruits, présente un tableau intéressant de la masculinité en 2019 (loin des carcans hollywoodiens, encore une fois). Et le tout en restant léger, sans aucune prétention, si ce n’est celle de raconter l'histoire de deux potes qui ont connu quelques dérapages existentiels.

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’acteur qui tire son épingle du jeu : Michael Angelo Covino, qui est aussi le réalisateur

La principale qualité : son humour très malin, mâtiné d’une esthétique soignée

Le principal défaut : un petit ventre mou au milieu de cette structure (volontairement) répétitive

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : The Nice Guys

Ça aurait pu s’appeler : Bros Before Hoes

La formule pour résumer le film : une relecture parfaite du buddy movie contemporain.

Par Arthur Cios, publié le 15/09/2019

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