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On a classé (objectivement) les 10 meilleurs épisodes d’Atlanta pour célébrer sa dernière saison

Publié le

par Jennifer Padjemi

La quatrième et dernière saison arrive enfin en France sur OCS, l’occasion de faire le point.

On a classé (objectivement) les 10 meilleurs épisodes d’Atlanta pour célébrer sa dernière saison

© FX

Six ans après avoir débarqué sur le petit écran pour changer à tout jamais le game télévisuel, Atlanta a tiré sa révérence en novembre dernier sur la chaîne américaine FX. L’équipe créative portée notamment par Donald Glover, son frère Stephen Glover, la scénariste Stefani Robinson et le réalisateur Hiro Murai, ont pendant quatre saisons offert un show indescriptible, toujours à la pointe des questions de société, avec un ton aussi drôle que cynique.

La saison 4 d’Atlanta sera finalement la dernière

Atlanta a réussi à repousser les limites du format sériel, prouvant qu’il est possible de décortiquer énormément de thématiques sociales en un format court, qui ne répond à aucun critère, aucune règle de jeu, aucune demande de fans. On aura pu reprocher à la série son manque d’approfondissement du personnage de Van et des femmes noires en général ; ou son côté “too cool for school” qui a pu la rendre parfois inaccessible et l’existence même de son cocréateur à tendance mégalomane. Néanmoins, elle a su naturellement s’inscrire comme l’une des meilleures séries de ces dix dernières années, ou plutôt de l’Histoire des séries.

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Parmi tout cela, il est évidemment extrêmement difficile, voire impossible, de ne choisir que dix épisodes dans la richesse de l’offre proposée, mais nous avons tenté de sélectionner ceux qui résument sans doute le mieux la magnificence d’Atlanta. Voici notre classement, avec quelques spoilers.

#10. “C’était qu’un rêve” (Épisode 10, Saison 4)

© FX

Il est plutôt rare de mettre un finale d’une série dans un classement des meilleurs épisodes, mais l’ultime volet de l’aventure atlantesque est la cerise sur le gâteau qui donne un sens logique à l’œuvre entière. Jusqu’au dernier souffle, le ton dadaïste a été gardé pour laisser le téléspectateur circonspect, peu sûr de ce qu’il est en train de regarder. Est-on même certains que la série a réellement existé ou n’était-ce qu’un rêve, nous laisse penser Darius, personnage au raisonnement “hors norme”, mais aussi le plus intelligent et lucide du groupe.

Rien de mieux que de finir sur une note qui vient boucler la boucle d’une histoire d’amitié, de carrière, d’amour et de galères. Ce dernier plan de rires enfumés entre Paper Boi, Earn et Van, derrière un Darius au sourire malicieux, restera un mystère bienheureux. Une sorte d’hommage à une saison 4 audacieuse et très drôle, qui tire le rideau d’un show qui ne ressemble à aucun autre.

#9. “Champagne Papi” (Épisode 7, saison 2)

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Certes, on aurait voulu voir le personnage de Van davantage, mais les épisodes centrés autour de son intrigue font globalement partie des meilleurs, ce qui est finalement le plus beau des compliments.

Dans “Champagne Papi”, comme son nom l’indique, Drake est à l’honneur ou presque : Van se rend à une soirée du 31 avec ses amies dans l’espoir de rencontrer la star canadienne “pour buzzer sur Instagram”, mais rien ne se passe comme prévu. Entre deux dialogues sur les hommes noirs en couple avec des femmes blanches et la culture du like, Van va finalement découvrir que Drake n’est pas là et que les organisateurs font payer des selfies avec la tête de l’artiste en version cartonnée.

Cet épisode est mémorable pour son format qui mêle des outils digitaux (caméra sous forme de story) à des moments culturels connus du Black Twitter. Il illustre le lien fort entre Atlanta et Internet. La série a d’ailleurs pu s’imposer comme phénomène culturel grâce à ses références pointues, souvent nées sur les réseaux sociaux sous forme de mèmes. Pour preuve, Drake himself a samplé l’une des répliques lancées par Van dans son titre “In My Feelings. Peu de séries ont cet impact-là.

#8. “La plus gentille des petites juments” (Épisode 2, Saison 4)

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L’épisode du passage chez le psy est devenu un incontournable dans bon nombre de séries, mais il n’avait pas encore fait son entrée dans Atlanta avant cette quatrième et ultime saison. L’attente valait largement le coup puisqu’on comprend enfin qui est vraiment Earn (ou plutôt Donal Glover ?), avec la question de son départ de la prestigieuse université Princeton, toujours restée en suspens. La réponse se trouve aussi bien dans son rapport à son identité noire, le lien qu’il entretenait avec les femmes blanches et la rancœur comme sentiment philosophique.

C’est une séquence rare qui nous est donnée à voir, qui permet d’élever le niveau de ce trope utilisé à outrance. En tête à tête avec son psy noir (le doute est volontairement laissé au départ), on découvre un Earn vulnérable, sensible et plein d’amertume, qui ne renie pas le chemin parcouru. Il est surtout question d’un personnage complexe qui ne souhaite jamais entrer dans une case… et qui a besoin d’une très longue thérapie.

#7. “B.A.N” (Épisode 7, Saison 1)

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“B.A.N” est sans doute l’épisode de la série qui a fait entrer Atlanta au rang de show le plus original. Comment parler de race, de genre et de classe sans tomber dans un discours moralisateur ? L’équipe de scénaristes a trouvé la solution en mettant en scène une “vraie fausse” émission sur une chaîne qui rappelle explicitement BET, destinée aux communautés noires. On voit tout, des publicités aux programmes courts pour enfants et cette émission qui surfe sur les polémiques d’Internet pour faire son beurre : ici, la supposée transphobie de Paper Boi est mise en relief avec l’idée de transracialité (sujet lancé par Rachel Dolezal, une femme blanche qui estime pouvoir choisir son identité raciale).

Si Atlanta a réussi une chose tout le long de ces quatre saisons, c’est la capacité à faire une critique, voire une satire de la société, y compris des “siens”, en n’oubliant jamais d’être drôle.

#6. “La chasse au dahu” (Épisode 7, Saison 4)

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Il serait facile de faire un classement d’Atlanta en ne soulignant que l’intelligence et la finesse de discours qu’offre la série. Elles en sont l’essence, mais ne la résument pas : la série est aussi d’une grande beauté visuelle et cet épisode le rappelle.

Earn, Van et leur fille Lottie vont faire du camping pour célébrer l’anniversaire de celle-ci. En plus d’être un marqueur temporel, c’est aussi un endroit où l’on constate le chemin parcouru par le couple de manière individuelle, non pas sans déboires. Entre une rupture, une réconciliation, un post-partum et une tournée en Europe, cette relation semble n’avoir été faite que d’obstacles en tout genre, laissant parfois leur fille de côté. La saison 4 lui laisse une plus grande place et prouve qu’un équilibre a été trouvé, mais jusqu’à quand tiendra-t-il ? Non seulement il est rare de voir une famille noire camper (aucun élément n’est là par hasard dans Atlanta), mais on aura aussi très peu vu ce trio en famille heureux durant ces six dernières années. La chasse au dahu est un moment suspendu, où chaque plan et dialogue magnifiques rappellent pourquoi Atlanta est une grande série.

#5. “Mode à la blanche” (Épisode 4, Saison 3)

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Les deux intrigues qui suivent d’une part Paper Boi et d’autre part Darius ont les mêmes implications : l’opportunisme capitaliste de marques qui ne s’intéressent aux sujets de société qu’en surface et pour leurs propres intérêts et la gentrification qui exploite physiquement et moralement les gens. Malgré son statut, Paper Boi reste un pion dans un jeu social qu’il ne maîtrise pas. L’épisode entier se moque superbement des événements tragiques qui deviennent des business à part entière pour les entreprises, le militantisme en ligne, les rappeurs devenus millionnaires qui reproduisent les mêmes schémas oppressifs et le vol des idées, toujours. Une master class, tout simplement.

#4. “Fubu” (Épisode 10, Saison 2)

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FUBU est une marque de sportswear qui a connu son heure de gloire dans les années 1990, mais veut aussi dire en anglais “For Us By Us” (“Pour nous, par nous”), sorte de slogan invisible de la série.

L’épisode nostalgique qui revient dans l’enfance des personnages est un classique télévisuel, il permet de comprendre leur trajectoire et les dynamiques relationnelles. Dans celui-ci, entre Al et Earn, ce dernier fait acheter à sa mère un maillot de la marque FUBU dans une friperie. Tout fier de le porter, il reçoit des compliments avant d’apercevoir un autre élève qui a le même… Les moqueries commencent alors pour savoir lequel des deux est la contrefaçon. Il réussit à s’en sortir grâce à l’aide de son cousin, sans empêcher la tragédie que connaîtra son camarade. Replonger dans l’enfance permet de parler de harcèlement scolaire, de statut social et de pauvreté. Dans le cas de ce duo, comprendre l’une des sources de leur motivation pour percer dans la musique.

#3. “Barbershop” (Épisode 5, Saison 2)

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Il ne se passe pas grand-chose dans cet épisode et c’est exactement pour cette raison qu’il se trouve en troisième position. Atlanta est connue pour son analyse critique puissante des questions de race aux US et ailleurs (comme on a pu le constater lors de la saison 3, qui se déroule partiellement en Europe), mais on a tendance à oublier que le show est avant tout une (dra)comédie qui maîtrise la narration et le rythme comme aucune autre.

Ici, Paper Boi se rend simplement chez le coiffeur pour rafraîchir sa coupe avant une séance photo, sauf que son coiffeur a décidé de tout faire… sauf le coiffer. Il se retrouve donc dans des péripéties et déboires avec une moitié de tête non stylisée. Que faire ? Rien, à part attendre que le maître du jeu se décide à reprendre les ciseaux. Il perd patience, nous aussi. On lui “vole” des minutes, comme le sous-titre de la saison 2. L’écriture comique est à son apogée.

#2. “Teddy Perkins” (Épisode 6, Saison 2)

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Angoissant, percutant, inoubliable et ovni sont les mots qui reviennent le plus quand on pense à cet épisode qui rend hommage aux meilleurs films d’horreur psychologique. Il dénonce également le racisme qui pousse de nombreux pères-bourreaux noirs à faire de leur enfant un pur produit du capitalisme, à travers l’industrie de la musique ou celui du sport, à travers la discipline et une forme de souffrance. Teddy Perkins a les traits de Michael Jackson, mais aussi sa gestuelle et son intonation.

34 minutes haletantes pour rappeler que beaucoup des grands artistes noirs de ce monde y sont parvenus en raison d’un adage à double tranchant : “Il faut en faire deux fois plus pour avoir moitié moins que ce qu’ils ont”. Un épisode Lynchien qui fait réfléchir et laisse songeur sous les traits maquillés d’un Donald Glover blanc ou presque, qui aime s’adonner à cet exercice pour questionner la perception de la race comme construction sociale — un thème qui revient régulièrement. Teddy Perkins peut-être analysé et décortiqué à outrance, tant il raconte une histoire américaine de la race et du succès.

#1. “Woods” (Épisode 8, Saison 2) – “Jazz Moderne” (Épisode 8, Saison 3)

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Le meilleur épisode de la série entière est en réalité deux épisodes qui se font écho sur deux saisons différentes. Atlanta n’a jamais rien laissé au hasard, il faudra certainement plusieurs visionnages et des années qui passent pour comprendre toutes les subtilités et nuances d’écriture. “Woods” et “Jazz Moderne” mettent en scène Paper Boi, ou plutôt ses traumas, ses peurs, sa psyché (chaque épisode 8 de la série s’y attelle). La série est sur lui, mais souvent portée par le groupe et les aventures rocambolesques qui appuient sur la dimension comique du show.

Paper Boi est connu, mais qui le connaît vraiment ? Même pas le téléspectateur qui peut avoir du mal à le cerner avant d’arriver en fin de série et comprendre qu’il est juste un artiste qui veut vivre de son art, pas être célèbre, ni endosser l’image d’un rappeur masculiniste. Ces deux épisodes mis bout à bout permettent de questionner ce statut dans l’industrie musicale, et de mettre en exergue son état physique et mental quand sa carrière commence à décoller, puis au moment où il est extrêmement connu.

À l’aide de substances récréatives et de sa mère défunte dans les deux cas, Al y voit plus clair dans ses retranchements paranoïaques. À chaque fois, ça lui permet de comprendre qu’il est bien entouré et que malgré la célébrité, c’est la seule chose qui ne bougera pas, même si le monde le voit différemment. “Woods” et “Jazz Moderne” sont le reflet d’une série qui a toujours su où elle allait, même avec des détours.

La saison 4 d’Atlanta est disponible sur OCS.