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Euphoria est de retour, toujours aussi sombre et palpitante

Publié le

par Marion Olité

Notre avis sur le retour des kids torturés d’Euphoria dans une saison qui vient de débuter sur HBO et OCS en France.

Euphoria est de retour, toujours aussi sombre et palpitante

©HBO

L’adolescence n’a jamais été aussi trash, violente et poétique que dans Euphoria. Le teen drama de toute une génération – et pas seulement – est de retour pour une deuxième livraison, dont le coup d’envoi a été donné par la diffusion d’un premier épisode ce dimanche 9 janvier sur HBO. Les deux épisodes spéciaux, diffusés durant les fêtes de fin d’année de 2021, nous proposaient les points de vue de Rue (fantastique Zendaya) puis de Jules (la solaire Hunter Schafer) sur les événements de la première saison, qui s’achevaient par la rechute de la première dans son addiction aux drogues, tandis que la deuxième avait pris la tangente pour l’été.

On retrouve les deux jeunes femmes mais aussi tous les autres protagonistes d’Euphoria dans ce season premiere, qui prend place en grande partie durant une soirée de réveillon du 31, où les chemins de nos amantes maudites vont inévitablement se croiser. Avant cela, la série reprend là où on ne l’attend absolument pas, en proposant une origin story à Fez (Angus Cloud), le dealer et ami proche de Rue, qui avait tout donné en première saison pour qu’elle ne replonge pas. Peine perdue. Les premières vingt minutes de l’épisode nous plongent dans le quotidien violent du jeune homme, qui n’a pas connu sa mère et dont le père était proxénète. On découvre qu’il a reçu une éducation boderline, élevé par une grand-mère gangsta, avec un petit frère adoptif, Ashtray (Javon Walton).

Cette partie de l’épisode a des airs de Trainspotting, comme si on n’était plus vraiment dans Euphoria, et pour cause : le monde de Fez depuis sa naissance n’est pas celui de Rue. Cette dernière, défoncée, est d’ailleurs surexcitée d’avoir participé à des négociations tendues autour d’un trafic de drogue, qui auraient pu très très mal tourner. Fez, lui, ne rigole pas. C’est sa vie quotidienne. La bande parvient ensuite à se diriger vers la soirée du 31, et nous rebasculons alors dans l’univers familier des ados de Euphoria, pas nécessairement moins violent, psychologiquement du moins. Tous nos protagonistes plus ou moins tourmentés sont là : Nate (Jacob Elordi), Cassie, Kat (Barbie Ferreira), Jules, Maddy (Alexa Demie), McKay (Algee Smith)…

La caméra de Sam Levinson, qui tourne sur pellicule, ce qui donne un filigrane vintage des plus réussis à la photographie, capture le sublime chaos d’une soirée de beuverie adolescente. Les plans-séquences s’enchaînent pour davantage de fluidité, et l’on passe d’un couple d’un soir en plein ébat, à la discussion étonnamment mature entre Lexi et Fez, pour repartir vers Jules et Kat qui enchaînent les shots. Les verres se renversent, les corps se rapprochent, entrecoupés de microscènes entre ados s’entraînant dans les différentes pièces de ce spot parfait pour une soirée orgiaque.

Rue se défonce et évite de peu une crise cardiaque. Après avoir couché avec Nate, Cassie est plongée dans un film d’horreur quand sa BFF, Maddy, tambourine à la porte de salle de bains. Ce qu’elle vit – un drama adolescent en somme – revêt la gravité d’une scène de film d’horreur, avec en guise de tueuse sa meilleure amie. On salue la performance bluffante de son interprète, Sydney Sweeney, filmée parfois en très gros plan, et absolument parfaite de vulnérabilité et de détresse. Elle ferait une excellente “scream queen”.

En fait, sa storyline over the top, avec sa mise en scène, volerait presque la vedette à Rue et Jules, qui finissent par échanger quelques mots en fin d’épisode. Des retrouvailles attendues et plutôt sibyllines. La version addict de la jeune femme qu’on suivait sobre durant la première saison fait évidemment peine à voir. Tout comme le fait qu’elle reproche indirectement à Jules d’être responsable de sa rechute. Entre l’alcool, les drogues et les séquences surréalistes, difficile de savoir quelle direction cette relation, au cœur de la série, va prendre. L’épisode s’achève par un dernier tour de force esthétique, en donnant un coup de projecteur sur chaque personnage. Une façon de nous dire, sans un mot, que tout le monde a pris sa place, la partie peut (re)commencer. Rideau ? Pas complètement.

Une dernière scène vient rompre ce final un peu trop parfait, pour une série, tout sauf lisse (les nouveaux plans dénudés de cet épisode, sur des pénis ou des seins, ne manqueront pas de choquer). L’irruption de la violence brute : si on avait l’impression que le personnage de Fez tombait depuis un moment dans le trope du “gentil dealer” (pensez Jesse Pinkman dans Breaking Bad et au règne des “antihéros” criminels), bénéficiant d’une caractérisation si humanisante que le public est de son côté, sa réaction ultraviolente et le tabassage de Nate (“karma is a bitch” pour l’ado, ici victime mais coupable d’un tabassage similaire en première saison) viennent nous réveiller, et choque son potentiel love interest, Lexi. Voilà pour le twist final.

Sans pour autant nous donner beaucoup d’indices sur ce qui nous attend dans la suite de cette deuxième saison, cet épisode permet de nous réintroduire dans l’univers d’Euphoria, qu’on avait quitté en 2019 si on ne compte pas les épisodes spéciaux. Et à ce titre, il remplit son cahier des charges haut la main. Esthétiquement et musicalement marquant, il suit à la trace les états d’âme de ses personnages adolescents, dans toute leur détresse, leurs palpitations, leurs excès. On est euphorique et mélodramatique quand on a 17 ans.

La saison 2 d’Euphoria est diffusée sur OCS, en US+24 en France.

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