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Channel Zero, ou la meilleure série sur les creepypastas

Publié le , modifié le

Par Adrien Delage

Une série d’anthologie horrifique originale et superbement mise en scène, à mater dans le noir le soir d’Halloween.

Channel Zero, ou la meilleure série sur les creepypastas

© Syfy

Pour ce mois d’Halloween, la rédaction de Konbini vous prépare une série horrifique. Des creepypastas aux films d’horreur méconnus, en passant par des malédictions venues d’ailleurs, un article quotidien vous fera frissonner jusqu’au jour des morts.

Chaque année, les chaînes et plateformes de streaming redoublent d’efforts pour nous terroriser devant notre écran le soir d’Halloween. Au fil des ans, on a vu des séries se démarquer particulièrement dans le genre de l’horreur, de la cultissime American Horror Story de Ryan Murphy à la plus introspective et émouvante The Haunting of Hill House, créée par Mike Flanagan.

Mais si vous cherchez une œuvre plus intimiste, contemplative mais tout aussi cauchemardesque, on vous invite à découvrir la plus méconnue Channel Zero, qui saura combler les sériephiles en manque de creepypastas nés sur les threads horreur de la Toile.

Channel Zero est une série d’anthologie américaine de quatre saisons, créée par Nick Antosca et diffusée à l’origine entre 2016 et 2018 sur Syfy. Sur le principe de l’anthologie, donc, chaque saison arbore un thème, une intrigue, un cadre d’action et des personnages différents, mais tous basés sur des légendes urbaines nées sur Internet.

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Même si la série est restée assez confidentielle en France, elle a créé des monstres et créatures cauchemardesques dans une sorte de patchwork où se croisent La Quatrième Dimension, X-Files et des films d’épouvante contemplatifs dans la lignée d’un It Follows. Éteignez la lumière, faites chauffer la cire de vos bougies, fermez les rideaux et embarquez dans les mondes troublants et fascinants de Channel Zero le temps d’un binge watching aux frontières du réel.

Monstre de dents et maisons hantées

© Syfy

La première saison de Channel Zero nous a particulièrement marqués par son approche enfantine et quasi austère de l’horreur. Surnommée Candle Cove, elle introduit une émission pour enfants franchement dérangeante, comme si les Télétubbies avaient été transportés dans le monde de Vincent de Tim Burton. L’émission en question, qui est le creepypasta, remonte à 2009, après la mise en ligne d’une mystérieuse vidéo par un certain jojacob666. Âmes sensibles s’abstenir, car les images qui vont suivre pourraient bien détruire votre enfance, en particulier si vous étiez fan de Toy Story et des gentils jouets d’Andy.

Dans l’épisode “screaming” de Candle Cove, les personnages, incarnés par des marionnettes inoffensives en apparence, commencent à hurler pendant une longue, très longue minute. C’est terrifiant, d’autant plus que dans la suite de l’histoire, on comprend que les enfants qui posent un œil sur cet épisode se transforment alors en meurtriers impitoyables. Une thématique de malédiction transmissible qui n’est pas sans rappeler It Follows, ou plus récemment le film Smile.

La série adapte cette légende urbaine à travers une joyeuse histoire de pirates qui tourne à la catastrophe, où les images subliminales d’un ourson en peluche sanguinaire traumatisent les enfants avant de leur laver le cerveau. Une version modernisée du folklore de Bloody Mary, en quelque sorte.

Mais si on aime autant Channel Zero, c’est parce que derrière les frissons d’une maison hantée labyrinthique ou d’un monstre entièrement composé de dents, il y a toujours une deuxième couche de lecture, une réflexion sur notre propre psyché. Candle Cove remet clairement en question notre rapport aux écrans et la “zombification” de ses consommateurs, symbolisés ici par la privation de l’innocence et de la naïveté des enfants. La série s’amuse aussi à détourner les croyances populaires enfantines comme la Petite Souris, qui ne viendra pas ici récolter vos dents de lait mais bien vous dévorer tout cru.

Par ailleurs, le génie de son créateur, Nick Antosca, est d’éviter l’écueil de la surenchère de sang et de violence. Channel Zero n’est jamais gore, mais est toujours glaçante dans sa violence psychologique, parfois à la limite du cérébral. La saison 2, par exemple, qui revisite le mythe classique de la maison hantée, s’éloigne des codes inventés par Shirley Jackson pour nous proposer une sorte de voyage glauque et cryptique qu’on pourrait sous-titrer “Alice aux pays des horreurs”. C’est brillant, authentique dans son approche du grand frisson, et toujours imbriqué dans une atmosphère oppressante et old school, comme si on voyageait dans les cauchemars de son créateur.

La nostalgie et le syndrome de Peter Pan

© Syfy

Même si Channel Zero préfère la contemplation aux jump scares, elle s’appuie sur des références populaires pour nous transporter dans son univers. On pense surtout au cinéma d’horreur des années 1980-1990, comme les films The Ring, Poltergeist ou encore Ça, avec quasi à chaque fois un point d’ancrage sur l’enfance et la peur de grandir. Les phobies des personnages remontent souvent à un moment clé de leur jeunesse, alors que leurs traumatismes refont surface dans l’intrigue du présent. La série joue sur le dilemme du vrai ou faux et fait appel à l’imaginaire des spectateurs et spectatrices : les héros sont-ils sujets à des hallucinations ou en train de réaliser un voyage introspectif pour confronter leurs traumas ? On ne sait jamais vraiment, et c’est tout ce qui fait le charme de Channel Zero.

Dans Candle Cove notamment, l’imagination (les amis imaginaires qui deviennent des chimères de nos propres peurs) et le syndrome de Peter Pan sont au cœur de l’intrigue. Le rapport de force s’inverse puisque les adultes refusent de grandir et les enfants sont privés de leur innocence puis plongés littéralement dans le monde violent des grandes personnes.

Les peurs viscérales de l’enfance (la phobie du noir, les monstres cachés sous le lit ou derrière les rideaux) sont décortiquées et mises en rapprochement avec des névroses de l’âge adulte, comme si on se battait éternellement contre nos propres traumas, symbolisés ici par des créatures de creepypastas. Mais la série, qui mise grandement sur l’émotion et la notion de deuil, ne va jamais jusqu’à l’écœurement ou le sordide, pour mieux ancrer ses démons dans notre réalité. Un spectacle horrifique (et de marionnettes) austère, mais toujours humain et surtout identifiable.

En France, les quatre saisons de Channel Zero sont disponibles à l’achat sur Google Play et YouTube.