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William Klein, l’artiste qui a brisé les codes de la photographie, est mort

Publié le

par Konbini avec AFP

Retour sur la carrière d’un "visionnaire", qui a révolutionné le monde de la photographie.

William Klein, l’artiste qui a brisé les codes de la photographie, est mort

© Gregorio Binuya/ABACA via Reuters Connect

Le photographe états-unien William Klein, qui s’est imposé dans la photographie de mode et la photographie urbaine, est décédé à Paris à l’âge de 96 ans, a annoncé son fils ; le milieu artistique saluant un “visionnaire”. Décédé “paisiblement” dans la soirée du samedi 10 septembre, William Klein a révolutionné la photographie par ses images coup de poing traduisant la fébrilité et la violence des villes, au cours d’une longue carrière également consacrée à la mode et au cinéma.

“Conformément à sa volonté, les obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité”, a précisé son fils, Pierre Klein, dans un communiqué, indiquant qu’un hommage public lui serait rendu ultérieurement. “Depuis quelques années, William souffrait des tracas et complications liés au grand âge qui s’attaquent au corps, à la mobilité, sans gagner l’esprit qui, chez lui, presque jusqu’au bout, est resté lucide”, a souligné de son côté Alain Genestar, le directeur de la revue spécialisée et de la galerie Polka, dans un éditorial en ligne.

“Malgré l’épuisement qui le gagnait, il est mort aux commandes”, poursuit l’ancien directeur de la rédaction de Paris Match. Photographe mais aussi peintre, documentariste et graphiste, William Klein est considéré comme l’un des artistes les plus influents du XXe siècle.

Il s’est éteint alors que s’achève une exposition rétrospective de son œuvre à l’International Center of Photography de New York, qui lui a rendu hommage. “C’était un visionnaire à tous points de vue, qui faisait fi des codes sociaux et artistiques de son époque pour se frayer un chemin singulier tant dans son travail commercial que dans ses projets personnels et sur tous les supports”, écrit ainsi le musée sur son site. “Innovateur et intransigeant, il a ouvert d’innombrables portes aux créateurs d’images du monde entier.”

De même, la Maison européenne de la photographie a déploré sur Twitter la disparition d’un “des noms fondateurs” de sa collection, “référence pour de nombreux artistes”. L’Académie des Beaux-Arts, qui a créé un prix en son nom en 2019, a également tenu à honorer un homme dont l’œuvre “a marqué l’histoire de la photographie”.

“Artiste du chaos”

Né le 19 avril 1926 à New York au sein d’une famille juive orthodoxe, le jeune artiste avait découvert l’Europe en faisant son service militaire. Démobilisé à Paris en 1946, William Klein se consacre alors à la peinture, après avoir étudié auprès de Fernand Léger, s’imaginant un temps architecte. Il vivait en France depuis sa rencontre avec sa future épouse Jeanne Florin, modèle et peintre, avec qui il partagea sa vie jusqu’à sa disparition en 2005.

“Son champ de création était vaste et multiple”, résume Alain Genestar, qui l’appelle “l’artiste du chaos”. “Il se moquait des réglages, bloquant la vitesse de son Leica sur 125, shootait sans demander d’autorisation, et délaissait les studios pour la rue, les places, les trottoirs, les passages piétons, les terrasses de cafés.”

Photographe à bout portant

S’inspirant de l’esthétique brute du reportage et du style sensationnaliste des tabloïds, William Klein a bousculé les codes de la photographie de rue, mais aussi de mode, en étant l’un des premiers à faire sortir les mannequins des studios.

Décadrages et contraste exacerbé sont au rendez-vous dans son œuvre, essentiellement en noir et blanc, où de jeunes garçons brandissent des armes à bout portant et où des visages renfrognés s’affichent en très gros plan, parfois flous. “William Klein photographiait comme un boxeur”, ajouté Alain Genestar.

Le déclic se produit quand il gagne au poker un Rolleiflex, son premier appareil photo : il se met à mitrailler les monuments parisiens. Ses premières photos, plutôt abstraites, tapent dans l’œil d’Alexander Liberman, directeur artistique de Vogue qui lui propose une collaboration. William Klein a 26 ans.

De ce retour au pays natal, huit ans après, naîtra un livre culte, le décapant Life Is Good And Good For You in New York, sorti en France en 1956, mais longtemps dédaigné par les maisons d’édition états-uniennes, hostiles à l’idée de voir New York comme “un taudis”. Grâce à ce livre, Federico Fellini le remarque et lui propose d’être un de ses assistants sur Les Nuits de Cabiria.

Cinéma et politique

Il en profite pour réaliser un ouvrage sur la Ville éternelle. Suivront Moscou et Tokyo pour une longue parenthèse cinéma, amorcée avec Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? en 1966. Le film est une satire grinçante sur l’univers de la mode, que Klein fréquente sporadiquement, et toujours avec dérision.

William Klein a également réalisé plus de 250 films publicitaires qui ont marqué leur époque, notamment pour Citroën, Dim, Saupiquet, Renault, Ricqlès… Puis l’heure sera aux combats politiques avec des documentaires comme Loin du Vietnam (1967) et des portraits dont le plus célèbre est “Muhammad Ali The Greatest” (1974). “Ce boxeur noir, converti à l’islam, avait une vraie dimension politique”, disait le photographe.

Dans l’avion qui l’emmène à Miami pour rencontrer le boxeur, au début du projet, William Klein croise le leader noir Malcolm X (assassiné en 1965). “C’était le seul siège de libre, parce que personne ne voulait être près de lui. On s’est très bien entendus”, racontait celui qui s’est beaucoup intéressé à la condition de la communauté africaine-américaine, aux Black Panthers et aux mouvements contestataires.

À partir des années 1980, il délaisse la caméra pour le viseur, réalise plusieurs livres (Close up, Torino ’90 et In & Out of Fashion), et signe la pochette d’un album de Serge Gainsbourg, où le chanteur apparaît en travesti, une cigarette à la main. “Ma devise”, rappelait le photographe, “en faisant le [livre sur] New York était : ‘Anything goes’. Elle me va toujours. Pas de règles, pas d’interdits, pas de limites”.

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