AccueilArts

Un photographe a documenté son difficile combat contre l’alcoolisme

Publié le , modifié le

Par Pauline Allione

De l’addiction à la guérison, Nicolas Serve livre des images cathartiques et souligne une véritable problématique sociétale.

Un photographe a documenté son difficile combat contre l’alcoolisme

© Nicolas Serve

“Je buvais comme on prend un médicament : contre le stress, pour m’aider à décompresser ou de façon plus festive, souvent accompagné d’autres substances. Puis, arrivé en 2018, un médecin m’a mis face à la réalité de mes habitudes de consommation”, retrace Nicolas Serve.

Familier des substances chimiques dès ses 14 ans, après qu’un médecin lui a prescrit des anxiolytiques pour le “tempérer”, le photographe et reporter a doucement sombré dans l’addiction à l’alcool.

Ethanol. (© Nicolas Serve)

À la frontière de ses études et de son début de carrière, celui-ci buvait pour fêter, décompresser, anesthésier le stress ou des sentiments négatifs. Son projet le plus intime, Ethanol, raconte son errance dans les vapeurs d’alcool et son cheminement vers l’abstinence, qu’il tient depuis plus de deux ans.

À voir aussi sur Konbini

La photo comme “bouée de sauvetage”

Muni d’un petit argentique, Nicolas Serve a documenté son parcours dès qu’il a pris connaissance de la date de son entrée en cure. Il a commencé par immortaliser des instants du quotidien qui captaient son attention, avant de ramener son Olympus Mju dans sa chambre d’hôpital.

Ethanol. (© Nicolas Serve)

“Rester attentif aux images qui se présentaient à moi était une manière de ne pas perdre pied, de me raccrocher constamment à l’instant présent. Cela rejoint la gymnastique mentale de tous les addicts : ne pas penser aux jours suivants, seul le combat présent contre la pulsion existe”, confie-t-il.

Ethanol met en lumière l’entourage du photographe durant son sevrage : ses proches, sa famille et d’autres patient·e·s rencontré·e·s en cure, admis·es pour se sevrer de l’alcool, mais aussi souvent du crack ou de l’héroïne. Pour honorer sa promesse de conserver l’anonymat de ses voisin·e·s d’hôpital et créer des images plus universelles, Nicolas Serve a fait le choix de barrer leur visage d’une bande noire.

Ethanol. (© Nicolas Serve)

De l’intime au sociétal

Entre les images médicales, les bouteilles de liquoreux et les molécules chimiques, Ethanol n’omet pas l’après-cure, le plus difficile selon le photographe. Enchaînant les sirops, eaux gazeuses et cafés pendant que ses ami·e·s consommaient de l’alcool, Nicolas Serve a continué à photographier de manière cathartique, “pour créer des images et exorciser les pulsions”.

Sombres et monochromes, ses images glissent doucement vers la lumière et témoignent d’un apaisement retrouvé, loin des substances et des addictions. À travers sa propre expérience, difficile et profondément intime, le photographe attire l’attention sur un problème de santé publique : “Nous sommes tous plus ou moins enclins à tomber dans cette dépendance qui, à elle seule, tue en moyenne 45 000 personnes sur le sol français chaque année.”

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)

Ethanol. (© Nicolas Serve)