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Sang menstruel ou œuvre dévorée : ces artistes aussi ont vandalisé des œuvres d’art

Publié le , modifié le

Par Lise Lanot

Les écologistes ne sont pas les seuls à s’attaquer à l’art.

Sang menstruel ou œuvre dévorée : ces artistes aussi ont vandalisé des œuvres d’art

© Deborah de Robertis

Ces dernières semaines, les actions menées par des écologistes dans des musées affluent presque autant que les commentaires les critiquant. Ce genre d’attaques est cependant loin d’être nouveau. Coup de folie, volonté de censure ou geste politique, nombre de chefs-d’œuvre ont été la cible de projectiles divers au cours du siècle dernier.

Sans oublier que les anonymes, activistes ou pas, ne sont pas les seul·e·s à avoir vandalisé des tableaux ; des artistes ont aussi eu leur coup d’éclat en s’attaquant à des œuvres. Retour aujourd’hui sur trois attaques marquantes réalisées par des artistes.

Un tag (incompris) contre la guerre

En 1974, un jour de février, l’artiste Tony Shafrazi entre au Museum of Modern Art de New York, une idée précise et préméditée depuis de longs mois derrière la tête. Sans hésiter, il se dirige au troisième étage du musée et se rend face au Guernica de Picasso.

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Afin de protester contre le massacre de Mỹ Lai, un crime de guerre états-unien au Vietnam, Tony Shafrazi inscrit en grandes lettres rouges “KILL ALL LIES”, soit “Tue tous les mensonges”, (alors qu’il voulait écrire “All lies kill”, “tous les mensonges tuent”) sur la célèbre œuvre antifasciste et pacifiste du peintre espagnol. Il a eu le temps d’écrire ces trois mots avant que la sécurité ne s’approche de lui.

Pablo Picasso, Guernica, 1937. (© Bettmann/Getty Images)

Tony Shafrazi leur tend sa bombe de peinture et suit les forces de l’ordre jusqu’au commissariat sans sourciller, rapporte un article du New York Times de l’époque. Celui qui était surtout connu pour son travail de galeriste (mettant notamment en avant les œuvres de Jean-Michel Basquiat et Keith Haring) aurait déclamé à sa sortie : “Je suis artiste et je voulais dire la vérité”, avant d’épeler son nom de famille devant un public estomaqué.

Bien que la peinture n’ait absolument pas été endommagée (grâce au vernis protecteur recouvrant le tableau), les critiques pleuvaient sans que la raison de son geste ne soit discutée. Tony Shafrazi avait été décrit comme un “homme enragé” par le New York Times tandis que le directeur d’un syndicat d’artistes s’est permis de l’insulter de “Perse sauvage”.

120 000 dollars engloutis en quelques bouchées

Lors de l’édition 2019 d’Art Basel Miami, une banane avait rendu complètement zinzin le monde de l’art. Scotché au mur du stand de la galerie Perrotin, le fruit avait été vendu 120 000 dollars (environ 108 000 euros). Rapidement, la nouvelle de cette banane vendue si cher (l’équivalent de 480 000 bananes quand même) avait dépassé le cadre de la foire et fait le tour du monde. L’œuvre avait causé des mouvements de foule incontrôlables, chacun·e voulant l’apercevoir et exposer sa trogne au côté de la banane.

L’artiste David Datuna avait profité de cet émoi pour intégrer sa propre performance à l’installation en décrochant simplement la banane avant de l’engloutir. Sur Instagram, l’artiste n’avait pas donné beaucoup d’explications à sa performance sobrement intitulée Artiste affamé : “J’adore l’œuvre de Maurizio Cattelan et j’adore cette installation. Elle est vraiment délicieuse.”

Sans être mauvaise langue, on imagine que l’acte servait surtout à surfer sur un buzz bien entretenu par une niche. Cependant, la performance interroge tout de même l’ancestrale question de savoir ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Des problématiques plus modernes sont également convoquées, notamment concernant l’entre-soi du monde de l’art contemporain et les prix astronomiques de son marché.

Le corps comme vecteur de réflexion politique

Le 3 juin 2018, l’artiste performeuse Deborah de Robertis recouvrait de sang menstruel une photo signée Bettina Rheims. Le portrait, exposé au Quai Branly, représentait l’activiste Femen Sarah Constantin vêtue d’une culotte et couronne noires.

BLOODWAR from Deborah de Robertis official on Vimeo.

Au nom de “l’art politique”, Deborah de Robertis déplorait “le traitement artistique et glamourisant des Femen par la photographe et [voulait] rétablir une démarche politique et rebelle par un acte de violence sanglant”, retracions-nous alors.

Dans une lettre ouverte accompagnant sa performance, l’artiste faisait appel à la bienveillance de Bettina Rheims afin que cette dernière comprenne son “geste” et le considère avant tout comme artistique. Habituée aux performances radicales, qu’elle effectue souvent nue, Deborah de Robertis affirmait alors la “portée politique” de ses actions auprès des Inrocks : “Ce n’est pas tant le corps qui est politique, que la réflexion qu’il entraîne.” Une réflexion sans doute partagée par les activistes qui tentent d’alerter le monde des dangers qu’encoure la planète.