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Qui est Wijdan al-Majed, l’artiste qui donne des couleurs aux rues grises de Bagdad ?

Publié le

par Konbini arts

L’artiste irakienne casse les codes dans la capitale ultra-bétonnée avec ses représentations de personnalités irakiennes et étrangères.

Qui est Wijdan al-Majed, l’artiste qui donne des couleurs aux rues grises de Bagdad ?

© Fotographia Inc./E+/Getty Images

Juchée sur un échafaud au milieu d’un carrefour à Bagdad, Wijdan al-Majed fait danser son pinceau sur une fresque murale. L’artiste irakienne casse les codes dans la capitale ultra-bétonnée avec ses représentations de personnalités irakiennes et étrangères, comme Zaha Hadid ou Mère Teresa. Sous la houlette du maire de Bagdad, une quinzaine de fresques ont fleuri sur les murs de la capitale afin de rendre hommage à des architectes, poètes, peintres ou intellectuel·le·s d’Irak et d’ailleurs dans le monde.

Les pieds ballants devant une structure en béton, Wijdan al-Majed apporte quelques touches ocre à la paupière du poète irakien Muzaffar al-Nawab. Accompagnant son portrait, des scènes de vie dans un village représentent des paysannes en habit traditionnel. Ses pots de peinture sont empilés dans un cageot, les brosses et pinceaux de différentes tailles trempent dans l’eau. À leur passage, voitures, motos et tuk-tuks ralentissent pour observer la scène atypique.

“On apporte de la joie à des lieux abandonnés”, dit d’un air amusé l’artiste de 49 ans qui enseigne à la faculté des Beaux-Arts. C’est la première expérience de street art pour Wijdan al-Majed, plutôt habituée à exhiber ses aquarelles et ses peintures acryliques dans l’atmosphère feutrée de galeries. Aujourd’hui son art est “ouvert à tout le monde, à toutes les catégories” sociales, s’enthousiasme l’artiste. “Les artistes, les passants, les vendeurs ambulants, les jeunes et les moins jeunes.”

“La société m’a acceptée”

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Les couleurs chatoyantes brisent la monotonie d’une capitale où, le long des avenues, les câbles des générateurs électriques forment d’épais entrelacs. Sur une fresque, regard mystérieux et menton sur la paume, la défunte architecte anglo-irakienne Zaha Hadid pose devant ses réalisations. Tout près, c’est le portrait de Jawad Salim, un des pères de l’art moderne irakien, et même le sociologue allemand Max Weber, entouré de livres. Dans un pays largement conservateur, peindre en pleine rue s’accompagne de “défis importants” pour une femme, reconnaît Wijdan al-Majed.

Parfois, des employé·e·s de la municipalité l’accompagnent pour l’assister sur le terrain. Pour les premières peintures, elle était aidée par un autre artiste, avant de poursuivre le projet seule. “Il m’arrive de rester très tard dans la nuit, parfois jusqu’à minuit, deux heures du matin”, raconte-t-elle. “La rue, c’est inquiétant, c’est pas évident pour une femme d’y rester jusqu’à ces heures tardives.”

Il y a aussi, dans certains cas, les commentaires désobligeants. “Je dois faire avec”, concède-t-elle. “Je les entends et je n’y prête pas attention. Eux aussi ont commencé à s’habituer à une femme qui peint.” Une artiste irakienne à Dubaï lui a écrit pour lui dire qu’elle aurait rêvé travailler ainsi à Bagdad, mais qu’elle avait “peur de la société”. “Mais la société irakienne m’a acceptée”, ajoute l’artiste.

Konbini arts avec AFP.