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Purée, colle, soupe et attaques de tableaux : qu’en pense le monde de l’art ?

Publié le

par Konbini avec AFP

"L’art ne peut pas se défendre."

Purée, colle, soupe et attaques de tableaux : qu’en pense le monde de l’art ?

© Léonard de Vinci/Musée du Louvre ; © Wikipedia Commons

“Contre-productif”, “désespérant” et dangereux… Après des attaques contre des tableaux de maîtres en Europe par des écologistes, des voix du monde de l’art condamnent, de Paris à New York, ces actes de “vandalisme”. Si la plupart des grands musées français et britanniques interrogés par l’AFP, dont le Louvre, la National Gallery et le Tate, restent discrets, certains appellent à renforcer les mesures de protection. D’autres voix insistent pour ne “pas céder à la panique”.

“L’art ne peut pas se défendre”, a déploré le musée Mauritshuis de La Haye où La Jeune Fille à la perle, de Johannes Vermeer, a été visée jeudi par trois activistes du collectif Just Stop Oil qui se sont collés sur la vitre de protection avant d’y déverser de la sauce tomate. Le cadre du tableau a été légèrement endommagé, selon le musée.

“Tous les responsables des musées prennent depuis très longtemps des précautions contre le vandalisme. Faut-il en prendre davantage ? Sans doute”, a réagi Bernard Blistène, président honoraire du Centre Pompidou à Paris, interrogé par l’AFP. “Pour en arriver là, il faut que quelque chose de la conscience soit atteint et c’est désespérant. Ça ne conduit à rien”, a-t-il ajouté.

Bientôt des fouilles ?

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Ces attaques ont montré que les “normes internationales élevées de protection des œuvres d’art ne sont plus suffisantes”, a estimé dans un communiqué Ortrud Westheider, directeur du musée Barberini de Potsdam, en Allemagne, également visé par un lancer de purée.

Il y a peu, des activistes de Last Generation avaient alors enduit de purée la vitre protégeant Les Meules de Claude Monet. Après leur geste, les membres ont pris la même pose que les activistes qui avaient lancé de la soupe à la tomate le 14 octobre sur les Tournesols de Van Gogh à la National Gallery de Londres, tableau lui aussi protégé par une vitre.

Cet enchaînement d’attaques relève “clairement d’une escalade”, estime Remigiusz Plath, expert en sécurité de l’association des musées allemands et de la fondation Hasso Plattner. “Tous les musées doivent désormais songer à des mesures de sécurité plus poussées”, comme “interdire les sacs, les vestes, et peut-être aussi procéder à des fouilles”, confie-t-il à l’AFP.

“Nous comprenons en partie la cause” des écologistes mais “nous n’avons aucune tolérance pour le vandalisme”, martèle-t-il. “Ce n’est qu’une question de chance qu’aucune toile n’ait été endommagée jusqu’ici. Cela arrivera tôt ou tard.” À Madrid, le musée Reina Sofía, où seules les œuvres “les plus vulnérables sont dotées d’une vitre blindée”, et le Prado ont indiqué “être en alerte” au journal espagnol 20minutos.

“Langage nihiliste”

Les activistes “se mettent en scène afin d’attirer l’attention mais est-ce que ça change quelque chose ?” a lancé le responsable du Whitney Museum de New York, Adam Weinberg, lors d’une table ronde organisée au Qatar, a rapporté le magazine spécialisé ARTnews.

Également invité de cette table ronde à l’initiative de Qatar Creatives, Tristram Hunt, du musée londonien Victoria and Albert Museum, a dit s’inquiéter du “langage nihiliste” qui entoure ces actes, “laissant penser qu’il n’y a pas de place pour l’art en temps de crise”.

“C’est terrible ! Comment la logique de défense du climat amène à vouloir détruire une œuvre d’art ? C’est proprement absurde”, a estimé pour sa part la ministre française de la Culture dans Le Parisien. La France n’est pas “à l’abri un jour qu’un activiste forcené attaque un tableau” non-protégé, a-t-elle ajouté, demandant “à tous les musées nationaux de redoubler de vigilance”.

Fin mai, La Joconde, placée depuis 2005 derrière un verre blindé, avait été entartée au musée du Louvre. L’auteur de cet acte avait lui aussi évoqué la “planète”, avant d’être placé à l’infirmerie psychiatrique. Pour Didier Rykner, directeur et fondateur du magazine en ligne La Tribune de l’Art, ces actes sont “contre-productifs” et “plus on leur donnera de visibilité, plus [leurs auteurs] recommenceront”. “En se banalisant, ces actes perdent de leur force indubitablement”, affirme-t-il. “C’est assez confus et ça fait peut-être le jeu de ceux qu’ils désignent comme leurs adversaires.”