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Pourquoi les œuvres d’Edward Hopper reflètent si bien le Taureau

Publié le , modifié le

Par Lise Lanot

Des personnes qui restent chez elle et ne sortent que pour manger un bon plat ou boire un café : quoi de mieux pour représenter le Taureau ?

Pourquoi les œuvres d’Edward Hopper reflètent si bien le Taureau

© The Art Institute of Chicago/Friends of American Art Collection

Chaque mois, notre rubrique “Artstrology” vous fait (re)découvrir des œuvres et artistes à la lumière d’un signe astrologique. Ce mois-ci, c’est au tour du Taureau de passer sous la loupe de notre regard passionné d’art.

Un signe de terre

Tout comme la Vierge et le Capricorne, le Taureau est un signe de terre, élément du concret, de l’esprit pratique, de la persévérance et du réalisme. Quoi de mieux pour symboliser ces qualités que les travaux d’un des maîtres du réalisme états-unien : le peintre Edward Hopper ? Alors que nombre d’artistes emploient l’abstraction en réponse aux horreurs de l’entre-deux-guerres et à la montée du fascisme, Edward Hopper perfectionne, le long du XXe siècle, un travail réaliste teinté de mélancolie.

Edward Hopper, Morning Sun, 1952. (© Columbus Museum of Art)

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D’apparence calme, les signes de terre peuvent parfois paraître froids et on ne serait pas étonnées qu’ils peuplent les scènes d’Edward Hopper. La plupart de ses personnages sont seuls, ils observent plus qu’ils ne semblent agir. Leur silence n’est cependant pas synonyme de passivité et le public ne peut qu’activement se demander quelle multitude de tourments et de pensées agite leur esprit.

Malheureusement pour nous, difficile d’entrer dans la tête du Taureau – et des personnages d’Hopper. Les personnes postées face à leurs fenêtres partagent rarement leur vue avec le public et, lorsque c’est le cas, c’est l’intimité de leur intérieur qui reste inaccessible.

Edward Hopper, Eleven A.M., 1926. (© Hirschhorn Museum)

Parfois c’est l’expression choisie par le peintre qui impose une distance avec le monde. Bien qu’hors de chez elle, la femme d’Automat est volontairement mise à distance du reste du monde (invisibilisé par le cadre choisi par le peintre), comme le soulignent son expression soucieuse et son chapeau, dont les bords la protègent du monde extérieur.

“Ce sont des personnes observatrices et sensuelles, attentives à ce qui les entoure, aux choses simples et à leur propre ressenti”, écrivait Sophie Laroche à propos du Taureau pour Konbini artsUne description qui colle parfaitement aux scènes d’intérieur qu’affectionnait le peintre, qui est d’ailleurs l’auteur de nombreux nus où des femmes, seules, profitent d’un rayon de soleil sur leur peau découverte, d’une brise, ou de la texture d’un fauteuil en velours sous leurs fesses et cela, toujours depuis l’intimité d’une chambre à elles.

Edward Hopper, Automat, 1927. (© Des Moines Art Center)

Un signe fixe

Déjà bien ancré dans le sol grâce à son élément terrestre, le Taureau double la mise en étant un signe fixe (tout comme le Verseau, le Scorpion et le Lion). Au contraire des signes mutables, les signes fixes sont connus pour leur droiture, leur entêtement et leur rigueur.

Ces qualités se retrouvent autant dans les productions du peintre que dans sa façon de travailler. En plus d’une régularité dans les thèmes et sentiments abordés, les tableaux d’Edward Hopper présentent souvent les mêmes visages, notamment celui de son épouse et agente, la peintre Jo Nivison.

Edward Hopper, Autoportrait, 1925-1930. (© Whitney Museum)

L’explication à cette récurrence n’est pas claire. Certain·e·s racontent qu’Hopper était bien trop grippe-sou pour payer ses modèles ; pour d’autres, c’est Jo qui était trop jalouse pour laisser d’autres femmes poser pour son mari. Quoi qu’il en soit, c’est bien la peintre qui habite l’œuvre d’Hopper – et on raconte que les séances n’étaient pas de tout repos.

“Une fois, elle s’est brûlée en posant nue, sa jambe sur le four, tandis que Hopper peignait son Girlie Show burlesque. À 70 ans, Edward la réveillait à l’aube pour qu’elle se tienne, déshabillée, au milieu de leur appartement froid, afin qu’il réalise son chef-d’œuvre, A Woman in the Sun, relate le New York Post.

Edward Hopper, A Woman in the Sun, 1961. (© Edward Hopper)

De récentes études ont révélé que, contrairement à ce qui avait longtemps été admis, Edward Hopper n’était pas un génie autodidacte. Ses premières toiles, que l’on croyait inspirées de sa ville natale, seraient simplement des copies d’autres peintres. “Aucun artiste ne se développe dans une bulle, sans influence, sans ressource ni accès. Le jeune Hopper a copié de façon libre et régulière, on peut dire qu’il a appris avant de voir”, déclarait le site officiel dédié au peintre à la suite de ces révélations.

La preuve que “le mythe du génie artistique ne se résume qu’à ça, un mythe” et que le peintre a acquis son talent et sa notoriété à force de travail et de détermination. Ce travail régulier a permis à l’artiste de développer sa patte : des aplats de couleurs lumineuses et contrastées, dans un jeu constant de transparence et d’opacité qui confèrent à ses compositions une dimension aussi énigmatique que cinématographique.

Edward Hopper, New York Movie, 1939. (© MoMa)

Un signe représenté par… le cou

Chaque signe est associé à une partie du corps. Pour le Taureau, deuxième signe du calendrier zodiacal, il s’agit du cou, en référence à celui, musclé et imposant, du massif bovin. Les personnages d’Edward Hopper ont le point commun de se tenir droit. Malgré la solitude et le poids palpable de leur mélancolie, ils ne semblent jamais ployer.

Même le clown triste de Soir bleu, qui semble personnifier la figure esseulée de l’artiste, n’est pas voûté sous sa large collerette blanche. Son costume, pourtant grotesque, lui confère une sorte de grandeur. De même, l’Automat de 1927 reste droite en dépit de son regard las et baissé.

Edward Hopper, Soir bleu, 1914. (© Whitney Museum, New York)

Au milieu d’un climat tendu, d’émotions tourmentées, Edward Hoper ne laisse jamais ses personnages se laisser aller physiquement à leur malheur. C’est la rencontre des regards, des décors, des perspectives, des ombres et des lumières qui crée l’ambiance pesante des tableaux du peintre plus que les silhouettes de ses protagonistes.

Un signe épicurien

Difficile de parler du Taureau sans noter son amour des bons petits plats et des soirées cosy. Le signe est épicurien mais, attention, on ne parle pas de personnes qui brûlent la vie par les deux bouts parce qu’“on ne vit qu’une fois”. Le Taureau vit dans le moment présent avec calme et volupté. Leur amour de la nourriture et des bonnes choses est retranscrit chez Edward Hopper à travers ses scènes de café et de restaurants.

Edward Hopper, Nighthawks, 1942. (© The Art Institute of Chicago/Friends of American Art Collection)

Comment parler du peintre sans relever son œuvre la plus célèbre, Nighthawks, réalisée en 1942. Pas de clubs empestant la fumée de cigarette ou la sueur pour le Taureau, les trois oiseaux de nuit installés chez Phillie’s sont tirés à quatre épingles et se délectent tranquillement d’un café.

L’intérieur éclairé du diner tranche avec l’obscurité du dehors ; pourtant, un même sentiment de quiétude traverse la scène et la vitre qui sépare le public des modèles. Maître incontesté de la représentation de scènes solitaires, intemporelles et silencieuses, Edward Hopper plaira aux personnes nées entre les mois d’avril et de mai, touchées par son approche pratique et réaliste du réel.

Lorsque les silhouettes peintes par Hopper ne sont pas attablées au café, c’est dans leur douillet intérieur qu’on les retrouve. Confinés avant l’heure, ses personnages sont protégés d’un monde extérieur qui leur parvient grâce à des motifs récurrents : un rideau soulevé par le vent, des fenêtres, la lumière du soleil, des maisons voisines… De quoi se plonger dans un confort bien rassurant pour notre ami·e Taureau.

Edward Hopper, Room in New York, 1932. (© Musée des Beaux-Arts de Virginie)

Edward Hopper, Morning in a City, 1944. (© Musée des Beaux-Arts de Virginie)