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L’intimité de prisons pour mineurs documentée par Yohanne Lamoulère

Publié le , modifié le

Par Pauline Allione

Entre Les Baumettes et Le Pontet, la photographe Yohanne Lamoulère livre des portraits croisés et masqués.

L’intimité de prisons pour mineurs documentée par Yohanne Lamoulère

© Yohanne Lamoulère

“Le jour où je sors, la première chose, d’abord, je vais faire le câlin à tout le monde, à mes frères, à mes sœurs.” C’est dans le cadre d’un atelier artistique organisé par l’Agence régionale du Livre (ArL) de la région Paca que la photographe marseillaise Yohanne Lamoulère et l’écrivain Bruno Le Dantec ont rencontré des jeunes incarcéré·e·s dans des quartiers pour mineur·e·s.

Mené en 2019, le projet a donné lieu à une série de portraits sur le fond gris des établissements pénitentiaires, liés à des récits intimes récoltés par l’écrivain. Réalisés dans deux prisons, les ateliers ont tissé un lien entre des jeunes femmes incarcérées aux Baumettes à Marseille et des garçons de la prison du Pontet. Autant de personnes à photographier avec les contraintes du milieu, puisque les mineur·e·s en prison ne doivent pas être identifiables.

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

Préférant esquiver les photos de dos, les cellules vidées de leurs détenu·e·s ou le flou, Yohanne Lamoulère a fait appel à l’artiste marseillaise Brigitte Briot afin de réaliser de véritables portraits. Ses images laissent voir des jeunes en cellule ou dans l’enceinte monochrome des établissements pénitentiaires, le visage caché derrière des masques carnavalesques qui appuient, presque grossièrement, leur identité de genre.

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Rêves de liberté

S’ils ont accepté de poser face à l’objectif, les sujets ont aussi couché leurs pensées sur le papier : rêves de liberté, dessins, correspondances, amours en suspens, sexe, extraits de vie… “J’ai rêvé que j’étais en permission et je devais revenir à 18 heures. Je passe la journée avec un collègue et deux gadjis. On est tellement bien que j’oublie le temps. Quand je regarde l’heure, il est 18 heures passées. Je me sens trop mal, parce que je sais qu’ils vont me déclarer évadé et ça va me faire encore plus de soucis”, écrit l’un des garçons.

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

Depuis les Baumettes, Samantha répondait quant à elle à un détenu du Pontet : “Bonjour 2K. Merci pour ta lettre. Je ne te connais pas, mais je te réponds. Je suis fiancée, bientôt mariée. Tu pourrais être mon petit frère. Je te souhaite bientôt la liberté, parce que la liberté n’a pas de prix. Je te souhaite du bonheur avec les tiens. En prison, on réfléchit beaucoup aux bêtises qu’on a faites. C’est un mal pour un bien. Il faut penser à un bon avenir. Je te souhaite de ne jamais retourner en prison. Je n’ai ni Facebook, ni Snapchat, c’est interdit par notre culture. Samantha.”

Ces écrits, mêlés aux textes de Bruno Le Dantec, sont désormais regroupés dans un livret numérique illustré. Mené par Claire Castan de l’ArL, le projet répond frontalement à l’objectif affiché : proposer aux jeunes incarcéré·e·s de se présenter à travers l’art, face à l’objectif comme sur le papier.

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)

(4×2)+1. (© Yohanne Lamoulère – Tendance Floue)