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La réalité des camps de réfugiés documentée dans un projet photo nécessaire

Publié le

par Lise Lanot

Sur Instagram, le projet fait le lien entre personnes réfugiées et internautes.

La réalité des camps de réfugiés documentée dans un projet photo nécessaire

© Now You See Me Moria

En 2020, alors qu’elle se baladait sur Facebook, une photographe espagnole du nom de Noemí tombait sur les photos d’Amir, qui documentait son quotidien dans le camp de Mória, situé sur l’île grecque de Lesbos. Fatiguée de la représentation des personnes réfugiées dans les médias, Noemí décide de contacter le jeune homme, alors âgé de 20 ans, et lui propose de collaborer pour faire dépasser le rayonnement de ses images.

À ce moment, relate la photographe dans un épisode du podcast Fotodok, le monde ne se préoccupait que de la pandémie et du confinement, oubliant les camps de réfugié·e·s. Amir et Noemí créent le compte Instagram Now You See Me Moria afin de donner de la visibilité au quotidien de personnes exilées.

Bientôt, Amir est rejoint par d’autres exilé·e·s du camp de Mória pour prendre des photos, le plus souvent clandestinement. Deux mots d’ordre régissent le compte Instagram : préserver la dignité des personnes photographiées (en ne montrant aucun visage d’enfant par exemple) et raconter la réalité du quotidien, loin des images qui pullulent habituellement dans les médias.

Créer des connexions plutôt que susciter des émotions

Noemí souligne que les images montrées par les médias cherchent toujours plus à susciter de fortes émotions (de la pitié ou de la peur) qu’à créer des relations : “Les gens ont un préjudice concernant ce à quoi devraient ressembler des réfugiés. Ils sont photographiés en train de prier, sur des bateaux ou en groupe. On les voit toujours de la même façon, […] comme une menace ou des criminels.”

Le projet vise à renverser ces récits, en pointant “les choses qu’on a en commun et pas nos différences” : “On montre les moments difficiles mais aussi la vie quotidienne, quand les personnes cuisinent ou jouent aux échecs par exemple – avez-vous déjà vu une personne réfugiée en train de jouer aux échecs dans les journaux ? Non, parce que ça ne raconte pas assez d’histoire alors que c’est ce genre d’images, ces moments un peu ennuyeux du quotidien, qui peut créer une connexion.”

On retrouve beaucoup de photos de personnes faisant la queue (pour prendre une douche, pour manger, pour aller aux toilettes, etc.), de plats, mais aussi de fleurs – envoyées par Qutaeba parce qu’elles lui “permettent d’oublier où [il est]. Aucun portrait esthétisant ne trouvera sa place sur le compte. “Ils m’envoient beaucoup de photos, j’essaie d’en publier le plus possible parce que s’ils les prennent, c’est qu’ils veulent en parler. Je leur demande toujours ce qu’ils veulent écrire, quel message ils veulent transmettre”, rapporte Noemí.

En janvier 2021, le collectif de volontaires qui gère Now You See Me Moria a transposé le projet du virtuel au physique en faisant appel à des graphistes pour créer des affiches d’après les images du compte. “Les images étaient faites pour être téléchargées, imprimées et accrochées aux fenêtres, partout où c’était possible.” Depuis, un livre “d’action” a également été publié.

Tous les bénéfices sont reversés aux personnes qui vivent dans le camp de Mória : “Ce livre n’est pas fait pour rester dans votre bibliothèque, c’est un livre ‘d’action’ à donner aux écoles, aux bibliothèques municipales, aux politiques”, explique Noemí. Commencé sur Instagram, le projet vise à rendre visible l’expérience des personnes réfugiées à celles et ceux qui ne la connaissent pas et surtout, enjoint tout le monde à prendre action, à son échelle et à sa façon.

Vous pouvez retrouver Now You See Me Moria sur Instagram et sur le site du projet. Le livre d’action est disponible ici.

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