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Il n’y a pas qu’American Horror Story dans sa vie : Jessica Lange est aussi photographe

Publié le , modifié le

Par Donnia Ghezlane-Lala

Maîtresse du noir et blanc, l’actrice se passionne pour la photographie de rue et les scènes candides.

Il n’y a pas qu’American Horror Story dans sa vie : Jessica Lange est aussi photographe

© FX Networks ; © Jessica Lange/Dichroma Photography

King Kong, Tootsie, Music Box, Frances, Sweet Dreams, ou plus tard les séries TV Feud, American Horror Story, The Politician : Jessica Lange est plus connue pour son travail devant la caméra que derrière. Quand on en vient à la photographie, l’actrice préfère l’anonymat, elle qui a pourtant dédié ses études à cet art avant de se diriger vers le cinéma.

Rester dans l’ombre semble définir toute son approche photographique : “Dès que la personne vous remarque, il y a un changement – même subtil – soit dans sa conscience, soit dans son attitude. J’aime les moments naturels, où le sujet ignore souvent qu’il est photographié. Alors, je préfère ne pas être vue”, déclarait-elle dans un entretien au San Diego Union-Tribune.

Highway 61. (© Jessica Lange/Dichroma Photography)

L’artiste a jeté son dévolu sur le noir et blanc, sur la candeur de l'”instant décisif”, débusquant toute scène spontanée mais théâtrale qui se déroulerait sous ses yeux. “Il n’y a rien de plus puissant qu’une image. Et parce que nous ne voyons pas en noir et blanc, il y a quelque chose de très surprenant à cela”, ajoute la photographe. L’argentique est une manière pour elle de conjurer l’ère numérique, dans laquelle la créativité a tendance à s’enliser.

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L’artiste ose, de temps à autre, révéler ses clichés à la lumière du jour. Ses photographies sont exposées pour la première fois en France, à Deauville, dans le centre culturel des Franciscaines, lors du festival Planches Contact. Si l’actrice détentrice de cinq Golden Globes, trois Emmys, deux Oscars et un Tony Award a commencé la photographie dans les années 1990, “lorsque son partenaire, le dramaturge et acteur Sam Shepard, lui offre un Leica”, ce n’est qu’une décennie plus tard qu’elle décide de présenter ses images et devenir plus prolifique.

Highway 61. (© Jessica Lange/Dichroma Photography)

En 2008, elle publie d’abord son livre 50 Photographs, préfacé par l’écrivaine et musicienne Patti Smith. Son travail voyage également à Rochester, à la George Eastman House, le plus vieux musée du monde dédié à l’image, qui lui a décerné un prix pour l’ensemble de sa carrière en 2009.

En 2010, son ouvrage In Mexico a le droit à une édition, et trois ans plus tard, elle signe un livre pour enfants, It’s About a Little Bird, mettant en scène ses deux petites-filles. L’année d’après, ses images sont exposées à Moscou, pour la première fois. 2019 marque la sortie de Highway 61, un reportage réalisé sur la route 61, faisant l’objet d’une exposition deauvillaise qui court en ce moment, et ce, jusqu’au 1er janvier 2023.

Retour à la maison

Passionnée par le photojournaliste Josef Koudelka et le travail des grand·e·s directeur·rice·s de la photographie qui l’ont accompagnée tout le long de sa carrière cinématographique, Jessica Lange a fait ses premières armes sur ses enfants, immortalisant leur évolution, le passage du temps afin de figer à jamais cet instant de leur vie qui leur échappera inévitablement. Petit à petit, son appareil photo devient un prolongement de son bras, et elle l’emporte avec elle dans chacun de ses déplacements, qu’il s’agisse de voyages ou de tournages.

Pour Highway 61, qu’elle dédicace à son ex-compagnon Sam Shepard, Jessica Lange est revenue au bercail, liant son État natal, le Minnesota, à d’autres contrées. Le titre de sa série est une référence au premier album qu’elle s’est offert dans sa jeunesse, Highway 61 Revisited de Bob Dylan sorti en 1965, relate le Mpls.St.Paul Magazine.

Highway 61. (© Jessica Lange/Dichroma Photography)

Pendant des années, l’actrice a immortalisé le paysage mouvant de ces routes esseulées, allant jusqu’à la frontière canadienne, en passant par la Nouvelle-Orléans. Tantôt son œil court sur un passant à l’aura fantomatique, tantôt il s’arrête sur des jeunes profitant d’une belle journée d’été.

“Ces photographies sont une chronique de ce qui reste et ce qui a disparu”, résume-t-elle pour Mpls.St.Paul Magazine. Dans ces images de routes et de sujets anonymes réside un fragment personnel de la photographe, un fragment nostalgique et viscéral. Photographier cette géographie, c’est aussi ne pas oublier les sien·ne·s, manifester d’où elle vient, clamer avec force son appartenance originelle, loin de son American dream accompli, loin d’un regard qui ne (re)connaîtrait pas ces lieux.

Highway 61. (© Jessica Lange/Dichroma Photography)

Highway 61. (© Jessica Lange/Dichroma Photography)

 
 

Planches Contact est à voir jusqu’au 1er janvier 2023.

Konbini arts, partenaire de Planches Contact.