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Entre drogues et inceste, Mickael Vis raconte son enfance marginale dans des photos sensibles

Publié le , modifié le

Par Pauline Allione

Au fil des archives et des traumatismes, le photographe Mickael Vis questionne la notion de normalité au sein d’un schéma familial hors norme.

Entre drogues et inceste, Mickael Vis raconte son enfance marginale dans des photos sensibles

© Mickael Vis

En 1999, la mère de Mickael Vis, Catherine, décède des suites du sida. Addict aux drogues dures, elle avait montré à son premier fils comment ingurgiter ces substances. Elle a ensuite donné naissance à son second fils, Mickael, issu d’un inceste avec son propre père. Mais ce n’est que bien plus tard que ce dernier a compris à quel point sa famille s’inscrivait en marge de la société.

Dans son ouvrage photographique To dance with the devil, l’artiste français revient sur son enfance, sa famille, et plus particulièrement sur la figure de sa mère. “L’image que j’ai de ma mère est difficile à définir”, pose le photographe. “Comme le suggère le livre, il s’agit d’un enchevêtrement de souvenirs réels, d’images développées par les photographies d’archives et les souvenirs racontés qui se sont greffés à mes souvenirs d’enfance. Si je devais m’en tenir uniquement à mes souvenirs, ce qui est délicat, je dirais que [ma mère] était intense, protectrice et très charismatique.”

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

Quête identitaire et documentation familiale

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Informé très jeune de la nature de la relation de ses parents comme de la maladie de sa mère, Mickael Vis n’a vu sa normalité s’ébranler qu’à la mort de sa mère, lorsqu’on l’a confié à sa tante. Immergé dans des schémas familiaux différents du sien, celui-ci a commencé à voir son propre carré familial autrement.

“J’ai découvert par la suite que je ne faisais partie d’aucun schéma. En marge et loin de tout. Mon père l’était, ma mère aussi. Ma vision du monde a été celle que vous m’avez donnée pendant toutes ces années. J’ai dû réapprendre le monde quand tu es morte. Tabula rasa. On m’a mis loin de mon père. Bâtard dans le sens le plus littéral du terme”, raconte-t-il dans son ouvrage.

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

Poussé par une quête identitaire autant que par un besoin de documenter ses émotions, le photographe, vivant désormais entre Paris et Helsinki, a réuni documents, images d’archives et textes pour dresser le portrait complexe d’une famille construite loin des sentiers battus.

Divisée en quatre chapitres et construite chronologiquement, sa série To dance with the devil interroge la tradition des photos de famille, mais aussi la notion de normalité, le chaos et la dérive d’une cellule familiale. Un récit imagé et sensible qui ouvre une fenêtre sur des enfances peu communes, et dresse en filigrane le portrait brûlant de Catherine, dans toute sa marginalité.

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

To dance with the devil. (© Mickael Vis)

To dance with the devil de Mickael Vis est publié aux éditions Rue du Bouquet.