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De Moscou à LA, Diana Markosian raconte l’exil de sa famille dans des photos émouvantes

Publié le

par Lise Lanot

La photographe a dû quitter la Russie à 7 ans, soudainement, sans pouvoir dire au revoir à son père. Aujourd’hui, elle livre un projet intime sur ce déracinement.

De Moscou à LA, Diana Markosian raconte l’exil de sa famille dans des photos émouvantes

© Diana Markosian

Une nuit de 1996, à Moscou, alors qu’elle n’avait que 7 ans, Diana Markosian a été réveillée par sa mère lui annonçant que son frère et elles partaient “en voyage”. “On est partis sans dire au revoir à mon père et le lendemain, nous avons atterri dans un nouveau monde : les États-Unis”, se souvient l’artiste.

Aujourd’hui adulte et ayant fait de la photographie son médium privilégié, Diana Markosian interroge et se réapproprie les aléas de son histoire familiale et de son exil. La série photographique Santa Barbara de Diana Markosian explore cette histoire de détachement familial, culturel et géographique depuis le point de vue de sa mère.

Mon père le jour de mon anniversaire, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

“C’était une expérience douloureuse. J’ai grandi avec un seul côté de l’histoire et, quand j’ai rencontré mon père, j’ai eu droit à l’autre côté. J’ai passé des années à critiquer ma mère pour la façon dont elle avait fait les choses mais aujourd’hui, je ne veux plus la juger. Je voulais m’identifier à elle en tant que femme, parce qu’aucune femme ne quitte son mari ou son pays pour l’inconnu comme ça, pour rien”, nous explique l’artiste à l’occasion de l’exposition de sa série à Paris, à la galerie Les filles du calvaire.

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La photographe a embauché des acteur·rice·s pour jouer les membres de sa famille, mettre en scène leur arrivée en Californie, à Santa Barbara donc, et leur quotidien déraciné, complètement “dissocié” de leur passéDiana Markosian se souvient de la “transformation radicale” connue dans son enfance, notamment la nécessité d’oublier le russe pour ne plus parler que l’anglais : “Il fallait qu’on devienne Américains, il n’y avait pas d’entre-deux possible où nos deux mondes pouvaient cohabiter. On luttait constamment avec un sentiment de non-appartenance.”

“Ma famille est arrivée aux États-Unis en 1996. Ma mère me décrivait cela comme une arrivée dans rien, comme un tapis rouge de bienvenue dans un pays auquel nous ne comprenions rien.” L’arrivée, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

À travers ses images très cinématographiques, Diana Markosian apprivoise son passé et prodigue à son public les leçons qu’elle en a tirées : “Mes projets m’ont permis de grandir, de mieux comprendre les autres, de leur laisser la place d’être qui ils sont. C’est quelque chose de difficile à faire avec ses parents. On veut qu’ils soient une chose mais ils en sont une autre, et il faut l’accepter.”

La lumière qu’a trouvée Diana Markosian grâce à son travail n’a cependant pas éclipsé les moments d’ombre et de doute qui l’ont traversée : “C’est difficile pour ma mère de voir tout ça, je présente la période de sa vie où elle a été la plus vulnérable. […] Je n’ai cessé de douter, de me dire de ne pas faire la série ou de la faire différemment.”

A posteriori, ce travail lui a tout de même permis un certain lâcher-prise et la confirmation qu’il n’existe jamais qu’une seule vérité mais plutôt plusieurs versions de celle-ci. Grâce à la photographie, Diana Markosian est parvenue à appréhender sa solitude d’enfant. Même si elle n’est “pas complètement arrivée” à un stade de plénitude, elle “espère aider les autres” à trouver la paix.

Appel aux États-Unis, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

La dispute, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

Maman et David après l’école, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

L’habit rose, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

La vallée de Vieja, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

La maison d’Eli, tirée de la série Moscow, Santa Barbara, 2019. (© Diana Markosian/Galerie Les filles du calvaire, Paris)

L’exposition de Diana Markosian est à voir à la galerie Les Filles du Calvaire jusqu’au 17 décembre 2022.