De l’intérieur, les musées français mènent un « combat » pour représenter les minorités

De l’intérieur, les musées français mènent un « combat » pour représenter les minorités

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© Zalfa Imani/Unsplash

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Par Konbini avec AFP

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"Pourquoi, quand vous commencez à faire intervenir des sujets comme celui des Noirs, dit-on que c’est de l’idéologie ?", interroge la philosophe Nadia Yala Kisukidi.

Renouveler les œuvres, représenter davantage la diversité, monter des expositions qui reflètent les trajectoires des descendant·e·s d’immigré·e·s : les musées sont le terrain d’un « combat » de société, partout dans le monde, pour « rendre visibles les minorités » et « déconstruire » les récits racistes.

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« Notre travail consiste à regarder de quoi on a hérité, des récits qui ont institué des représentations totalement faussées des sociétés qui ont été concernées par les conquêtes [coloniales], les migrations, et de les déconstruire. C’est l’une des grandes fonctions du musée », a expliqué l’historienne de l’art Zahia Rahmani, lors d’un colloque international au Musée de l’immigration à Paris.

« Il faut que les enfants issus de l’immigration sachent d’où ils viennent », a résumé la chargée de mission à l’Institut national d’histoire de l’art, lors de ce rassemblement sur le thème de la représentation des minorités. Comment améliorer leur place dans les collections, que l’ensemble des musées états-uniens, britanniques ou encore français présents jugent insuffisante, voire scandaleuse ?

Médiateur·ice·s

Le sujet n’épargne pas non plus les musées du continent africain, où les collections obéissent à des modèles postcoloniaux, relève Richard Ohene-Larbi, muséologue pour le Conseil des musées et monuments du Ghana. « Les Ghanéen·ne·s ne veulent pas voir que le Ghana colonial. Malheureusement, les musées ne reflètent pas la diversité actuelle », poursuit-il.

Pour « relever ce défi », il faut « trouver des collections qui reflètent le Ghana d’aujourd’hui », « mieux connaître les ethnies », explique Richard Ohene-Larbi. Parfois, les œuvres et les collections sont déjà disponibles, mais les résistances sont tenaces : le musée d’Orsay, qui a pourtant hébergé en 2019 l’exposition « Le Modèle noir », « détient la plus grande collection au monde sur la banlieue » mais n’en fait rien, déplore Zahia Rahmani.

« On attend toujours l’exposition. Jamais ce musée, dans sa programmation, n’a franchi le périphérique », tacle l’historienne de l’art. Elle qui a monté l’exposition « Made in Algeria » au Mucem, estime que « travailler sur la colonisation, c’est impossible dans les musées nationaux » français.

Conscient de l’ampleur du chantier, le ministère de la Culture veut « s’inspirer du chemin effectué sur le terrain de l’égalité homme-femme » pour en « dupliquer les recettes sur le terrain de la diversité », notamment pour « déconstruire les stéréotypes », a réagi lors du colloque Agnès Saal, responsable Diversité et Égalité rue de Valois.

En attendant, les musées doivent se doter de « figures de médiation » incarnées par des personnes issues de cette diversité, reprend Zahia Rahmani. « Elles ont le tact nécessaire et ont été éprouvées par ces histoires. Il faut leur laisser la place », réclame-t-elle.

Musées militants ?

Une proposition qui fait écho à ce qui existe déjà en Belgique, notamment au musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, a expliqué son ancien directeur Guido Gryseels devant ses confrères. À son arrivée à la tête de l’institution il y a deux décennies, « la mission officielle du musée était toujours de faire la promotion des réalisations belges en Afrique centrale », pour « montrer aux Belges la supériorité des Blancs sur les Africains », raconte-t-il.

« Aujourd’hui, on est dans un processus de co-construction. Dans toutes les activités [du musée], il doit désormais y avoir une personne africaine […] à un poste de responsabilité. 20 % des Belges sont issus de l’immigration, c’est important qu’ils se retrouvent dans le musée », souligne-t-il.

Quitte à exposer l’institution à des accusations de militantisme ? « On dit que les musées doivent être neutres, mais ne rien faire, c’est déjà faire un choix. Il faut avoir du courage », balaye Nicole Ivy, maître de conférences à l’université George Washington de la capitale états-unienne.

« Pourquoi, quand vous commencez à faire intervenir des sujets comme celui des Noir·e·s, dit-on que c’est de l’idéologie ? », interroge la philosophe Nadia Yala Kisukidi. « Dès qu’on envisage ce genre de question, on est immédiatement accusé de produire des thèses mortifères qui visent à détruire la cohésion nationale et on apparaît comme une menace pour les institutions républicaines », explique la professeure à l’université Paris-VIII. Pour elle, ce sujet se résoudra nécessairement au niveau politique, car « à l’intérieur des institutions sont en train de se mettre en place des formes de combat ». Reste une question, soulève-t-elle : « Qui va l’emporter ? »