C’est une passion qui devient un art à part entière : dessinées par des cinéphiles, les affiches de films alternatives se multiplient, des réseaux sociaux aux galeries d’art, surpassant parfois l’original par leur créativité. Même parmi celles et ceux qui n’ont jamais vu le film de Spielberg, tout le monde connaît l’affiche des Dents de la Mer : l’attaque d’une baigneuse par un énorme requin blanc, surgissant mâchoire béante du bas du poster.
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L’artiste belge Laurent Durieux, 52 ans, devenu l’une des références du monde de l’affiche alternative, a osé s’emparer de ce totem de la culture populaire, pour en proposer sa propre version, devenue une œuvre d’art exposée en galerie et vendue en tirages limités. Sa version est à l’opposé de l’originale : on y voit une plage paisible où des enfants font des châteaux de sable, et le danger n’y est suggéré que par le dessin de l’aileron du requin, que l’on peut deviner sur le motif d’un parasol.
« J’aime bien raconter mon propre scénario, ma propre vision du film, tout en étant respectueux de la vision du réalisateur », a expliqué Laurent Durieux à l’AFP, lors de la dernière édition du Festival du film d’animation d’Annecy, dont il a dessiné l’affiche et où il a été invité à présenter ses œuvres. « Je raconte la même chose, mais de façon un peu décentrée, je vais chercher des éléments que le réalisateur et surtout les agences de communication n’ont pas mis en valeur. Mes affiches sont en dehors du marketing, c’est la grosse différence ».
Au contraire des affiches de film commerciales, destinées à attirer le public en salles, les affiches de fan art exploitent plutôt la nostalgie des grands films et l’amour du 7e art, quitte à rarement mettre en scène les acteur·rice·s, ou de dos – ce qui simplifie également les questions de droit.
Jusqu’à 7 000 dollars
Les sérigraphies de Durieux, aux couleurs pastel et au look rétrofuturiste, qu’il peaufine parfois pendant trois mois dans son atelier d’Uccle à côté de Bruxelles, fourmillent de petits détails en forme de clins d’œil aux films culte auxquels il rend hommage : de SOS Fantômes avec une image de valise qui est à la fois caserne de pompiers et piège à fantômes, à Shining, avec un petit tricycle portant le numéro de la porte de la fameuse chambre interdite, la 237.
La recette a fait mouche : les sérigraphies en 13 ou 14 couleurs de Laurent Durieux sont mises en vente 80 à 100 dollars, mais certaines se revendent ensuite jusqu’à 7 000 dollars entre collectionneur·se·s. Mais l’artiste assure être bien plus honoré de la reconnaissance que lui portent certain·e·s réalisateur·rice·s, dont le légendaire Francis Ford Coppola qui, consécration suprême, lui a commandé une affiche pour la réédition d’Apocalypse Now. « On a travaillé main dans la main, il était vraiment fan », précise Laurent Durieux, qui se souvient encore aussi être tombé de sa chaise après avoir reçu un mail de félicitations de Steven Spielberg.
Il est loin d’être le seul à créer ses affiches alternatives, des objets de fan art fièrement exposés sur Instagram ou vendues par des galeries spécialisées en ligne. Plusieurs galeries ayant pignon sur rue diffusent aussi des affiches alternatives, de Brooklyn à Paris, ou encore à Austin (Texas), siège de Mondo, l’une des références du secteur.
Sans compter l’infinie créativité à l’œuvre de la part des fans sur les réseaux sociaux, sous des mots-clés comme #AlternativeMoviePosters ou #altposter. La valeur de ces œuvres peut parfois s’envoler. Responsable au sein de la maison d’enchères états-unienne Heritage Auctions, Hope Grubbs a déjà organisé deux sessions d’enchères d’affiches de films alternatives, dont la dernière, en juillet, a rapporté plus de 100 000 dollars.
Cette mode a débuté « avec des réinterprétations de films culte classiques, créés par des artistes renommés », explique-t-elle à l’AFP. Apparues au début des années 2000, ce sont « de véritables objets d’art, dont la valeur tient notamment au design, à leur rareté et à leur tirage limité ».












