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Piège de cristal, le meilleur film d’action de tous les temps, a 30 ans

Piège de cristal, le meilleur film d’action de tous les temps, a 30 ans

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Bruce Willis dans le premier Die Hard. (© Splendor Films)

Une genèse compliquée

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L’aventure Piège de cristal commence en 1985. La 20th Century Fox et le producteur Joel Silver projettent d’adapter le roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp, pour en faire une suite du film à succès Commando. Pour les plus jeunes, c’est l’histoire d’une milice qui a la mauvaise idée de tuer le meilleur pote de Schwarzy et de kidnapper sa fille (Alyssa Milano). Inutile de vous faire un dessin, c’est un carnage. On est alors au sommet de la carrière d’Arnold Schwarzenegger et tout Hollywood s’agenouille devant sa carrure de surhomme. C’est aussi la grande époque des bandes-annonces avec une voix off.

Petit problème : ni Mark L. Lester, le réalisateur de Commando, ni Arnold Schwarzenegger ne sont d’accord pour se lancer dans ce nouveau projet. Le producteur Joel Silver doit donc changer son fusil d’épaule. Il se tourne vers un réal qu’il connaît bien, l’américain John McTiernan. Considéré comme le jeune prodige du film de genre, il vient d’exploser à Hollywood avec le film Predator, toujours avec le même Arnold Schwarzenegger. Un curieux mélange de Jurassic Park et d’Alien avec une touche de Rambo. Un autre film culte à voir absolument – pour les curieux, le reboot/sequel sort en salles le 17 octobre prochain.
La première décision de McTiernan est d’adoucir le scénario. À l’origine, le roman est plus sombre et les preneurs d’otages sont de véritables terroristes. Mais comme il s’agit avant tout d’un divertissement, le scénario est édulcoré et les terroristes deviennent de simples cambrioleurs.
Le pitch est on ne peut plus simple, et pourtant terriblement efficace. John McClane, policier new-yorkais, est venu rejoindre sa femme Holly, dont il est séparé depuis plusieurs mois, à Los Angeles pour les fêtes de Noël – avec une petite idée en tête : se réconcilier avec elle. Flic bourru, pas hyper sociable, il doit se rendre à contrecœur à la Christmas party de la multinationale japonaise pour laquelle elle travaille, la Nakatomi Corporation.
Comme toujours, le héros est au mauvais endroit au mauvais moment. Un groupe de cambrioleurs, de très vilains Allemands ambiance RDA, investissent l’immeuble et coupent toutes les communications avec l’extérieur… C’est le début d’une lutte acharnée entre John McLane et la bande du diabolique Hans Gruber. Avec toujours une pointe d’humour, quand même.

Un casting de légende

Autre caractéristique qui pourrait paraître futile, mais qui ne l’est absolument pas : les voix françaises. Les années 1980-1990, c’était la grande époque où tu pouvais regarder tes films préférés en version française sans avoir envie de vomir à chaque réplique. Des grandes voix nous berçaient tout au long de nos films préférés. On replonge immédiatement en enfance quand on regarde Piège de cristal. La voix de Patrick Poivey, aka le Bruce Willis français, est peut-être la plus mythique de toutes.
C’est l’occasion pour nous de poser la question qui fâche : qu’est-ce qu’il se passe avec la VF depuis quelques années ? Pourquoi est-ce que c’est aussi naze ?

Un film qui marque le cinéma d’action

Mais l’influence la plus décisive du film de John McTiernan sur le cinéma d’action actuel se situe à un tout autre niveau. Pour la première fois, un film d’action et son héros font preuve d’autodérision. Tout le film se déroule comme si John McClane était conscient des exploits insensés qu’il est en train de réaliser. L’humour est omniprésent, sans jamais être lourd. C’est un festival de scènes et de répliques cultes, et c’est en partie pour ça que Piège de cristal a marqué les esprits.

Le film définit les bons dosages du cocktail action/humour, qui est un peu le pilier de tous les blockbusters du moment. Tout est question de respiration : un bon film d’action doit d’abord procurer des sensations, d’accord, mais il doit déployer un rythme, un souffle, pour ne pas oppresser le spectateur. Le cinéma de Michael Bay en est l’héritier direct, les sagas comme Fast and Furious ou Kingsman encore plus.

Le début d’une saga mythique

Enfin, si Piège de cristal est aussi important dans le panthéon des films d’action, c’est parce que c’est le premier opus d’une saga qui a traversé les époques, une saga qui figure aujourd’hui parmi les plus importantes séries de films de ces 30 dernières années : la saga Die Hard.
58 minutes pour vivre, le deuxième opus, sort au cinéma deux ans plus tard. Décalque efficace de Piège de cristal, avec un Bruce Willis en feu, le film souffre quand même d’un scénario moins léché et de l’absence de John McTiernan à la réalisation. Seul gros kif : la soif de sang du réal. 58 minutes pour vivre a longtemps été l’un des films totalisant le plus grand nombre de personnages tués, avec 162 victimes au compteur pour John McLane.
Il faut attendre le troisième épisode de la saga pour que la magie opère à nouveau. Pour Une journée en enfer, John McTiernan est de retour aux affaires et décide de frapper un grand coup. Il ne se contente pas de répéter les codes qui ont fait le succès de Piège de cristal, mais il chamboule tout. Il construit même son film en miroir par rapport au premier. Fini le huis clos de nuit, seul contre les méchants. McClane est désormais dans un univers horizontal et vaste, chez lui à New York. Il découvre par la même occasion un autre pan classique du film d’action : le buddy movie.
Bruce Willis est ici secondé par Samuel L. Jackson, dans un duo exceptionnel. Mais là où le génie est poussé à son paroxysme, c’est dans la construction scénaristique. John McClane n’est plus le grain de sable qui enraye les plans des méchants du premier ou deuxième épisode, il est la cible ! À travers une suite de devinettes diaboliques, un homme cherche à se venger. Ce n’est autre que Simon Gruber, le frère de Hans, le grand vilain de Piège de cristal. Le résultat est tout aussi culte et les spécialistes se disputent encore pour savoir lequel de ces deux films est le véritable chef-d’œuvre de la saga.

Pour ce qui est du 4 et du 5, pas besoin de s’étendre : ils n’ont pour seul mérite que de faire perdurer la franchise dans le temps et dans les esprits. Pour le reste, autant les effacer de vos mémoires, à part peut-être une scène d’anthologie où la magie opère une dernière fois.

Parce que regarder John McClane dézinguer 80 types alors que tu manges des wings dans ton canapé, ça n’a pas de prix. Piège de cristal doit figurer dans la vidéothèque idéale. Il est indémodable, indépassable. Quel plaisir de voir un Bruce Willis au sommet de son art dans un film d’action maîtrisé de bout en bout. Alors qu’Hollywood ouvre aujourd’hui la porte à n’importe quel blockbuster susceptible de rapporter de l’argent, c’est le meilleur moyen de se rappeler que le film d’action a une identité, une histoire et de vraies qualités cinématographiques.
Et comme un cadeau n’arrive jamais seul, un Die Hard 6 vient d’être annoncé. Le film se déroulera en deux parties. L’une à notre époque, avec Bruce Willis toujours au poste, et l’autre des années auparavant, pour revenir sur les débuts de notre flic favori. Une preuve, s’il en fallait une, que John McClane est increvable.