Vote blanc, front républicain, FN : des jeunes “insoumis” nous livrent leur opinion

Vote blanc, front républicain, FN : des jeunes “insoumis” nous livrent leur opinion

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Par Astrid Van Laer

Publié le

Dimanche 23 avril, le candidat de la France insoumise a été placé en quatrième position du premier tour de l’élection présidentielle, recueillant 19,6 % des suffrages exprimés. Cinq jeunes qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon nous ont fait part de leur sentiment au lendemain des résultats et exprimé leur position face au duel Emmanuel Macron-Marine Le Pen qui se tiendra le 7 mai prochain.

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Hugo, 23 ans : “Je suis un partisan du vote blanc”

Hugo est un jeune Albigeois, étudiant en troisième année de licence d’approches du monde contemporain en spécialité histoire et science politique, actuellement en échange à l’université de Bucarest. Ce fervent soutien de Jean-Luc Mélenchon nous a fait part de son désarroi au lendemain de la défaite de son candidat :

“Je suis évidemment très déçu. Contrairement à beaucoup de pro-Mélenchon, je n’ai pas de rancoeur envers Benoît Hamon et sa candidature. Selon moi, il a bien été manipulé. Je suis déçu de ce vote en faveur d’En marche !, dans le sens où j’ai pu remarquer que la grande majorité des gens de mon entourage qui ont voté Macron passaient leur temps à critiquer François Hollande. Le score de Mélenchon reste honorable. Sa campagne a été très aboutie et son score bien au-dessus de ce qui était prévu il y a deux mois. Je suis frustré par le score d’Emmanuel Macron, car beaucoup de gens ont eu un raisonnement simpliste : pas d’extrême car on leur a toujours dit que c’était dangereux pour une démocratie, pas le PS car déçus, pas François Fillon évidemment, car illégitime : les affaires… J’ai juste l’impression qu’une majorité de Français sont bien trop influencés par les médias qui ont clairement aidé Emmanuel Macron dans sa victoire. Le score du Front national ne m’étonne pas, beaucoup de gens en détresse se sont tournés vers Marine Le Pen sans écouter les propos de Jean-Luc Mélenchon. Malgré sa campagne ratée, elle a gardé sa base.”
Hugo voit également dans ce second tour l’illustration d’une tactique bien rodée, qu’il détaille ainsi :
“Voilà mon petit raisonnement, peut-être simpliste : comment faire réélire un parti dont le président n’a que 4 % d’opinions positives et est détesté par tout le monde ? Étape 1 : faire monter le Front national en créant un climat d’anxiété et de peur sur le territoire. Étape 2 : créer un nouveau parti et y mettre un jeune fidèle à sa tête avec un background dans le privé. Étape 3 : faire du tapage médiatique autour de lui, trafiquer les sondages depuis le début pour faire croire à une vague, en parler en bien dans tous les médias, basher les autres. Étape 4 : faire fuiter des documents compromettant sur le parti de l’opposition juste avant les élections, accélérer les mises en examen et en parler sans cesse dans tous les médias. Étape 5 : associer le nouveau favori du peuple à un communiste sanguinaire, dictateur, allié de l’Iran, la Syrie, et proche du Vénézuela. Faire une association douteuse avec les problèmes que subit le Vénézuela actuellement et en parler dans tous les médias. Étape 6 : laisser un pion sur un siège éjectable pour diviser les voix de gauche, ne pas trop en faire pour pas qu’il soit trop haut dans les sondages. Étape 7 : s’assurer que le FN sera bien au second tour pour s’assurer la victoire, répéter les étapes 1, 3, 4, 5. Étape 8 : alliance nationale contre le Front national, avec une victoire assurée de 70 % contre 30 % au second tour. En partant d’une cote à 4 %, c’est pas mal.”
Concernant le refus de Jean-Luc Mélenchon de prendre position après le premier tour, Hugo y voit une forme de continuité idéologique crédible avec la position de M. Mélenchon, qu’il soutient :

“C’est logique pour moi. Mélenchon va déjà sonder son équipe et ses 450 000 militants. Je suis certain qu’il appellera d’ici peu à voter contre le FN. Et préparera ensuite à fond les législatives, où il y a clairement de l’espoir. Il suit sa ligne politique d’insoumission, il est contre tout ce que prône Emmanuel Macron et est évidemment idéologiquement opposé à Marine Le Pen. Il se prononcera bientôt.”

Lors qu’on interroge Hugo au sujet du choix qui s’offre à lui, à savoir Front national/En marche !/abstention/vote blanc, et qu’on lui demande s’il sait déjà quelle attitude il adoptera le 7 mai, le jeune homme explique être en faveur du bulletin blanc, sans que sa décision soit pour autant immuable : “Je vais y réfléchir, voir tout ce qui se dit dans les deux prochaines semaines. Mais pour l’instant, je suis un partisan du vote blanc – ce qui serait une première me concernant !”

Samy, 25 ans : “Je vais voter Marine le Pen et dès le 8 mai, c’est la Révolution française”

Samy G. a 25 ans et est fonctionnaire dans une ville communiste. Il a cru en la candidature de Jean-Luc Mélenchon, a adhéré à la plateforme des insoumis, soutenu son idée de VIe République, qu’il trouve “très intéressante” ainsi que sa volonté de “tout remettre à plat” et de créer une nouvelle Constitution. Samy n’adhère pas aux idées de Marine Le Pen, néanmoins, dimanche 7 mai, il mettra dans l’urne un bulletin Front national. Il nous explique pourquoi :

” Si je vote Jean-Luc Mélenchon depuis toujours, c’est parce que je veux du changement, un minimum de changement. Selon moi, la Ve République arrive à la fin d’un cycle. Ce qu’il propose, c’est ce qu’il faut faire pour redémarrer sur de bonnes bases. Si je votais Macron au second tour, le choix dit ‘utile’, ce qui arriverait au bout du compte pendant le quinquennat, ce sont quelques grèves par-ci par-là, parce qu’il va nous mettre la misère, mais ça bougera pas forcément. Tandis que si je vote  Le Pen et qu’elle passe, je pense qu’au lendemain de son élection, il y aura de vrais manifestations et rassemblements et limite une guerre civile. Je n’adhère pas du tout au programme du FN, mais je pense que si Le Pen passe, le peuple se révoltera une bonne fois pour toutes, demandera sa démission et à partir de là, nous serons obligés de repartir à zéro. Il n’y a aucune adhésion de ma part, mais je vais être cru : j’espère sincèrement qu’elle va passer pour que ça parte en couille.”

Samy poursuit son raisonnement :

“Si c’est Macron qui passe, la pilule sera bien plus facile à avaler. Y aura des petites manifestations éparses où on dira ‘on souffre’, dont je ferai quand même partie, mais c’est tout, je fermerai ma gueule et il n’y aura pas de soulèvement. Si je vote Macron, ça va faire du bruit pendant deux semaines puis ce sera fini, il mettra en place tout ce qu’il veut, les banques continueront à s’enrichir et nous, on sera dans la merde, on va payer, payer et payer. Si je vote Le Pen, ça va péter pendant trois mois et elle devra prendre une décision parce qu’on n’arrêtera pas. Le soulèvement général permettra l’organisation de nouvelles élections, j’y crois dur comme fer. […] Si Jean-Luc Mélenchon avait appelé à voter Macron, je l’aurais très mal pris. Il ne peut pas le faire alors que dans son programme figurent de nombreuses propositions de loi qui feront souffrir le peuple d’en bas, les classes populaires. Ça serait comme me demander de voter Fillon ou Sarkozy, ça serait inadmissible.”

Lorsque l’on interroge le jeune homme sur sa binationalité franco-algérienne et le fait que le programme du FN pourrait fortement le défavoriser, Samy reste très confiant :

“Je n’ai pas peur du FN. Le racisme, je le connais depuis que suis petit. Le Pen me demandera de choisir entre mes deux nationalités, mais je ne choisirai jamais, puisque selon mon raisonnement, elle sera obligée de quitter le pouvoir car on sera des millions dans cette position. C’est un pari risqué, mais un pari à prendre. À un moment donné, si l’on veut que ça bouge, il faut poser ses couilles sur la table. Ils vont expulser des millions de personnes ? Ben, il va leur en falloir des avions ! On est plus nombreux qu’eux, on ne se laissera pas faire. On est très nombreux à penser comme cela, mais les gens se cachent. Cependant, je suis lucide, on va avoir droit au vote utile et il y a de grandes chances que ce soit Macron qui passe. Le vote utile va bien nous mettre dans la merde car c’est un Valls bis. La pilule Macron passera, y aura pas de révolte, c’est sûr, tandis que la pilule Le Pen, non, son mandat ne durerait pas cinq ans : la moitié de la France se rebellera et elle ne pourra pas assumer. C’est un pari risqué. Mais j’ai confiance en notre pays, on n’est pas les États-Unis. On a une histoire, et la Révolution, je rappelle que ça vient de chez nous. Je ne parle pas d’une petite émeute dans une cité isolée genre Montfermeil qui s’embraserait ou d’une simple manifestation avec les ouvriers qui descendent dans la rue. On parle de la moitié de la France qui sera dehors. Ça sera ingérable pour l’État. Si jamais demain, toutes les classes populaires de France s’embrasent en même temps, ils ne sauront plus quoi faire. Hier à Bastille, ça a pété, mais c’était pas des racailles, hein. C’était des gens anti-FN et antisystème qui ne se laissent juste plus faire. On a de la ressource dans pas mal de classes sociales. Si Marine Le Pen passe, dès le 8 mai, je fais un arrêt maladie et je suis dans la rue. C’est clair. C’est cocktail Molotov sur les Champs-Élysées, mais sans crier Allah akbar, bien évidemment [rires]. Ce que je veux, c’est 2005 [les émeutes de 2005, ndlr] puissance 10 000.”

Laura, 23 ans : “On n’a pas besoin de mon vote, je resterai intègre”

Originaire de Vanves (Hauts-de-Seine), Laura est étudiante à l’université Paris-VIII de Vincennes-Saint-Denis en Master 1 industries culturelles et créatives. Actuellement en échange à Madrid, la jeune femme a tenu à revenir à Paris pour l’élection et soutenir son candidat, Jean-Luc Mélenchon. Elle est repartie “très déçue” car elle “y croyait vraiment” :

“Quand j’ai vu les résultats, j’ai cru qu’on me faisait une grosse blague. Ensuite, je me suis dit que le score était plutôt bon et que le Front de gauche n’a jamais fait autant. En revanche, quand je vois que François Fillon récolte 19,5 % des voix, je me dis que les gens aiment bien les carottes. Mais aussi et surtout, on voit qu’aujourd’hui, notre système de vote n’est pas du tout efficace : Emmanuel Macron, 8 528 585 voix ; Marine Le Pen, 7 658 990 voix ; François Fillon, 7 126 632 voix ; Jean-Luc Mélenchon, 7 011 856 voix. Quand tu vois ça, tu te dis juste que le système est mal foutu et que, même si je ne cautionne pas François Fillon, ils mériteraient tous les quatre d’aller au second tour.”
Insatisfaite du caractère binaire du choix s’offrant à elle, Laura votera donc blanc :
“Parce que je n’ai jamais loupé aucune élection, donc je ne m’abstiendrai pas. Mais désolée, le ‘vote utile’, c’est terminé. J’ai envie de voter pour ce que j’ai envie de voir demain en France et ce n’est ni les mesures d’Emmanuel Macron, ni celles de Marine Le Pen qui vont me satisfaire. Même si le Front national représente un danger, je me dis qu’Emmanuel Macron passera quand même et qu’on n’a pas besoin de mon vote. Au moins, je resterai intègre face à mes valeurs.”

Hélène, 23 ans : “Je vais voter Emmanuel Macron, parce que c’est le moins pire”

Hélène a 22 ans et étudie à l’université Paris-Descartes. Elle votera Emmanuel Macron, par dépit :

“À la base j’étais pour Benoît Hamon et je conserve quand même un préférence pour ce dernier. Mon vote a clairement été influencé par les sondages. J’ai trouvé des valeurs et idées communes entre eux et je me suis dit qu’il fallait faire bloc pour que la gauche passe au second tour. Raté. J’y croyais véritablement, donc c’est une grande déception. Je pense voter Emmanuel Macron, mais sans aucune conviction et aucun engouement pour lui ou ses idées. Je comprends très bien que Jean-Luc Mélenchon ne veuille pas donner de consigne de vote. Moi, je pense que je vais voter Emmanuel Macron, parce que c’est le moins pire. Je me dis que c’est la continuité de François Hollande et par conséquent une sorte de statu quo. Je pense qu’il ne sera pas trop dangereux pour la France, et comme le vote blanc n’est pas comptabilisé, autant faire un vote ‘utile’ pour contrer le FN. Enfin, je vote Macron parce que je trouve que son programme est mieux que celui de Le Pen, voilà.”

 Zoé, 20 ans :“À choisir entre la diarrhée et le choléra, je préfère la diarrhée”

Cette jeune étudiante de 20 ans en information-communication à La Sorbonne-Nouvelle a pour sa part accueilli l’annonce des résultats avec calme. Zoé s’attendait à ce second tour. Contrairement à Hugo, elle ne comprend pas que les candidats du Parti socialiste et de la France insoumise n’aient pas proposé une candidature commune :
“Je ne suis pas surprise, je le savais, je l’avais parié. Je m’attendais exactement à ce score-là pour Mélenchon. Je comprends qu’il n’ait pas tout de suite validé les résultats, j’avais aussi un petit espoir secret qu’il y ait une erreur dans la matrice et qu’il se retrouve au second tour par un quelconque miracle. Mais bon, à un moment, il faut aussi lâcher l’affaire et savoir se reconnaître perdant sinon ça fait quand même gros bébé qui fait son caprice. Ce que je ressens, c’est de l’amertume, mais moins par rapport à sa défaite que par rapport aux résultats. Ce qui rend folle, c’est que les gens soient tombés dans le panneau Macron comme ça, ou dans la dérive FN.  Je suis triste que Mélenchon et Hamon ne se soient pas unis, c’était leur seul espoir de passer. Par contre, que Mélenchon soit derrière Fillon, je ne le comprends pas du tout. J’imagine que c’est par ce que je suis entourée de jeunes qui votent Jean-Luc Mélenchon, et que la seule personne que je connais qui vote Fillon c’est ma grand-mère. Mais bon, je suis soulagée qu’il ne soit pas passé, parce qu’en vrai, entre le Front national et lui, c’est limite si je préfère pas Le Pen. Quant à la non-participation de Mélenchon au front républicain je trouve ça bien, de toute façon ça veut rien dire et c’est un concept absurde. Je ne vote pas Mélenchon pour qu’il s’allie avec les mecs que j’aime pas, que j’écoute pas et pour qui j’aurais jamais voté. Que chacun donne son avis à son public et les moutons seront bien gardés. C’est honnête de demander l’avis des gens qui ont voté pour lui avant de se prononcer. Pour ceux qui le voient en ‘grand gourou’, au moins ça montre qu’il l’est pas tant que ça.”
Par conséquent, le choix de Zoé va se porter sur Emmanuel Macron :
“Au second tour, je vais voter Macron, sans hésitation. ca me fait mal au cœur et je le déteste toujours autant, mais à choisir entre la diarrhée et le choléra, je préfère la diarrhée. J’adorerais pouvoir me payer le luxe de voter blanc, mais je préfère sacrifier mes opinions et faire le choix de la stratégie. Je peux vivre sous Macron, je serai dans la rue tout le temps à manifester, mais bon on a survécu à Hollande, hein. En revanche, je suis pas sûre que je puisse vivre sous Le Pen. C’est vraiment juste un pur choix de survie et non de conviction. Là, mon meilleur espoir c’est que pour draguer les électeurs de gauche, Macron intègre un peu plus l’écologie dans son programme. Alors bon, je vais voter Macron la mort dans l’âme, mais dès les législatives, je reviens dans son opposition.”

Certains prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.