The Rapture quitte la scène en silence

The Rapture quitte la scène en silence

Un soir d’août 2010, Luke Jenner quitte tranquillement le Palais des Festivals de Cannes. A l’occasion du Festival Pantiero, le chanteur bouclé et ses deux potes viennent d’envoyer un live dance-punk sale et nerveux, comme plein de petits coups d’Opinel N°1 rouillé dans la face.
Mais tout le monde s’en fout, Pantiero ferme, on doit vite déguerpir afin que le club adjacent prenne place et balance du David Guetta toute la nuit. Cette image de Jenner quittant le site du festival dans la nuit résume bien le parcours des Rapture. Un groupe crucial, mais à qui il aura manqué quelque chose – le charisme, peut-être  – pour faire partie des plus grands.
Un groupe à l’influence anonyme.

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Ainsi, la mort silencieuse du trio new yorkais, fondé en 1998, semble somme toute logique. Les premières rumeurs émergent lors d’une soirée de la Red Bull Music Academy où Luke Jenner est annoncé comme “formerly of The Rapture“.
Samedi, le site self-titled confirme l’info via Jonathan Galkin, co-fondateur de DFA Records, la maison mère des Rapture. “J’ai toujours pensé que ça allait exploser, mais ce n’est peut-être pas le cas. Soyez libres d’aller voir la presse avec ce titre : “Est-ce que les Rapture se sont séparés et ne l’ont dit à personne ?“”.
Cette fois ça semble sûr, les Rapture rendent leurs tabliers, leurs t-shirts troués, et leurs guitares saturées. Avec eux s’envole tout un pan du renouveau rock de la décennie écoulée, celle des cheveux longs et des Converse sales.
Les Rapture auront grandement influencé la scène indie planétaire, jouant la même musique que Foals et consorts, dix ans plus tôt, dix ans meilleurs. C’est bien là leur drame, avoir été en avance sur leur temps, si bien qu’on a peine à savoir à quelle époque ils appartiennent. Et c’est pour ça que, tristement, comme au Pantiero en 2010, personne ne les voit vraiment partir, personne ne s’en souviendra vraiment. Peut-être, aussi, parce qu’ils n’en n’avaient rien à foutre.

The Rapture, en cinq titres

En attendant, Luke Jenner, Mattie Safer et les autres auront produit pléthore de titres fiévreux, dansants et irrévérencieux, donc voici un humble Top 5.
Une bonne partie de notre génération découvre les Rapture au cinéma. En 2002, Roger Avary – le scénariste de Tarantino – réunit un casting volontairement cheap pour adapter Les Lois de l’attraction de Bret Easton Ellis. James Van der Beek de Dawson, l’incroyable Shannyn Sossamon et Ian Somerhalder, vu dans Smallville et Vampire Diaries, baisent, boivent et se droguent sur un campus américain.
Un truc d’époque, comme le “Out of the races and onto the tracks” des Rapture qui retentit lors d’une soirée dite “Fin du monde”.
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2003 fut une année formidable pour la musique populaire. Les White Stripes, Yeah Yeah Yeahs, et même Diam’s. Certains ont peut-être gardé de l’époque, une fantastique compilation des Inrocks où l’inquiétante “Olio”, présente sur le meilleur album du groupe, Echoes, se glissait entre du Missy Elliott et du Audio Bullys.
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Après LCD Soundsystem, The Rapture est le deuxième groupe fleuron de DFA à disparaître. En 2003, encore, le label new yorkais publiait une compilation mythique, sobrement intitulée DFA Compilation, Vol.1. Entre le “Give It Up” du gang de James Murphy et les oubliés de Black Dice, rugit le titre le plus punk des Rapture, “House of Jealous Lovers”.
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Paru en 2006, Pieces of the People We love est l’album oublié du groupe. Celui de sa fugue chez Vertigo Records, aussi. Pourtant produit entre autres par Danger Mouse, l’opus délivre quelques tubes comme “Get Myself Into It”, “Calling Me” et, surtout, l’éloquent “Whoo! Alright-Yeah…Uh Huh.”
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Après cinq ans dans l’anonymat le plus total, les Rapture reviennent en 2011 et lâche une bombe sale, In The Grace of Your Love. Un album plus dance que punk, calibré pour les nightclubs. Un album inégal, mais parsemé de titres scandales comme “Miss You” ou “Come Back To Me”. The Rapture vise la nouvelle génération, celle qui ne les connait pas, et ça marche. Pendant deux ans, le miracle “How Deep is Your Love” fera danser les festivals et plages alcoolisées du monde entier, et le fera encore longtemps.
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