Saul Leiter, le génial précurseur de la photo couleur

Saul Leiter, le génial précurseur de la photo couleur

Saul Leiter est mort le 26 novembre 2013. Il laisse derrière lui l’une des oeuvres photographiques les plus prodigieuses et méconnues.
Dès 1950, alors que le milieu artistique ne jure que par le noir et blanc, il est l’un des tous premiers à explorer la couleur près de 15 ans avant William Eggleston. C’est en tout cas ce qu’il explique lors de son entretien avec Sam Stourdzé, l’actuel Directeur du Musée de l’Elysée à Lausanne :

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Un jour, je m’ennuyais. J’ai pris un rouleau de film couleur. J’ai photographié. Ensuite, j’ai reçu une petite boîte avec des dapositives, et ce que j’ai vu m’a plu. Je trouvais ça intéressant. J’ai toujours été attiré par la photographie couleur, même quand elle n’était pas à la mode.

HAIRCUT, 1956

Mais au-delà de la couleur, c’est également dans l’art du cadrage et de ses compositions impressionnistes, abstraites qu’il bouleverse les codes de l’époque.

Je n’ai jamais eu d’ambition et je n’aime pas beaucoup les ambitieux. Je n’ai pas cherché à faire carrière, j’étais un peu fainéant. Je préférais aller au café, écouter la radio, visiter des expositions. J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment. J’ai simplement regardé le monde, pas vraiment prêt à tout, mais en flânant. (Catalogue d’exposition – Steidl – janvier 2008)

J’ai vraiment commencé comme photographe de mode. On ne peut pas dire que j’ai réussi, mais il y avait assez de travail pour me tenir occupé. J’ai collaboré avec le HARPER’S BAZAAR et d’autres magazines. J’ai eu du travail. C’était une façon pour moi de gagner ma vie. J’avais besoin de payer ma facture d’électricité et mon loyer et j’avais besoin d’argent pour la nourriture. Dans le même temps, j’ai pu faire mes propres photographies.

Je ne sais pas comment j’ai pris telle photo à tel moment ni pourquoi. J’allais à la fromagerie, à la librairie, au café, il y a des choses qui me plaisaient, je prenais des photos. Je ne sais pas si j’ai réussi à faire ce que je voulais : je n’ai jamais su ce que je voulais faire !
Je n’ai pas de philosophie de la photographie. J’aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers. Je suis sensible à une certaine ambiguïté dans la photographie, ne pas être certain de ce que l’on voit…
Lorsqu’on ne sait pas pourquoi le photographe a pris une photographie, que l’on ne sait pas pourquoi on la regarde, et puis subitement, on découvre quelque chose, on se met à voir. J’aime cette confusion. (Catalogue d’exposition – Steidl – janvier 2008)