“Projet Daphne” : un passeport maltais pour 1 million d’euros

“Projet Daphne” : un passeport maltais pour 1 million d’euros

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Valletta Harbour/Flickr/CC

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Par Astrid Van Laer

Publié le

Malgré le décès de la journaliste Daphne Caruana Galizia, l’enquête de cette dernière a été poursuivie par un consortium d’organisations de presse, qui a mis au jour un vaste système de corruption dans l’archipel maltais.

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Daphne Caruana Galizia dérangeait. La journaliste assassinée le 16 octobre dernier enquêtait sur une affaire de corruption à Malte, qui impliquait notamment le Parti travailliste du Premier ministre, Joseph Muscat. Ce jour-là, une bombe placée sous sa voiture a explosé, coûtant la vie à la journaliste de 53 ans. Sa mort avait bouleversé l’État et au-delà.

45 journalistes de 18 organisations de presse différentes – dont les françaises Radio France, France 2 et Le Monde – ont travaillé ensemble pendant cinq mois, avec pour objectif de continuer son enquête. Le projet, lancé par l’organisation Forbidden Stories, a pour slogan “Ils ont tué la journaliste, pas ses enquêtes”.

Son travail a donc été poursuivi grâce aux 680 000 documents laissés derrière elle, ce qui a permis de mettre au jour un immense système de blanchiment d’argent à La Valette, la capitale de l’archipel. Comme l’explique la cellule investigation de Radio France, la banque maltaise Pilatus Bank avait organisé un “programme” permettant de vendre la nationalité maltaise à de riches étrangers, et par là, les avantages fiscaux qui vont avec.

Une nationalité à plus d’un million

D’après le consortium, les bénéficiaires sont en majorité de nationalités russe et chinoise. Depuis 2014, plus de 3 000 personnes auraient acquis la nationalité par ce biais. Trois conditions sine qua non doivent être réunies : s’acquitter d’une somme de 650 000 euros auprès de l’État maltais, y acheter un bien immobilier et investir dans l’île – en tout, il faut dépenser près de 1 200 000 euros.

Le passeport maltais est également surnommé “visa doré”, car il permet de voyager dans beaucoup de pays européens sans acheter de visa. La société qui gère le programme est proche du gouvernement maltais avec, à sa tête, un certain Christian Kälin. Daphne Caruana Galizia avait ainsi découvert un grand système de corruption : les candidats au passeport maltais payaient les politiques afin d’obtenir la nationalité.

La journaliste a été classée par le magazine Politico parmi les 28 personnalités qui “façonnent, secouent et remuent l’Europe”. Le fils de cette dernière s’est félicité sur les réseaux sociaux que la mémoire et le travail de sa mère soient ainsi honorés. Il met également très clairement en cause le Premier ministre :

“Si je savais où il se trouve, je brûlerais l’ordinateur de ma mère en face de la police.
C’est l’ordinateur du Premier ministre dont la police a besoin, pas celui de ma mère.
Joseph Muscat, où est ton ordinateur ? Où est-il et où sont le serveur privé et l’adresse mail que tu as utilisés pour planifier l’assassinat de ma mère ?”

Image de une : © Valletta Harbour/Flickr/CC