Présidentielle : l’écologie, la grande absente du second tour

Présidentielle : l’écologie, la grande absente du second tour

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Par Virginie Cresci

Publié le

Un an et demi après la tenue de la COP21 à Paris, l’écologie est aux abonnés absents des discours et propositions des deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle française. 

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L’écologie a soudainement disparu de cette campagne, et ça ne semble inquiéter personne. Pourtant, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou en avaient fait un enjeu majeur. “Futur désirable” pour l’un, “planification écologique” pour l’autre ou encore l‘anticapitalisme comme vaccin face aux “urgences climatiques” pour le troisième, chacun la nommait différemment mais elle était bien là. Leur élimination au premier tour a aussi entraînée celle de la cause écologiste qui ne semble intéresser ni la candidate du Front national ni celui d’En marche !

Alors que même l’Energy Transitions Commission (ETC) – une organisation internationale regroupant de grands acteurs industriels et pétroliers comme Shell, des établissements financiers comme la Banque mondiale et HSBC ainsi que des partenaires scientifiques et environnementaux, comme l’European Climate Foundation – affirme qu’il est “techniquement et économiquement possible” de lutter contre les gaz à effet de serre “si nous agissons dès maintenant”, les candidats, eux, semblent peu s’en préoccuper.

Marine Le Pen, de son côté, prône une “écologie patriote”, ce qui ne veut absolument rien dire. Rappelons qu’elle ne veut “pas d’éolienne, nulle part”, trouve celles-ci “immondes” et estime cette énergie “épouvantable et chère”. Elle a dénoncé “l’écologie punitive” en ciblant la fermeture des voies sur berge décidée par la maire de Paris Anne Hidalgo. Bref, Marine Le Pen s’en fiche de l’écologie, on le savait déjà, elle n’en parle que pour attirer des électeurs et ne s’en cache pas.

Emmanuel Macron, pas vraiment écolo

Pour Emmanuel Macron, il faut l’avouer, l’écologie n’est pas une priorité. Affirmant à plusieurs reprises que “le nucléaire en France a un avenir” et le vantant comme une énergie “très peu carbonée”, le candidat d’En marche ! fait de la question climatique un sujet de seconde zone. Concernant le diesel, Emmanuel Macron refuse de s’engager, comme le souhaite notamment la maire de Paris Anne Hidalgo, pour en terminer avec ce carburant ultranocif pour la santé d’ici 2025. L’ancien ministre de l’Économie a simplement promis que la fiscalité du diesel sera alignée sur celle de l’essence d’ici cinq ans, ce qui est en réalité, déjà prévu.

Dans son programme, concernant l’alimentation, le flou règne. S’il promet que l’ensemble de la restauration collective proposera “au moins 50 % de produits biologiques, labels de qualité, ou local” (sic), en revanche il ne nous explique pas comment il s’y prendra. Au sujet de l’agriculture, on a du mal à comprendre de quel côté se situe Emmanuel Macron. Lors du décès de Xavier Beulin, ancien dirigeant fortement décrié de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), Emmanuel Macron a rendu sur Twitter un “hommage” à l’“homme d’agriculture et ami”. “Le combat qu’il a mené; je veux aussi le faire mien”, a ajouté Emmanuel Macron.

Il faut noter que Xavier Beulin était aussi le président du groupe Avril, le roi de l’alimentation animale, du biodiesel, de l’oléochimie et fortement présent dans l’huile de palme et les OGM. Pas vraiment écolo. Il était aussi fortement critiqué au sein de la communauté agricole. Rappelons que de nos jours, en moyenne, un agriculteur en France se suicide tous les trois jours. Ajoutons à cela, la sortie du leader d’En marche ! du 14 mars dernier. Lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale des chasseurs à Paris, Emmanuel Macron s’est dit “favorable à la réouverture des chasses présidentielles”, estimant que celles-ci appartenaient à “la culture française”.

Enfin, le vainqueur du premier tour l’a dit lui-même, il n’y aura pas d’accord avec Europe Écologie-Les-Verts. Alors qu’un militant se montrait inquiet face à une telle alliance, le candidat d’En marche ! a répondu : “Je me suis arrêté à la ligne sur le nucléaire et ça m’a suffi. Je sais là-dessus à quoi m’en tenir.” À la suite de cette remarque, dont on pourrait relever le mépris, Nicolas Hulot s’est dit “beaucoup déçu”, dans l’émission C Politique.

L’aveu final vient de Daniel Cohn-Bendit, pourtant soutien d’Emmanuel Macron. Lors du dernier meeting du candidat, il l’a reconnu lui-même, il faut “aider un peu”, le “p’tit Emmanuel” sur l’écologie. On espère qu’il le fera.