Phoenix : l’interview fleuve

Phoenix : l’interview fleuve

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De gauche à droite, Deck d’Arcy, Laurent Brancowitz, Christian Mozzalai et Thomas Mars

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Laurent : Les Américains, c’est souvent du business. Là, c’était naturel. Le début d’une histoire d’amitié. On est fan de son œuvre, de ce qu’il faisait en 2005. C’est un génie. Tu connais ce qu’il fait ?
Pas vraiment…
Laurent : Il faut s’y mettre. Il est sous-estimé.
K | Comment vous expliquez que vous êtes l’un des seuls groupes français invité à Coachella ?
Laurent : On a toujours fait ce qu’on a voulu faire. Ce qu’on aime, c’est le côté champ de poudreuse, champ vierge. Dans la musique, il faut souvent créer, innover. Et on a cette chance en France, par rapport aux Américains et aux Anglais qui ont sur les épaules cet espèce de patrimoine musical, d’être libres. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de musiciens français qui ont suivi cette route avant nous. Cela nous permet de faire des choses auxquelles n’auraient pas forcément pensé des Anglo-Saxons.
K | C’est ça qui fait la touche française ?
Laurent : Il y a de ça, mais il y a sans doute autre chose. Dans tous les groupes ou artistes français qui s’exportent un tant soit peu, on retrouve des gens qui ont été en marge. Parce qu’en France, il n’y avait pas de possibilité de s’exprimer : ils ont été obligés de construire leur petite œuvre tout seul dans leur chambre. C’est pour ça que s’il y a bien un truc fondamental dans l’émergence de cette vague française, c’est l’évolution technologique et l’arrivée des samples.
On pouvait, sans l’aide d’un label, faire un disque. Ça a créé une génération d’artistes indépendants. Un Anglais, il sait exactement quoi faire. L’ingénieur du son a mis 100 fois le micro sur la caisse claire. Nous on ne sait pas. On entend les disques, on les samples, on passe des mois à faire des trucs qui nous ressemblent. Mais personne n’était là pour nous aider.
K | Aujourd’hui, on parle d’un retour de la pop à la française avec Granville ou La Femme.
Laurent : Si on commençait à faire de la musique maintenant, je pense qu’on ferait ce style. Même si, et c’est triste, on ne peut pas voyager avec le chant en français. Et jouer partout. Sinon, je trouve ça excitant, j’aime cette nouvelle scène.
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Christian : En tournée, on a beaucoup écouté de chansons françaises. La France nous manquait tellement lorsqu’on était à l’étranger. Du Bashung, du Christophe…
Laurent : Avant on écoutait que du Gainsbourg. Là, on a ouvert notre cœur. Les meilleurs.
Christian : Les albums de Chamfort.
Laurent : Étienne Daho, c’était quand même pas mal.
K | Mais chanter en français, ça ne permet pas de remplir le Madison Square Garden..
Laurent : Ça, c’est sûr. Si le testament avait été écrit en araméen, on ne serait pas chrétiens.
Christian : C’est-à-dire ?
Laurent : On est comme des apôtres, on choisit la langue. Tu comprends pas ?
Christian : Je suis fatigué.
Laurent : La langue de Jésus, c’était l’araméen. Si le testament avait été écrit dans sa langue de Jésus, tout le monde s’en serait foutu.
Christian : Ah ok, j’ai compris (rires).
K | Vous pensez avoir réalisé vos rêves de gosses ? 
Laurent : Nos rêves de gosses n’ont jamais été des rêves de statues mais toujours des rêves de travail. Quand on a commencé à composer, on imaginait travailler en studio, comme George Martin avec les Beatles. En gros, on n’a jamais rêvé de salles combles. On pensait juste à la vie de musiciens. C’est ce qu’on fait maintenant et ce n’est jamais un truc auquel tu arrives, mais un processus perpétuel.
Christian : Comme on a fait chaque étape très doucement, très lentement, on a profité de chaque moment, de chaque petite marche : c’est une chance qu’on a eue. C’est délicieux.
K | C’est quoi la prochaine étape ?
Christian : Là, notre objectif est de réaliser des concerts dans des festivals imposants à travers un show qui puisse être grand et digne, sans que ça soit le Cirque du Soleil.
Laurent : Il faut surtout arriver à ne pas devenir un groupe de stade.
K | Et si je vous parlais de LCD Soundsystem et de Shut Up And Play The Hits ?
Christian : Ils ont bien terminé eux. Nous, on pourrait mettre fin à Phoenix. Mais on continuerait tous les quatre quand même.
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Trailer du documentaire Shut Up And Plays The Hits

Laurent : Il y a toujours une montagne derrière la montagne. Heureusement, sinon ça serait déprimant. J’ai l’impression qu’il y a moyen d’être vieux et de faire de la bonne musique. Comme Nick Cave. Des mecs qui continuent à garder leur dignité. Par contre, il y a une honte à porter des jeans moulants à 70 ans. Ça il ne faut pas (rires). Et pour revenir à James Murphy des LCD Soundsystem, lui il a continué sa vie. Nous on n’a pas de plan B.
Christian : On est tous dépendant les uns des autres. C’est notre faiblesse mais c’est surtout notre force.
Laurent : Jusqu’à ce qu’il y en ait un qui claque.