Paris n’inclura pas le manspreading dans sa prochaine campagne contre le harcèlement

Paris n’inclura pas le manspreading dans sa prochaine campagne contre le harcèlement

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Après l’engagement de Madrid contre le manspreading, 20 Minutes s’est interrogé sur une initiative similaire de la ville de Paris. La région et le Stif n’ont malheureusement pas l’intention de prendre des mesures pour le moment, différenciant ce comportement des pratiques de harcèlement – auxquelles il est pourtant lié.

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La semaine dernière, on apprenait que Madrid avait décidé de s’engager à son tour dans la lutte contre le manspreading dans les transports. L’EMT (l’entreprise municipale des transports de Madrid) va en effet diffuser des pictogrammes condamnant cette pratique dans tous les bus de la ville. De quoi donner envie d’une initiative similaire en France.
Sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les usagères à faire part de leur exaspération. Facebook et compagnie regorgent effectivement de photos parlantes, montrant des hommes empiéter sur l’espace de leurs voisines en écartant les jambes au maximum, alors qu’elles doivent se faire les plus petites possible si elles veulent éviter le contact.

#manspreading

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Aucune “réflexion ni prise de position sur le sujet” en région parisienne

Malheureusement, la région Île-de-France et le Stif (Syndicat régional des transports) ont expliqué à 20 Minutes qu’il n’y avait “ni réflexion, ni prise de position sur le sujet” puisqu’ils n’ont “pas eu de remontées de terrain de la part d’opérateurs, RATP et SNCF, ni de la part d’associations d’usagers”. Un porte-parole de la RATP a déclaré que “le manspreading n’a pas suscité le besoin d’une campagne spécifique. Les plaintes de nos voyageurs portent en premier lieu sur les incivilités relatives à la propreté”. Des paroles décriées par l’association Osez le féminisme, qui reçoit “beaucoup de témoignages relatifs à ce syndrome des couilles de cristal”, et insiste sur la nécessité d’une “réappropriation de l’espace public par les femmes”.
Raphaëlle Rémy-Leleu, la porte-parole de l’association, a expliqué à 20 Minutes que “le manspreading est un geste machiste, patriarcal et sexiste. Une façon de prendre de la place et de s’imposer”. Elle regrette donc que la campagne prévue par le Stif en 2018 pour lutter contre le harcèlement dans les transports n’englobe pas le manspreading, alors qu’il a les mêmes causes et est lié au harcèlement. Le webzine Ève souligne à ce sujet que c’est “ce que l’on transporte en soi, [notre] vision de ce que le comportement femmes-hommes doit être dans l’espace public et [notre] perception de ce que peut y être notre place, qui influe sur nos postures corporelles” :

“Toute une culture encouragerait les hommes à conquérir l’espace, tandis qu’elle soumettrait les femmes à l’obligation de s’y faire discrètes.”

Un comportement intrinsèquement lié au harcèlement

Et ces comportements s’observent dès l’enfance, produisant “des effets de ségrégation dans l’espace”, comme dans la cour de récréation. Le webzine se réfère par exemple à la géographe Édith Maruéjouls, “qui a observé et analysé l’occupation des espaces dans les cours de récréation”. Les garçons font des jeux qui prennent de la place au centre de la cour, tandis que les filles jouent en petits groupes sur le côté à des jeux ne prenant pas trop d’espace et ne faisant pas trop de bruit. Une répartition qui se retrouve logiquement à l’âge adulte dans la rue et les espaces publics en général. Pour le géographe Yves Raibaud, l’éducation stéréotypée inculque “dès le plus jeune âge aux filles un devoir de se protéger des agressions, tandis qu’elle valorise l’esprit de conquête chez les garçons”. L’espace mixte propose donc un partage tout relatif, “en tension cohabitative davantage qu’en mixité”. Toujours selon Ève :

“Dans le champ allégorique, cela signifie que le disempowerment que craignent certains hommes face à l’empowerment des femmes n’est pas renversement des inégalités, mais seulement renonciation à une part excessive d’occupation des espaces concrets et symboliques.”

D’où l’importance d’inclure la lutte contre le manspreading dans celle contre le harcèlement, tant les deux comportements découlent d’une même éducation stéréotypée. Dans la même logique, changer le terme “manspreading” par celui de “humanspreading”, comme l’a proposé le philosophe Raphaël Enthoven dans la matinée d’Europe 1 ce mercredi 14 juin, enlèverait à ce phénomène toutes ses implications quant aux inégalités et stéréotypes liés au genre.