Parcoursup ? “C’est rien de plus que de la poudre de perlimpinpin !”

Parcoursup ? “C’est rien de plus que de la poudre de perlimpinpin !”

“Je vais faire quoi de ma vie ?”, “J’ai la boule au ventre”, “Je vais être obligé·e de m’endetter pour intégrer une école privée”, “À quoi ça m’a servi de travailler toute l’année ?”, “Du coup, je sais pas si ça sert à quelque chose que j’aille passer le bac…”

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Mercredi 23 mai, en voyant le désarroi des élèves après que les premiers résultats de Parcoursup sont tombés, on a lancé un appel à témoins sur Twitter. Dans les trois heures qui ont suivi, on avait déjà reçu plus de 70 témoignages. Ceux qui nous ont contactés ont pour but “de faire réagir les personnes compétentes” et “d’aider certaines personnes dans le même cas à se sentir moins seules dans la recherche d’un futur projet”.

Nombreux sont les lycéens et lycéennes qui nous ont écrit à avoir obtenu les félicitations au conseil de classe, à avoir des moyennes générales au-dessus de 15 et à être complètement démotivés après avoir découvert leurs résultats. “À quoi bon ?”, nous disent-ils. Beaucoup d’autres ont décidé de se réorienter, les refus qu’ils essuient actuellement leur donnant l’impression que leur profil les fait partir avec un “malus”.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, était l’invité d’Europe 1 jeudi 24 mai. “Ça suffit de jouer avec les peurs des lycéens et de leurs parents, le vrai scandale, c’était le système APB”, disait-il. Le problème, c’est que les peurs des lycéens, elles sont là et elles sont bien réelles.

“L’année prochaine risque d’être compliquée”, nous dit Serena, bachelière strasbourgeoise. Marie-Agathe, quant à elle, est “totalement démotivée” : “C’est l’incompréhension totale : on fait plus confiance à un algorithme qu’à la réelle motivation des élèves ?”

Et Camille, qui signe son témoignage “une étudiante visiblement sans avenir”, se dit “victime” de Parcoursup et s’interroge : “Peut-être que le ministère se fout de nous, mais je fais quoi de ma vie si je ne peux pas suivre les études qui me plaisent ?”

“Parcoursup ? Ça a été fait à l’arrache”

Au micro d’Europe 1, M. Griveaux promettait qu’avec Parcoursup, on a un “meilleur accompagnement” qu’avec le précédent système. Il assure :

“[Avec Parcoursup’, les vœux sont] examinés par des équipes pédagogiques [tandis qu’avec APB], c’était un algorithme. Avec APB, vous aviez une première vague de réponses, puis vous deviez attendre deux à trois semaines sans aucun signal de personne, avant une seconde vague de réponses, puis venait ensuite une troisième.”

“Là, tous les jours, le site est actualisé”, concluait M. Griveaux. Concernant cette attente quotidienne, Kamila, étudiante en terminale STMG à Strasbourg, nous explique : “C’est un énorme stress avant le bac, qui pousse certains de mes camarades à baisser les bras pour les examens et nous fait surtout redouter la phase complémentaire qui pourrait nous mettre dans des sections non voulues par obligation.”

Quant à l’examen des dossiers par des équipes pédagogiques, beaucoup n’y croient pas. Comme cette jeune fille souhaitant rester anonyme qui nous fait part de son désarroi en s’étant vu refuser dans beaucoup d’établissements. Certains de ses camarades ont été acceptés dans ces filières alors qu’ils avaient rédigé des lettres de motivation sous forme de blague, du type : “Je veux intégrer cette prépa commerce pour rentabiliser mes achats sur Fortnite.”

De son côté, Thomas nous a contactés pour nous dire qu’il vit cette expérience Parcoursup “comme une injustice et un échec” :

“Ma prépa, je la voulais plus que personne. J’ai travaillé toute l’année pour atteindre des moyennes par matière et générale au-dessus de 16, et je n’ai été pris dans une aucune prépa. Pire : je suis sur liste d’attente dans les universités que j’avais mises, plus de deux cents places derrière un de mes camarades dont les notes ne dépassent pas 13.”

“Ce système et sa gestion sont honteux”

Gwen souhaite entrer en licence de japonais. Elle raconte :

“Je suis la première de mon lycée en japonais, je l’étudie depuis la seconde. J’ai participé à un échange scolaire au Japon en première. Je suis en terminale S, j’ai 16 en philo, 17 en histoire et 14 de moyenne générale. Je suis B2 en anglais et en allemand.

Pourtant, je suis sur liste d’attente pour l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) en licence de japonais. Une personne en STMG qui ne fait pas japonais et qui a de moins bonnes notes que moi est prise.”

Quant à Nélia, le constat qu’elle fait est sans appel : “La génération à laquelle j’appartiens subit l’échec” de l’Éducation nationale française. “Parcoursup ? Ça a été fait à l’arrache”, conclut-elle. Et tout cela, c’est sans parler du site qui, bien évidemment, bug. On pense à ce lycéen qui souhaite intégrer l’IUT de Belfort-Montbéliard, à qui on indique qu’il est 84e sur la liste d’attente… qui ne comprend que 77 places !

“Qu’est-ce qui m’attend l’année prochaine ? Une téléréalité ?”

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Tous les témoignages reçus par Konbini news rendent compte d’une très grande insécurité. Lisa nous a écrit pour nous parler de son dossier et de ses bonnes notes. Malgré cela, sa déception fut des plus grandes : “J’ai pleuré de 18 heures jusqu’à 4 heures du matin et je n’ai pas eu la force d’aller en cours ce matin, mes rêves sont brisés. Ce système est honteux”, conclut-elle.

Même son de cloche pour Capucine, qui ne comprend pas qu’on établisse des listes d’attente à rallonge : “Une seule fac de psychologie pour le plus grand département de France avec seulement 250 places pour 6 000 personnes en liste d’attente.” Son désarroi se fait sentir : “La fac où je suis le plus susceptible d’être prise se trouve à Metz, à 11 heures de voiture de chez moi.”

Eline-Zana, comme beaucoup des gens qui nous ont écrit, envisage de s’endetter pour rejoindre le privé : “Comment peut-on refuser l’entrée à la scolarité à des étudiants motivés ?”, écrit-elle avant de nous faire part de son angoisse :

“Vouloir étudier ne devrait pas me mettre un stress constant, je ne devrais pas avoir une boule au ventre ou du mal à respirer avant de regarder mes résultats, je ne devrais pas pleurer à cause de ça. […] Qu’est-ce qui m’attend pour l’année prochaine ? Une téléréalité ?”

Pour Rose, c’est la même chose : “Je trouve ça fou, on nous parle d’égalité des chances, sauf que lorsqu’on n’a pas les moyens nécessaires pour se payer du privé, on peut se retrouver sans rien alors qu’on a donné tout ce qu’on avait.” Margaux, elle, va jusqu’à parler de Parcoursup comme d’un “cauchemar” :

“Je me suis pris une grosse gifle. Je me suis rapidement aperçue que l’élite seulement aurait sa place dans le supérieur cette année, et encore. […] J’ai soutenu le président au début. Mais sa ministre et lui nous ont complètement bernés.

Je suis révoltée contre cette réforme, qui pour moi n’est rien de plus que de la poudre de perlimpinpin et je soutiens tous les élèves qui manifestent pour leurs droits aujourd’hui.”

“Je me demande si je vais quand même passer le bac”

En effet, beaucoup d’élèves ont décidé de bloquer leur établissement, comme ci-dessus au lycée des Arènes à Toulouse, où Agnès, énième bachelière en panique avec sa 1 276e place sur les 3 590 que compte la liste d’attente de Paris III, s’est rendue. Ces blocus vont vraisemblablement empêcher les élèves de se concentrer sur leurs épreuves du bac, mais là encore, plusieurs d’entre eux nous ont fait part de l’idée de ne pas s’y présenter.

C’est le cas de Laura, qui “voit son rêve de devenir journaliste un jour s’envoler, tout comme l’accès à des études supérieures” et qui, par conséquent, s’interroge : “J’ai pleuré devant les résultats, en me demandant si je devais quand même me présenter aux épreuves du bac, sachant que je n’ai pas d’avenir professionnel.”

Des élèves de première en région parisienne ont décidé, en signe de solidarité avec leurs camarades de terminale et par peur de se retrouver dans la même situation l’année prochaine, de ne pas se laisser faire et de témoigner leur soutien. Ils donnent donc rendez-vous à tous les bacheliers qui le souhaitent le 30 mai devant leur académie afin “d’avoir le dernier mot” :