“Madame Le Pen, vous n’aurez pas nos haines”, la tribune des familles des victimes d’attentats

“Madame Le Pen, vous n’aurez pas nos haines”, la tribune des familles des victimes d’attentats

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Par Virginie Cresci

Publié le

Des artistes, des représentants du monde associatif et des proches des victimes d’attentats comme Étienne Cardiles, le compagnon de Xavier Jugelé, publient une tribune contre l’instrumentalisation des peurs par le Front national. 

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Ils viennent d’horizons différents et se sont réunis pour adresser un message à Marine Le Pen. Juliette Méadel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée de l’Aide aux victimes, Étienne Cardiles, le compagnon de Xavier Jugelé, tué dans l’attentat des Champs-Élysées, le collectif féministe 52, les comédiens Bruno Solo et Pierre Arditi, les animateurs Nagui et Bruno Guillon, et surtout, des proches de victimes d’attentats ont publié une tribune dans Libération, ce mardi 2 mai pour dénoncer les récupérations haineuses de la candidate du Front national.

“Un cri de résistance, un appel à la paix…”

“En exploitant les peurs et les craintes que les attentats récents ont exacerbées, le Front national est à présent aux portes du pouvoir en France. Pourtant, son message est porteur de haine. Une haine qui attise la guerre dont nous ne voulons pas”, écrivent-ils en introduction, avant de s’adresser directement à Marine Le Pen, présente à l’hommage rendu à Xavier Jugelé le 24 avril dernier :

“Vous avez entendu les paroles dignes et poignantes d’Étienne Cardiles, brisé par la perte de son compagnon, Xavier Jugelé, ce jeune gardien de la paix assassiné sur l’avenue des Champs-Élysées par les terroristes. L’avez-vous seulement écouté dans son appel à la fraternité, à l’unité et à la cohésion républicaine ? Avec les mots d’Antoine Leiris, qui a perdu sa femme et la mère de son enfant au Bataclan le 13 novembre 2015, il s’est adressé à nos bourreaux pour leur dire : ‘Non, vous n’aurez pas ma haine.'”

Ils qualifient cet appel de “cri de résistance, un appel à la paix qui a d’autant plus de poids qu’il est porté par des victimes et leurs familles, et que de nombreux citoyens ont pu se reconnaître dans ce message de paix malgré la répétition des attentats qui ont frappé notre pays depuis 2012”. Ils énumèrent ensuite les endroits où des centaines de citoyens français ont été tués, victimes d’un attentat terroriste. Charlie Hebdo, le Bataclan, les terrasses parisiennes, l’Hyper Cacher, Toulouse, et tant d’autres lieux marqués par la douleur.

“Les terroristes attendent que les élections remettent en cause les valeurs de la République française”

Ils citent aussi les Français morts dans des attaques à l’étranger, comme à Bruxelles, Tunis, Bamako ou encore Istanbul. “Une succession morbide d’attentats destinée à nous effrayer et à nous terroriser”, commentent-ils. “Si ‘la France a peur’, alors tout est possible, même le pire.” Le pire, c’est l’extrême droite, qui joue sur la peur et la colère. Cette même colère qui “conduit à la haine” et, d’après les signataires, fait le jeu du terrorisme :

“Les terroristes attendent des élections qu’elles remettent en cause les valeurs de la République française qu’ils abhorrent. Ils haïssent la liberté et l’égalité et attendent que, par l’instauration de lois qui discriminent, l’inégalité conduise à l’affrontement et à la guerre civile. […] Les premiers visés par cette discrimination n’en concevront qu’un ressentiment plus fort, qui nous aspirera dans le cercle infernal du rejet de l’autre et de la haine de soi.”

Ceux qui sont encore en deuil s’adressent directement à celle qui joue sur la peur d’un nouvel attentat, stigmatise les étrangers et prône que fermer les frontières est la seule solution face au terrorisme : “Alors, non Madame Le Pen, vous n’aurez pas nos peurs, vous n’aurez pas nos colères, vous n’aurez pas nos haines. Parce que la vengeance et la loi du talion, ce n’est pas notre conception de la justice. Au lieu d’apaiser les esprits, votre projet ne fait que stimuler les tensions sans rien résoudre de nos difficultés, au contraire.”

Les signataires font référence à l’histoire de la France, “celle d’une patrie qui recueille et protège ceux qui fuient la guerre, […] celle qui reçoit tous les enfants dans son école, quelle que soit l’origine de leurs parents, quelles que soient les croyances et les cultures, dès lors qu’elles s’inscrivent dans le cadre démocratique.” Une France “résiliente”, qui a su “résister à la haine”, après chaque attentat en se rassemblant. “C’est cette France-là que nous chérissons, c’est au nom de cette France-là que nous nous battrons pour que jamais, Madame Le Pen, vous n’ayez nos peurs, nos haines et nos colères”, concluent-ils.

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