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Filmer des jeunes qui se saoulent : pourquoi l’émission de France 4 inquiète

Publié le

par Théo Chapuis

Filmer des jeunes qui se saoulent : pourquoi l’émission de France 4 inquiète

Le groupe [France Télévisions] a commandé une émission dans laquelle des jeunes volontaires, majeurs, vont se saouler devant les caméras de télévision afin de tester les effets de l’alcool sur eux.

L’objectif ? Attirer l’attention des 15-25 ans sur les effets néfastes de l’alcool, dans une émission diffusée à la rentrée et composée de 5 épisodes de 45 minutes. L’émission signée Réservoir Prod qui-parle-aux-jeunes-des-pratiques-des-jeunes arrive ce mardi 7 octobre à 22h30. Pour se mettre l’eau (de vie) à la bouche, France 4 dévoile un premier extrait aujourd’hui en guise de bande-annonce. Santé !

Alcootest : les premières images de France 4 by Konbini
Après une très rapide présentation par le présentateur Olivier Delacroix, une voix-off déclare sur fond de musique électronique que l’alcool est, pour la plupart des jeunes, “un incontournable” des soirées ou “un moyen soi-disant efficace” pour faire des rencontres. Quelques chiffres (“un Français boit en moyenne 12 litres d’alcool par an”), quelques remarques (“l’alcool, première cause indirecte de décès chez les jeunes”), et la même voix, concernante, annonce qu’Alcootest va “briser les idées reçues” sur l’alcool. Attention, ça va chauffer.
Pourtant, les quelques images qui défilent sous nos yeux incrédules ne nous montrent rien de ce qu’on ne sait déjà. Une fille trébuche en sautant à cloche-pieds, un type hurle son enthousiasme à la caméra, des gens dansent dans une boîte de nuit, d’autres en féria… Ce sont apparemment ces images, épuisées mille fois, que les reportages nous montreront inlassablement.
Mais Alcootest montrera aussi des séquences en plateau, où les réactions à l’alcool seront testées et contrôlées par “l’expert” de l’émission, sidekick “qui sait, lui” du sympathique animateur : le médiatique docteur Philippe Batel, spécialiste en addictions. Finalement, il assure dès cette bande-annonce que les quantités d’alcool auxquelles seront soumises les jeunes au cours de ce émission seront “largement” inférieures à celles consommées lors “des habitudes d’alcoolisation”. On n’en saura pas plus pour le moment… et en saura-t-on plus de toute manière ?
La promesse d’Alcootest est de mieux faire “comprendre les conséquences de l’alcool sur le cerveau”. Or, au vu des premières images, on a surtout l’impression qu’on aura ce sentiment de gêne qu’on a tous déjà éprouvé au moins une fois : vous savez, arriver dans une soirée un peu trop tard, quand tout le monde est déjà cuité complet. C’est l’enfer.

A quoi bon montrer une personne ivre à la télévision ?

Un concept venu d’ailleurs

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Si cette initiative cathodique inquiète, c’est également parce qu’elle s’inspirerait d’un principe d’émission déjà décliné aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. On y voit la présentatrice “goûter” des substances psychédéliques de toutes sortes sous l’œil inquisiteur des objectifs.
Au menu : musique épique cheap façon blockbuster, confession face caméra sur les effets ressentis… jusqu’à la séquence “vomi” qui n’est pas épargnée aux téléspectateurs. À découvrir ci-dessous.

La même boîte de production que Tellement Vrai

Communication réussie ?

Au printemps, dans les pages télé du Figaro, la chaîne alimentait la soif tout en se défendant : “L’objectif est de sensibiliser les jeunes, lesquels ont tendance à boire de plus en plus, aux risques de ce que l’on appelle le binge drinking” […] Il ne s’agit pas de les juger, ni de porter sur eux un regard moralisateur. Il s’agit d’une expérience sérieuse et encadrée, réalisée sous contrôle médical.” 
La chaîne le martèle : “On est dans l’accompagnement, la prévention, l’humain”. Pourtant, la bande-annonce d’Alcootest table beaucoup sur les faciès avinés, les fêtes excessives, et les lumières aveuglantes des boîtes de nuit. On accompagne. On prévient. On est humain.
Le 19 mai dernier, France 4 avait déjà consacré une soirée à l’alcool et aux addictions chez les jeunes. Au menu, trois documentaires, dont l’un au synopsis rappelant celui-là même qui promet d’être diffusé à la rentrée :

Pendant un an, des jeunes entre 18 et 21 ans se sont filmés lors de ces soirées festives qui commencent le jeudi soir pour s’achever le dimanche matin. Puis régulièrement, sous le regard du réalisateur Philippe Lubliner, ils se sont retrouvés dans des ateliers audiovisuels pour exprimer leur rapport à l’alcool.

Des audiences en attente de rebond

Résultat pour France 4 à l’issue de la diffusion de ce programme : 0,4% de parts d’audience, soit un score très modeste, même pour la petite chaîne de France Télé. Avec des émissions comme celles-ci, la petite antenne lancée en 2005, dont le slogan est “Ça déchaîne”, cherche-t-elle son coup de buzz ?
Un programme de slow TV très futé, le plus controversé Cam Clash, d’autres choix de programmation audacieux, des émissions qui grandissent sous l’aile de l’antenne avant de s’en libérer… France 4 fait de plus en plus office de laboratoire au sein de l’audiovisuel public. Une chaîne rafraîchissante au sein d’un PAF à consommer avec modération… du moins jusque-là. Il faut souhaiter que la quête de parts d’audience n’enivre pas davantage ses choix de diffusion.