Le Pen dissoudra l’Assemblée nationale si elle n’obtient pas la majorité aux législatives

Le Pen dissoudra l’Assemblée nationale si elle n’obtient pas la majorité aux législatives

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Par Cyrielle Bedu

Publié le

Un membre du “conseil stratégique de campagne” de Marine Le Pen aurait annoncé au Canard enchaîné qu’en cas de victoire de la candidate à la présidentielle, celle-ci dissoudrait l’Assemblée si son parti ne remportait pas les élections législatives. Juste après avoir légèrement modifié la Constitution…

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La dernière fois que l’Assemblée nationale a été dissoute par un président de la République c’était en 1997, sous Jacques Chirac. L’ancien maire de Paris, qui était à la tête de l’État depuis deux ans seulement, voyait sa cote de popularité en berne dans les sondages. Même si la droite était à l’époque majoritaire à l’Assemblée, il décida de la dissoudre et d’organiser des élections législatives anticipées (un an plus tôt que prévu) afin de renforcer sa légitimité. Mauvaise pioche : c’est la gauche qui a remporté les législatives, ce qui a forcé Jacques Chirac à désigner comme Premier ministre son opposant, le socialiste Lionel Jospin. Ce fut la troisième cohabitation de la Ve République entre un président et un Premier ministre de deux bords politiques différents.

Vingt ans plus tard, si l’on en croit les déclarations que le député européen FN (et membre du “conseil stratégique de campagne” de Marine Le Pen) Gilles Lebreton a fait au Canard enchaîné, la candidate frontiste fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter une cohabitation, si elle décroche son ticket pour l’Élysée.

“Si la nouvelle Assemblée nous est hostile, nous changerons la loi électorale par un référendum organisé dès l’été prochain puis la présidente dissoudra l’Assemblée”, a ainsi déclaré Gilles Lebreton.

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Le référendum évoqué par Gilles Lebreton serait organisé grâce à l’article 11 de la Constitution et permettrait au FN d’instaurer une proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas vraiment une surprise : l’idée de cette proportionnelle est en effet déjà inscrite dans le programme présidentiel de Marine Le Pen (engagement n° 3 : “À l’Assemblée nationale, la proportionnelle sera intégrale avec une prime majoritaire de 30 % des sièges pour la liste arrivée en tête et un seuil de 5 % des suffrages pour obtenir des élus”).

“À ce tarif-là, il suffit qu’un parti – au hasard, le Front – profite de la dispersion des voix et remporte le scrutin avec 20 % des voix pour disposer de la majorité à l’Assemblée”, décrypte le palmipède d’investigation.

Ce mode de scrutin, favorable au FN, permettra ainsi à Marine Le Pen d’être en position de force sans trop de difficulté. Une fois la loi changée, elle dissoudra l’Assemblée nationale avant de lancer de nouvelles législatives, quelques semaines plus tard.

Notons que lors des élections législatives de 2012, seulement deux députés FN étaient entrés à l’Assemblée nationale : Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard. On ne s’étonnera donc pas que Marine Le Pen et son équipe aient réfléchi à toutes les méthodes possibles pour changer la donne, et ce même si le peuple français en décide autrement dans les urnes le 18 juin prochain.

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