À chacun son analyse de la campagne électorale française qui s’engage. C’est aujourd’hui le tour de Lionel Bordeaux, ancien conseiller politique de gauche, de nous donner sa vision des choses et d’engager le débat. Son sujet ? François Fillon.
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En politique, on aime bien reproduire les méthodes qui marchent. Dick Morris, alors conseiller politique de Bill Clinton, avait étudié pour la réélection de son patron en 1996, comment Francois Mitterrand avait géré la cohabitation entre 1986 et 1988 pour l’emporter ensuite contre Jacques Chirac. En 2012, Francois Hollande s’inspirait des méthodes mises en place par Barack Obama en 2008 pour sa campagne de porte à porte et sa stratégie de récupération d’emails. La mode aujourd’hui, est de s’inspirer de Donald Trump. On aime copier la gagne. Et le dernier à avoir gagné dans les grandes démocraties, c’est lui.
Donald Trump a passé sa campagne à répéter en boucle trois idées : « Make America great again » (on pouvait penser qu’il le disait au petit-déj’ au lieu de demander du café tant cette phrase fut prononcée), « Hillary is a crook, the worst Secretary of State ever » (« Hillary est un escroc, la pire secrétaire d’État qui ait jamais existé ») et « FAKE News » pour répondre à toutes les mises en cause sur sa personne ou ses propos venues des journalistes ou des autorités, même quand l’évidence était là. L’histoire du piratage des emails du Parti démocrate auquel les services russes de renseignement ont participé l’a bien montré.
Ce qui compte, c’est de taper, taper, et encore taper
Aujourd’hui, deux candidats prennent Trump comme modèle et comme boisson énergisante pour la campagne présidentielle française : Marine Le Pen et Francois Fillon. Au regard du précédent Donald Trump, François Fillon en a tiré la leçon de taper fort sur les journalistes et les autorités publiques (juges, ministres, policiers…). Son « fake news » à lui, est de répéter qu’il est victime d’« un coup d’État institutionnel » venant « du pouvoir » et « de la gauche », etc.
Chaque jour, il monte d’un cran sur les méchancetés dont il serait victime en oubliant qu’il a quand même eu l’emploi de service généreux avec sa femme et ses enfants. Il fait comme Donald. Ce qui compte, c’est de taper, taper, et encore taper en expliquant que seul son lien avec le peuple français compte. Que l’élection est là pour ça. En passant, la justice devient une institution de seconde zone et se classerait après le suffrage universel.
Mais avec cette stratégie, Francois Fillon, confond les campagnes. Aujourd’hui, il n’est pas Donald Trump, il est Hillary Clinton. La campagne de la candidate démocrate a été parasitée jusqu’aux derniers jours par l’affaire de ses emails. Et Donald Trump n’a fait que répéter et répéter encore que cela montrait à quel point elle n’était pas digne de la confiance du peuple américain. Ses emails à lui, Francois Fillon, c’est le « PenelopeGate ». Comme Hillary Clinton, il n’y a pas une semaine où cette affaire ne lui ait pas été rappelée, par des manifestations de citoyens ou de militants, les actes de la procédure judiciaire, des déclarations de candidats, des commentaires politiques.
Donald Trump à réussi à traverser la campagne présidentielle américaine sans qu’Hillary Clinton arrive à cibler son opposant avec une attaque qui l’aurait affaibli. Francois Fillon, qui vient d’annoncer sa probable mise en examen le 15 mars prochain va payer cher sa fameuse phrase prononcée pour affaiblir Nicolas Sarkozy : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » Il est bel et bien dans cette campagne Hillary Clinton et s’éloigne, malgré sa rhétorique, de Donald Trump.
Article écrit par Lionel Bordeaux pour Konbini












