Une Américaine dénonce dans une lettre ouverte le code vestimentaire sexiste du collège de sa fille

Une Américaine dénonce dans une lettre ouverte le code vestimentaire sexiste du collège de sa fille

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Par Mélissa Perraudeau

Publié le

Après que sa fille de 13 ans a dû se changer deux jours de suite parce que son collège jugeait son short indécent, cette mère américaine a écrit une lettre ouverte au directeur de l’établissement pour l’inviter à emmener sa fille faire du shopping.

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Dans des établissements scolaires français et américains, les jeunes filles se voient victimes de règlements sexistes. Fin mars, on apprenait par exemple que dans un lycée de Valence, on mesurait carrément la longueur des jupes des filles, qui devaient rentrer chez elles se changer si leur tenue était jugée “indécente”. Une New-Yorkaise rapporte des mesures similaires dans le collège de sa fille, où règne la même règle : les filles doivent mettre leurs mains le long de leur corps, et les tenues ne sont acceptées que si elles dépassent au moins le bout de leurs doigts.
Âgée de 13 ans, la fille de Catherine Pearlman a reçu plusieurs avertissements à cause de ses vêtements. La mère a publié sur Instagram une photo montrant sa fille vêtue d’un T-shirt droit et d’un short on ne peut plus chaste – mais qui a le malheur d’être plus court que les bras de la collégienne de 13 ans, qui se trouve être assez grande pour son âge. Avec les températures chaudes du printemps, celle-ci s’est vu remettre un avertissement deux jours de suite, risquant au troisième des heures de colle. Elle a également été forcée de changer de tenue, ce qui fut une forme d’humiliation et de culpabilisation pour cette jeune fille ayant eu le malheur de montrer ses jambes.

Une règle ridicule et insensée

Parallèlement à son post Instagram, la mère indignée (par ailleurs coach en parenting) a également adressé une lettre ouverte au directeur du collège. Elle souligne l’absurdité du règlement et l’injustice de la sanction, alors qu’au lycée les élèves peuvent mettre ce qu’ils veulent. Avec beaucoup d’ironie et un humour grinçant, elle remercie le directeur d’avoir envoyé un mot deux jours de suite pour dire que sa fille avait une tenue inappropriée pour l’école, et de l’avoir obligée à se changer pour mettre un short en nylon trop grand et à la propreté très douteuse. Avant de proposer :

“Pour vous récompenser d’avoir traité ma fille avec autant d’égards, je vous invite cordialement à l’emmener faire les magasins. Voici les prérequis avec lesquels vous devez travailler. Je vous souhaite vraiment bonne chance.”

Catherine Pearlman liste ensuite les contraintes avec lesquelles il devra composer : le fait que sa fille ait “des jambes et des bras exceptionnellement longs”, parce qu’elle est “construite comme son père” ; le fait qu’elle n’aime ni le rose, ni le violet, ni les froufrous ; et enfin le fait qu’elle ne porte pas de pantalons parce qu’elle a vite trop chaud et que cela la rend irascible. “Faites-moi confiance, j’en ai été témoin. Cela causera un scandale dans la cour de l’école”, s’amuse d’avance la mère. La maman fait savoir que sa fille refuse également de porter des robes, ou quoi que ce soit avec un logo visible, “parce qu’elle ne trouve pas ça cool”. “Elle portera cependant n’importe quel T-shirt avec un super-héros, Green Day ou l’équipe de foot des États-Unis. Vous pourrez peut-être essayer une occasionnelle référence aux Beatles, mais c’est une entreprise à haut risque”, écrit-elle en se moquant.
Et ce n’est pas tout, puisqu’il faut aussi composer avec le règlement du collège – c’est-à-dire pas de débardeurs même quand il fait très chaud, et des shorts et jupes qui ne doivent pas être trop courts. “C’est un casse-tête”, reconnaît ironiquement Catherine Pearlman, avant de donner ses conseils au directeur :

“Donc si j’étais vous (et je suis bien contente de ne pas l’être), je me concentrerais d’abord sur le short. Elle a des doigts très longs qui semblent rendre la recherche d’un short qui ne l’enverra pas dans le bureau du directeur impossible (mais le bon côté, c’est que son prof de piano dit que ces doigts sont un atout). Je programmerais quelques après-midi et week-ends pour cette recherche. D’après mon expérience, je peux vous dire qu’aller dans un centre commercial, chez Target ou dans les magasins classiques ne va rien régler. Il n’y a pas grand-chose pour elle là-dedans. J’ai déjà cherché.”

Elle lui demande ensuite de faire attention au budget, puisque sa fille grandit encore et qu’il faudra vite lui acheter de nouveaux vêtements, puis conclut :

“Merci infiniment de vous occuper de cette corvée. C’est un sacré soulagement pour moi.”

Sa lettre est signée “La maman qui en a ras-le-bol du code vestimentaire”.

Sa faute ? Être une fille

Ces doléances sur le mode de l’ironie font passer le message avec humour, dénonçant l’absurdité des règles de l’établissement et leur conservatisme archaïque. Dans le post-scriptum de sa lettre, Catherine Pearlman repasse à l’attaque :

“J’ai oublié de vous remercier d’avoir clairement signifié à ma fille que son corps est en quelque sorte une distraction, que ce soit pour elle ou pour les garçons. J’ai cru qu’elle avait raté le message plus tôt cette année quand le prof de gym lui a dit qu’elle ne pouvait pas porter de pantalon de yoga parce que les garçons ne sont pas capables de se contrôler. J’apprécie tout le travail que vous faites pour bien enfoncer le clou.”

Elle montre ainsi que ce n’est pas la première fois que sa fille est victime de remarques et sanctions sexistes, et qu’au final on lui interdit de porter ce qui lui plaît et ce dans quoi elle est le plus à l’aise parce qu’elle a commis la faute… d’être une fille, et que les garçons ne savent pas “se contrôler”. Une façon claire de signifier que les garçons ont le droit d’être des violeurs potentiels, et que la culpabilité revient aux filles d’être trop “tentantes”, de ne pas cacher au maximum leurs formes naturelles — et ce, dès 13 ans.
Si Catherine Pearlman n’a pour le moment pas rapporté de réponse du directeur du collège, sa lettre a été reprise par de nombreux médias américains. Elle relaye leurs articles en espérant qu’ils permettront de mettre un terme aux codes vestimentaires sexistes – pour qu’on ne dise plus à sa fille qu’elle est une distraction ou un objet sexuel, et que cette dernière soit libre de mettre des shorts quand il fait chaud.

I'm having a crazy day but for a good reason. Let's end the #dresscode

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