Ils auraient aimé pouvoir voter au premier tour, mais…

Ils auraient aimé pouvoir voter au premier tour, mais…

photo de profil

Par Cyrielle Bedu

Publié le

Problèmes de procuration, impossibilité de s’inscrire ou radiation des listes électorales… Malgré leur volonté de voter, de nombreux Français n’ont pas pu s’exprimer au premier tour de la présidentielle 2017. À leur grand désarroi.

À voir aussi sur Konbini

On ne pensait pas qu’autant de personnes étaient concernées, on nous avait dit que c’était de leur faute, qu’elles ne s’étaient pas inscrites sur les listes électorales à temps. Pourtant, depuis le soir du premier tour de l’élection présidentielle, les témoignages de gens n’ayant pas pu voter en raison de couacs administratifs se multiplient sur les réseaux sociaux et dans notre entourage. Combien sont-ils ? Nul ne le sait. Nous avons voulu donner la parole à certains d’entre eux, qui ont toujours en travers de la gorge de ne pas avoir pu faire entendre leur voix (démocratique).

Rosalie, 19 ans

“Cette année, j’aurais dû voter pour la première fois à l’occasion du premier tour, mais je n’ai pas pu le faire car je suis sans logement fixe. Je suis pourtant dans les règles : j’ai la nationalité française, je viens d’obtenir mon bac L, j’ai fait ma journée d’appel de préparation à la défense… Mais parce que je suis à la rue, je n’ai pas pu voter. J’aurai aimé voter pour quelqu’un à même de changer les choses pour les gens comme moi. Depuis quelques semaines, je vis chez des amis à Saint-Étienne en attendant d’obtenir des aides de l’État. Je ne touche rien et, avec la crise, je galère à trouver du travail. Cette présidentielle est très importante mais, cette année, mon premier vote est parti en fumée.”

Ashley, 22 ans

“J’ai fait une procuration, mais elle n’a pas marché. C’est ma première élection et j’étais en week-end à Rennes pendant le premier tour. J’ai donc fait ma procuration dix jours avant. Le jour J, j’ai reçu un appel de l’amie qui était censée voter pour moi : elle m’a expliqué que la mairie n’avait pas reçu ma procuration. Je n’ai reçu aucun appel pour me notifier que ma procuration n’était pas arrivée. Personne ne m’a expliqué ce qui s’était passé. J’ai juste été mise devant le fait accompli.”

Arthur, 23 ans

“Fin décembre, des campagnes incitant à s’inscrire sur les listes électorales m’ont fait flipper. Comme j’en avais marre de toujours devoir retourner chez ma mère pour aller voter, j’ai entamé la procédure d’inscription en ligne fin décembre (oui, je sais, trop tard). On m’a répondu début janvier que l’une des pièces de mon dossier (en l’occurrence une quittance de loyer) n’était pas recevable. Les procédures étant terminées, j’ai laissé couler en me disant que j’irais voter chez moi, en Picardie, comme je l’ai fait ces cinq dernières années.

Mais ce que je ne savais pas, c’est que bien que ma demande d’inscription n’ait pas aboutie, le simple fait d’avoir initié cette demande m’a automatiquement radié des listes électorales de ma ville d’origine. En apprenant cela le jour du premier tour, j’ai passé le reste de la journée à prendre des trains, à essayer d’appeler les mairies… Tout ça pour réaliser que je n’étais inscrit nulle part, et que je ne pourrais pas voter avant l’année prochaine. C’est frustrant et rageant, surtout quand on s’est engagé pour cette campagne…”

Aurélien, 27 ans

“Je suis inscrit au bureau de vote de ma ville natale, dans le Tarn. J’ai fait ma procuration au commissariat central du 2e arrondissement de Paris le 14 avril dernier, soit presque dix jours avant le premier tour. Lorsque la personne mandataire est allée voter pour moi, aucune trace de ma demande de procuration n’a été trouvée… Je n’ai pas pu voter.”

Manon, 20 ans

“J’habite à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et je suis inscrite sur les listes électorales d’un petit village en banlieue toulousaine (Haute-Garonne). J’ai fait ma procuration mardi avant l’élection, soit cinq jours avant. On m’a dit que l’envoi de la procuration ne prendrait que deux jours. Dans le doute, j’ai quand même demandé s’il ne valait pas mieux que je l’envoie moi-même, car j’étais consciente que le délai était plutôt court. On m’a cependant confirmé que ce serait bon. Pourtant, quand la personne que j’avais désignée s’est rendue au bureau de vote, on lui a dit qu’elle ne pourrait pas voter pour moi. Si on m’avait tout de suite dit qu’il était trop tard pour faire la procuration, j’aurais compris sans problème et je serai rentrée chez mes parents pour voter…”

Yann, 27 ans

“Depuis mes 18 ans, j’ai toujours voté dans le village où je suis né. J’ai quitté le domicile familial à 17 ans, mais je revenais à chaque fois voter dans mon village sans que cela ne pose de problème. J’ai pourtant déménagé plusieurs fois. Cette année, à l’occasion du premier tour de la présidentielle, je me suis présenté au bureau de vote de mon village d’origine, et on m’a annoncé que j’étais radié des listes électorales. Quand j’ai demandé pourquoi, on m’a répondu que c’était probablement dû à mon changement d’adresse…

Je suis retourné à la mairie de mon village dans la semaine pour savoir ce qui s’était réellement passé. On m’a expliqué que ma radiation était effectivement due à mon changement d’adresse et que j’avais ‘sûrement’ été informé de cette radiation par lettre recommandée avec accusé de réception. Je leur ai demandé comment ils m’avaient envoyé cette lettre alors qu’ils n’avaient pas mon adresse. Ils ont répondu que la lettre avait été envoyée à ma mère, qui réside toujours dans mon village. J’ai demandé à ma mère si elle avait reçu un document à mon intention de la part de la mairie, elle m’a répondu que non. Le processus démocratique étant très important pour moi, et m’étant personnellement impliqué de manière importante dans cette campagne, j’ai été déçu et particulièrement choqué.”

À lire -> Si vous voulez voter par procuration au second tour, dépêchez-vous