L’État du Nouveau-Mexique vient seulement d’interdire cette pratique, qui continue cependant dans d’autres endroits du pays.
À voir aussi sur Konbini
Encore une belle occasion de se dire que, merde, notre monde ne tourne pas rond. Le « lunch shaming », en vogue dans de nombreuses écoles des États-Unis, consiste à humilier publiquement un enfant dont les parents n’ont pas payé les frais de cantine. Imaginez-vous, à sept ans, en train de laver toutes les tables de la cantine sous l’œil amusé de vos petits camarades de classe, simplement parce que vos parents ont un peu de retard dans leurs factures. La pratique choque, et à raison. Elle vient d’ailleurs d’être interdite par l’État du Nouveau-Mexique, comme le rapporte le Telegraph.
Baptisée « Hunger-Free Students’ Bill of Rights » (« loi contre la faim des élèves »), une nouvelle loi interdit notamment aux écoles de faire laver les cantines par les élèves en retard de paiement, ou aux « dames de cantine » de mettre leur repas à la poubelle. Parce que oui, il était d’usage de jeter aux ordures les repas chauds de ces élèves plus pauvres que la moyenne, et ce devant leur yeux. Je répète : devant leurs yeux.
La nouvelle législation oblige les établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés, à servir un repas sain à leurs élèves. Il leur est également imposé de tenter de trouver des accommodements avec les familles à bas revenu, ainsi que de contacter directement les parents endettés au lieu de passer par l’intermédiaire de leurs enfants. En effet, il n’est pas rare que certains élèves se retrouvent avec un coup de tampon indiquant « LUNCH MONEY » sur le bras pour prévenir les parents, affichant au grand jour leur pauvreté sur leur peau le temps d’une journée.
Chargement du twitt...
Traduction : « Voici le tampon. Sur son poignet. »
Forcément, la grogne a aussi commencé à monter du côté du personnel des cantines, dont le job est quand même de nourrir les enfants et non de les affamer volontairement. Au mois de septembre 2016, une membre du staff de la cantine d’une école de Pittsburg a provoqué un tollé en démissionnant pour protester contre cette pratique. « J’ai un problème avec tout ça, en tant que chrétienne, c’est immoral et honteux, voilà ce que c’est », avait ainsi déclaré Stacy Koltiska, chargée de référencer les repas des élèves.
« Tout le monde pouvait voir que je faisais partie des élèves pauvres de l’école »
L’indignation de Stacy Koltiska est évidemment loin d’être un cas isolé. Au-delà des parents horrifiés de recevoir leur bambin avec des tampons sur le bras, certains responsables politiques ont également tenu à faire connaître leur profonde désapprobation de cette pratique. Souvent parce qu’ils en ont eux mêmes été les victimes dans leur prime jeunesse. C’est notamment le cas du sénateur démocrate du Nouveau-Mexique, Michael Padilla :
« Madame Ortiz et Mme Jackson, nos deux dames de cantine, sont vite devenues mes meilleures amies. Je ne les remercierai jamais assez de s’être occupé de moi, mais je devais quand même faire des choses en plus comme laver le sol de la cantine. Tout le monde pouvait voir que je faisais partie des élèves pauvres de l’école. »
Un traumatisme tellement intense qu’il fait aujourd’hui partie des responsables politiques impliqués dans l’adoption de la nouvelle législation anti-lunch shaming, des décennies plus tard. Qu’est-ce qui pousse des milliers d’écoles américaines à affamer volontairement leurs élèves pour quelques dollars de retard ? Le New York Times nous révèle que plus de 75 % de ces écoles ne parviennent pas à récupérer le montant de ces dettes, ce qui peut plomber leur comptabilité, d’autant que le gouvernement fédéral tourne à budgets serrés.
C’est donc souvent à la société civile de se mobiliser pour combler ces trous budgétaires, et éviter à des milliers d’enfants de devoir laver le sol de leur cantine pour rembourser la dette de leurs parents. Au mois de décembre, un simple tweet d’alerte d’une journaliste a ainsi déclenché une vague de mobilisation et des centaines de milliers de dollars ont afflué pour renflouer les caisses des écoles.











