Et si pour élire le président, on mettait des mentions aux candidats ?

Et si pour élire le président, on mettait des mentions aux candidats ?

Une expérimentation scientifique propose de voter à la présidentielle grâce à un nouveau mode de scrutin appelé le “jugement majoritaire”. Au lieu de choisir un seul candidat, vous attribuez à chacun une mention, d'”insuffisant” à “très bien”. 

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Cette élection présidentielle pose une question un peu technique, mais essentielle : notre mode de scrutin est-il le plus juste ? En France, on utilise le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, qui consiste à sélectionner un candidat parmi ceux qui se présentent, celui qui récolte le plus de voix remportant l’élection.

Mais plusieurs scientifiques, comme Kenneth Arrow, Jean-Jacques de Borda ou Condorcet, pensent que le scrutin majoritaire mesure mal les opinions des électeurs. Il nous forcerait à choisir un seul candidat alors que nous avons un avis sur tous. C’est ainsi qu’ont pourrait stratégiquement donner sa voix à un candidat qu’on n’apprécie pas forcément, c’est ce qu’on appelle “le vote utile”, qui consiste à s’ériger  contre un autre candidat.

Que se passerait-il si on changeait de mode de scrutin ? Le CNRS, l’université Paris-Dauphine, l’École polytechnique et LaPrimaire.org ont mené une expérimentation scientifique destinée à tester de nouvelles façons de voter. Ils ont créé un nouveau mode de scrutin appelé le “jugement majoritaire” qui modifie totalement notre façon de voter. La dessinatrice Marjolaine Leray nous explique tout dans la BD en ligne Le Choix commun. Afin de tester un nouveau mode de scrutin plus équitable, le site jugementmajoritaire2017.com a mis en place un vote en ligne où il vous suffit de donner une mention à chaque candidat.

Le jugement majoritaire : comment ça marche ?

Pour voter, il suffit de cliquer ici, et de suivre les indications du robot informatique. On va vous demander de noter chaque candidat. Vous avez le choix entre “insuffisant”, “passable”, “assez bien”, “bien” ou “très bien”. Si vous n’avez pas d’avis sur l’un des candidats, vous pouvez cliquer sur la mention “à rejeter” qui va automatiquement éliminer celui-ci. “Un citoyen responsable n’a aucune raison de vouloir comme représentant un candidat dont il ne sait rien”, expliquent les organisateurs sur le site du jugement majoritaire.  Rien ne vous empêche d’attribuer la même mention à plusieurs candidats. Une fois les suffrages exprimés, on regroupe toutes les mentions données à chaque candidat afin de déterminer un “profil de mérite”.

Comment on choisit le vainqueur de l’élection ?

Celui qui obtient ce que les organisateurs appellent “la mention majoritaire” gagne l’élection. Elle est calculée à partir du nombre maximum de “notes” qu’a reçu le candidat. Par exemple, si Nathalie Artaud  a 50 % de “très bien”, 10% de “passable” et 5 % “d’insuffisant”, et que Philippe Poutou a 20 % de “très bien”, 60 % de “bien” et aucun “passable”, c’est la première candidate qui gagne.

Le but de ce mode de scrutin est de toujours faire remporter “la majorité”. En cas d’égalité, si par exemple, François Fillon et Marine Le Pen ont tous les deux 50 % de “passable”, c’est celui qui aura le plus d'”assez bien” qui gagnera l’élection.

C’est ainsi que LaPrimaire.org a fait voter les citoyens qui le désiraient et que Charlotte Marchandise a été désigné “candidate citoyenne”. C’était la première fois que le jugement majoritaire était utilisé pour une élection populaire. Pour connaître les résultats de cette expérimentation sur la présidentielle, il faudra patiemment attendre le 7 mai prochain.