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En Belgique, face à la crise des migrants, les citoyens font de la résistance

Publié le

par Jehanne Bergé

En Belgique, face à la crise des migrants, les citoyens font de la résistance

Depuis fin août, à Bruxelles, plus que jamais les migrants sont traqués par les autorités. Un climat de peur a envahi les rues de la capitale. Face à cette situation, de nombreux citoyens belges ont décidé de se lever et de s’opposer à la politique migratoire de leur pays.

Ces dernières semaines, à Bruxelles, les interventions policières sont devenues de plus en plus fréquentes dans le quartier de la Gare du Nord et plus particulièrement du parc Maximilien. De véritables rafles sont organisées par la police dans cette zone qui sert de refuge à des centaines de migrants qui, pour la plupart, espèrent poursuivre leur route vers le Royaume-Uni.

Un homme politique qui suscite la polémique

Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken, a particulièrement choqué l’opinion publique le 13 septembre en diffusant ce message sur les réseaux sociaux :

Ce matin 14 personnes arrêtées au parc Maximilien, 9 à la gare du Nord, 3 déclarés mineurs. Selon la police, il n’y a quasi plus personne dans le parc. #nettoyer

Pour dénoncer ces propos, le mur du Lambermont, la résidence de fonction du Premier ministre à Bruxelles, a été tagué vendredi 22 septembre avec ce message : “Theo, kuis DIT op” (Theo, nettoie plutôt CECI”).

Quelques jours plus tard, une autre polémique a secoué le pays : pour accélérer l’identification des migrants, le gouvernement a décidé de collaborer avec le Soudan, dont le chef d’État est poursuivi pour génocide et crime contre l’humanité par la Cour pénale internationale. Après cette déclaration, de jeunes écologistes ont caricaturé Theo Francken en soldat nazi.

Un monde se réveille à la nuit tombée

Lundi 25 septembre, nous nous sommes rendus au parc Maximilien au coucher du soleil. Nous arrivons juste après une rafle, le parc est vide. Un témoin raconte : “Les flics viennent juste avant la distribution des repas pour disperser tout le monde. Ils ont pas mal bousculé un bénévole et ont arrêté deux hommes.” Le bénévole qui s’est fait violenter s’appelle Nabil. Il vient tous les jours depuis plusieurs mois, il connaît tout le monde. Il nous explique : “Vous allez voir, les réfugiés vont tous arriver, ils sont cachés.” Une voiture se gare à quelques mètres, c’est Pauline, elle a parcouru plusieurs dizaines kilomètres avec son père, pour venir offrir un peu de nourriture.

“On a vu les images au JT, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose”, explique-t-elle en distribuant des vivres. Devant elle, une file se forme, ils sont plusieurs dizaines à attendre un don de nourriture. Ils viennent du Soudan, d’Érythrée, de Syrie. Mohamed a 16 ans, il vit au parc depuis plusieurs mois, comme beaucoup d’autres eux, il espère rejoindre la Grande-Bretagne. De l’autre côté du parc, des citoyens de Bruxelles ou d’ailleurs attendent sur le trottoir, ce soir, ils ouvrent leur maison. Le coordinateur fait l’appel. Les choses s’organisent assez vite. Ammar a 25 ans, il vient d’Alep, il est ici avec son petit frère de 17 ans. Ils espèrent trouver refuge pour la nuit.

Ouvrir sa porte

Parmi la petite foule de citoyens bénévoles, une dame s’apprête à accueillir deux migrants pour la première fois. “Mes deux ados m’ont aidé à préparer la chambre”, confie-t-elle un peu fébrile. C’est sur Facebook, via le groupe “hébergement plateforme citoyenne”, que les choses se mettent en place. Les citoyens se portent volontaires sur le Web. Au parc, le soir venu, des coordinateurs répartissent les réfugiés chez les habitants. Marie accueille des migrants chez elle depuis plusieurs semaines :

“Avec mon mec on a juste décidé de ne pas avoir peur, la peur paralyse et rend inefficace. On se dit que si on était dans cette situation on aimerait que quelqu’un fasse pareil pour nous. Tout ça m’énerve et me rend triste, certains sont devenus des amis et je sais qu’ils n’ont pas d’avenir. J’ai été voir des avocats mais c’est tellement compliqué et les démarches sont tellement longues… Ils ont 18 ans, ils ont fait de la prison en Lybie, ils se font fait torturer, violer, leurs potes sont morts, ils se font rejeter de partout. C’est injuste. Depuis quatre semaines, j’ai en moyenne quatre personnes chez moi tous les jours, ils sont super chouettes. Ils me contactent et ils débarquent. Mon fils de deux ans joue avec eux.”

Plusieurs centaines de personnes ont été accueillies par les citoyens de manière spontanée. “Toutes les nuits entre 60 et 80 personnes sont dispatchées depuis le parc mais on estime qu’au total 100 à 150 migrants sont hébergés dans des maisons privées”, précise Mehdi Kassou, responsable bénévole de la “plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés”.

Cette plateforme a été créée pendant la crise migratoire de 2015 par des bénévoles pour accompagner les migrants administrativement, donner des cours, distribuer de la nourriture, des soins, des vêtements… Pour rappel en 2015, le parc Maximilien, situé en face de l’Office des étrangers avait alors été transformé en camp d’urgence face à l’arrivée massive de réfugiés syriens et irakiens.

Des dons de repas

Pour assurer la survie des migrants, la distribution de dons alimentaires s’est mise en place. Les cuistots solidaires viennent apporter des repas directement au parc. Pauline et les autres débarquent les bras chargés de caisses remplies de vivres. La nourriture est distribuée à la tombée du jour. Un autre projet fait beaucoup parler de lui : la Belgium Kitchen. L’histoire ressemble à une version revisitée de Robin des Bois… Quatre jeunes molenbeekois ont commencé à aider les migrants pendant la crise de septembre 2015. Petit à petit, ils ont récolté des dons de nourriture et se sont lancés dans la préparation de repas. Dans leur élan solidaire, ils sont partis à Calais où ils ont ouvert une véritable cuisine en plein milieu de la jungle. Ils servaient alors 1 000 repas par jour et préparaient plus de 500 colis alimentaires. Après le démantèlement de Calais, l’équipe est revenue en Belgique. Ils se sont installés à Forest (une commune bruxelloise) dans un ancien bâtiment et accueillent aujourd’hui une centaine de personnes en transit. Dans la cuisine du lieu, ils préparent avec les réfugiés jusqu’à 700 repas par jour qu’ils amènent aux migrants cachés aux quatre coins de la ville. “Il y a beaucoup de gens qui nous aident, beaucoup de commerçants font des dons”, confie l’un des responsables.

La lutte dans la rue

Pour limiter les rafles, la plateforme citoyenne a lancé plusieurs appels aux bénévoles afin de venir dès l’aurore au parc, pour réveiller les migrants avant que les policiers n’arrivent, pour ne pas qu’ils se fassent arrêter. “On y va à quatre heures du matin. On les protège de la police, on les défend”, témoigne un jeune homme. Aussi, un peu partout, les rassemblements citoyens se multiplient, ils sont nombreux à se positionner face à la politique de leur pays. Pendant ces manifestations pacifiques, des gens de tout âge et de tout horizon manifestent leur soutien aux exilés. Un collectif d’artistes a installé vendredi 22 septembre des lettres de trois mètres de haut formant le message “Welkom“, au cœur du parc Maximilien en signe de solidarité avec les migrants et pour marquer leur désaccord avec les rafles. Dans tout le pays, tous les jours, de nouvelles initiatives voient le jour.

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