Le mouvement de Mai 1968 a débuté le 22 mars, au sein de la faculté de Nanterre. À cette occasion, petit retour sur ses slogans les plus marquants.
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« Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés la plage », « Jouissez sans entraves » : provocateurs, drôles ou poétiques, les slogans qui ont fleuri sur les murs parisiens en mai 1968 ont contribué à forger le mythe de ce moment historique.
« On a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789 », analysait l’intellectuel Michel de Certeau dès juin 1968. « Écrivez partout », lit-on sur les murs du centre universitaire Censier. Très tôt, les acteurs du mouvement ont conscience de la valeur de ces inscriptions. « Brûlons la Sorbonne. Mais avant sauvons les graffitis, c’est un trésor à ne pas perdre », écrivent des étudiants dans un hall de la faculté au printemps 1968.
« Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ? », peut-on lire dans la cour de la Sorbonne, près de la chapelle. Écrire sur les murs de Paris est à l’époque « très transgressif », souligne l’historien Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS. Les écrits dans l’espace public sont surveillés par la police. Les graffitis se tracent surtout à la craie ou à la peinture, parfois aussi à la bombe.
Les inscriptions les plus subversives viennent d’activistes proches de l’Internationale situationniste, organisation révolutionnaire créée en 1957, qui aspirait à « changer le monde ». « Il est interdit d’interdire », porte leur patte.
Saisie par le photographe Henri Cartier-Bresson, l’inscription « Jouissez sans entraves » est aussi « très situationniste et hédoniste », note Philippe Artières. Certaines inscriptions ont un petit parfum surréaliste : « La société est une fleur carnivore. » L’esprit anarchiste est perceptible dans certains graffitis, avec la devise « Ni dieu ni maître », née à la fin du XIXe siècle, et ses déclinaisons.
« Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette ! »
L’humour est également très présent. « Défense d’uriner dans les couloirs sous peine de confiscation du matériel ! », peut-on lire à l’Odéon. « Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette ! »
Ces jeunes, qui n’ont « pas envie de perdre » leur vie « à la gagner » et contestent toutes les formes d’autorité, ont leurs bêtes noires. À commencer par le général de Gaulle qui fustige la « chienlit » de Mai 1968. Ils pourfendent aussi les communistes, rebaptisées « crapules staliniennes ».
Avec la police, qui réprime les manifestations étudiantes, c’est la détestation. Le slogan « CRS SS », né pendant les grèves de 1948, reprend de la vigueur et une affiche de l’« atelier populaire de l’ex-école des Beaux-Arts » se charge d’amplifier sa diffusion.
Les inscriptions ne sont pas signées. Mais la naissance du célèbre « Sous les pavés, la plage » a été racontée par son coauteur Bernard Cousin. Un soir de mai au café, cet étudiant en médecine propose « il y a de l’herbe sous les pavés » à Bernard Fritsch (alias Killian), publicitaire proche des situationnistes, qui n’aime pas trop. Ils ont alors l’idée de la plage, en pensant à la couche de sable qui se trouve sous des pavés déterrés par les manifestants. Fritsch bombera ce graffiti une centaine de fois dans Paris.
Konbini news avec AFP











