Débat de l’entre-deux-tours : les pires intox de Marine Le Pen

Débat de l’entre-deux-tours : les pires intox de Marine Le Pen

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Par Virginie Cresci

Publié le

Mercredi 3 mai, lors du grand débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a dit beaucoup de choses, mais pas tellement de vérités. Retour sur ses plus gros mensonges.

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Le 3 mai, lors du débat de l’entre-deux-tours diffusé sur France 2 et TF1, Marine Le Pen a dû sentir son nez s’allonger. La Pinocchio de la politique française a balancé intox sur intox, et ce malgré la pile de classeurs posée devant elle. Heureusement, les fact checkers de Libération, des Décodeurs et de France Info ont compilé ses plus gros mensonges. Retour sur les pires fausses informations distillées par Marine Le Pen.

“Votre Union européenne, c’est 9 milliards d’euros par an”

Faux. Marine Le Pen parle ici de la participation française au budget de l’Union européenne, qui selon ses dires, s’élèverait à 9 milliards d’euros. Sauf que, selon les chiffres du Parlement européen, la France a dépensé 4,5 milliards d’euros pour l’année 2015, soit moitié moins que ce qu’affirme la candidate du Front national.

“L’euro a eu des conséquences très lourdes sur le pouvoir d’achat des Français. Sa mise en place a entraîné une augmentation spectaculaire des prix”

Encore faux. Selon les chiffres de l’Insee, l’indice des prix à la consommation a régulièrement augmenté depuis le début des années 2000. Mais si l’on regarde sur une période plus longue, on s’aperçoit que depuis 1990, la courbe est quasi linéaire. L’entrée en vigueur de l’euro en 2002 n’a pas constitué de rupture dans la baisse du pouvoir d’achat.

“Vous êtes en train de créer des filières de GPA à l’étranger”

Non, Emmanuel Macron ne crée pas des filières de GPA (gestation pour autrui) à l’étranger. D’abord, parce que la GPA est interdite en France, et surtout parce qu’il ne compte pas l’autoriser. Marine Le Pen use ici d’un argument employé par la Manif pour tous concernant la citoyenneté française des enfants nés d’une GPA à l’étranger.

Jusqu’en 2015, c’était aux tribunaux de décider si l’enfant adopté était reconnu comme français ou non. Depuis, une circulaire de Christiane Taubira, rédigée alors qu’elle était ministre de la Justice, vise à harmoniser ces décisions délicates en se conformant à la position de la Cour européenne de justice. C’est cette reconnaissance de la citoyenneté des enfants nés de la GPA à l’étranger qu’Emmanuel Macron met en avant dans son programme.

Si, si, Marine Le Pen a bien modifié sa proposition sur le retour à la retraite à 60 ans.

La retraite à 60 ans, c’est un peu la proposition flottante du Front national : peut-être bien que oui, peut-être bien que non… le parti change souvent d’avis sur la question. Marine Le Pen a finalement inscrit la mesure dans son programme. Mais mardi soir, un jour avant le débat, elle a relégué son application à la fin de son éventuel quinquennat, à la condition que le chômage ait baissé. Grosso modo, si le chômage ne baisse pas d’ici cinq ans, pas de retraite à 60 ans. Forcément, Emmanuel Macron a profité de cette occasion en or pour tacler la candidate, mais Marine Le Pen a nié en bloc. Amnésie ou mauvaise foi ?

Pour lutter contre le terrorisme, “il faut que l’on expulse tout de suite les fichés S étrangers qui sont sur notre territoire”

C’est le leitmotiv de Marine Le Pen : expulser les “fichés S” (c’est-à-dire les personnes qui sont considérées par les autorités comme dangereuses pour la sûreté de l’État). Encore une fois, la candidate du Front national a dégainé son argument massue, surfant sur la peur. “Tous ceux qui, étrangers sur notre territoire, ont un lien avec le fondamentalisme islamiste, dehors. Dehors ! Tous ceux qui sont double-nationaux, on mettra en œuvre la déchéance nationale. Je sais que vous êtes contre ça. Déchus de leur nationalité, ils seront renvoyés dans leur pays”, a-t-elle insisté au cas où on n’aurait pas bien compris. Sauf que c’est impossible. Déjà parce que tous les fichés S ne sont pas soupçonnés de terrorisme. Certains sont des zadistes, des militants écologistes, des hooligans, des militants de l’ultra gauche ou encore de l’ultra droite. Faudrait-il donc expulser les amis identitaires du Front national qui sont fichés S ?

En outre, la fiche S n’a aucune valeur judiciaire. Elle sert à alerter les forces de l’ordre et à collecter des informations, notamment au sujet des déplacements du fiché. Être fiché S ne veut pas dire avoir commis un délit ou un crime : ce n’est en aucun cas une preuve de culpabilité. Expulser tous les fichés S reviendrait donc à condamner beaucoup de personnes n’ayant jamais commis la moindre infraction, ce qui est illégal.

“L’épargne des Français est en danger”

Selon Marine Le Pen, l’union bancaire mettrait l’épargne des Français en danger. Ce dispositif est le fruit d’une loi adoptée par le Parlement européen en 2014. Elle prévoit la possibilité d’une ponction des dépôts de clients de banques pour contribuer au sauvetage de ces établissements en cas de crise.

Mais il existe une garantie de dépôt de 100 000 euros qui fait que seules les personnes qui possèdent une épargne supérieure à cette somme seraient concernées. Au demeurant, pour en arriver là, il faudrait une crise monumentale. Avant de “ponctionner l’épargne” des Français, comme dit Marine Le Pen, ce seront d’abord les actionnaires, puis les créanciers et éventuellement les gros déposants qui paieraient. Il est donc inutile de cacher vos billets sous votre matelas.