“Chéri(e), tu votes pour qui ?”, les couples à l’épreuve de l’élection présidentielle

“Chéri(e), tu votes pour qui ?”, les couples à l’épreuve de l’élection présidentielle

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Par Virginie Cresci

Publié le

À moins d’un mois de l’élection présidentielle, comment votent les couples qui ne se sont pas rencontrés en manifestation ? Quatre d’entre eux nous racontent tout. 

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Jusqu’ici tout allait bien. C’était le printemps, ils filaient le parfait amour, on venait de changer d’heure, et puis voilà, l’élection présidentielle arriva. “Chéri(e), tu vas voter pour qui ?”, “le revenu universel, t’en penses quoi”, “non, mais tu ne vas quand même pas voter pour elle !”, d’un coup la politique balaya toutes leurs ardeurs.

En quelques semaines, ce sujet est devenu plus tabou que leurs exs, plus relou que leurs mères, plus passionnant que le dernier épisode de leur série ou plus chiant que la vaisselle. Si certains s’entendent aussi bien sur la couleur des rideaux que sur le bulletin à glisser dans l’urne, d’autres en revanche se méfient de la politique comme de leurs vieux secrets et osent à peine aborder le sujet. Enquête sur l’oreiller, de ces jeunes couples à la rude épreuve de l’élection présidentielle.

40 % des couples voteraient pareil que leur conjoint

En 2012, un sondage OpinionWay commandé par Meetic révélait que 40 % des couples votaient pareil que leur conjoint. Il nous disait aussi que 65 % des Français “ne seraient pas gênés de s’installer en couple avec quelqu’un qui aurait des opinions politiques contraires aux leurs”. Ils ne seraient que 34 % à avoir répondu que ça les gênerait vraiment, ce pourcentage étant plus élevé (43 %) chez les sympathisants de gauche.

“Hors de question que je sorte avec un mec de droite”, proteste Florine, étudiante en langues étrangères, “même si Fillon me filait 900 000 euros, jamais”, assure-t-elle. “C’est un peu catégorique tout de même”, nuance Victor qui s’est essayé une fois à une histoire avec une fille militante dans un parti qu’il détestait. “Au début j’essayais d’en faire abstraction”, raconte-t-il, “et puis, ça a fini par devenir un sujet de disputes récurrent. J’ai fini par me poser la question : peut-on vraiment aimer quelqu’un avec qui on ne partage pas les opinions ?”, se demande cet étudiant en philo. Vaste question.

Si l’amour ne s’explique pas, le vote lui, est défini suivant une multitudes de critères sociologiques, comme l’explique la politologue Céline Braconnier dans son livre Une autre sociologie du vote. Les électeurs dans leurs contextes. “On veut croire au mythe républicain où chaque électeur agit seul avec sa conscience dans l’isoloir, dit-elle à Glamour, or l’orientation du vote se fait en famille, et notamment en couple. Et la norme reste de voter pareil”, souligne la sociologue. On a voulu vérifier, alors on a demandé à quatre couples bien différents, comment la politique s’invitait dans leur intimité.

“En 2012, il a voté Sarkozy et je suis encore avec lui”

Gaëlle, 24 ans, est plutôt “écolo-gaucho”, avant qu’elle ne rejoigne les rangs de Hamon, elle soutenait Yannick Jadot. Elle rencontre Kévin il y a 5 ans, quand ils étaient en licence d’histoire. Leur premier rencard ? Un meeting que François Bayrou donnait à Poitiers pour la présidentielle de 2012. “Je me souviens qu’à l’époque il ne le trouvait pas assez libéral quand moi je n’avais retenu que sa proposition pour conserver les forêts françaises”, raconte Gaëlle.

“Ça ne nous a pas empêchés de nous mettre ensemble trois ans plus tard”, confie-t-elle. Mais après quelques mois de relation, elle apprend qu“en 2012, il a voté Sarkozy”. “Et je suis encore avec lui”, s’amuse-t-elle. “Sur le coup, ça m’a un peu dégoûté”, confie Gaëlle, qui se dit finalement “surprise” de constater que malgré leurs différences politiques, ils ont beaucoup de points communs.

Lundi 20 mars, ils regardent ensemble le fameux grand débat de TF1. “Il a été très séduit par Macron”, raconte-t-elle. Même si Gaëlle a converti Kevin sur les enjeux sociaux (le féminisme, les inégalités, l’écologie), ils ne sont pas du tout d’accord économiquement. “Pour éviter de m’énerver, il me dit qu’il va voter blanc mais je sais que c’est faux”, confie-t-elle. Alors au final, pour éviter les conflits, “on a choisi de carrément ne pas en parler”, conclut Gaëlle.

Elle est plutôt à gauche, “il est sur Fillon”

Marion et Quentin ont respectivement 24 et 25 ans et sont en couple depuis 7 ans. Ils viennent de milieux sociaux totalement différents, lui étant d’une famille bien plus aisée qu’elle. Marion raconte que pendant les dîners chez sa belle-famille qui penche plutôt à droite, ça parle politique. Et on n’hésite pas à lui demander pour qui elle va voter. Difficile pour Marion de répondre, elle qui se dit “plutôt de gauche”, de par son milieu social, sans vraiment soutenir de candidat.

Quentin lui, “il est sur Fillon”, nous dit Marion, mais “avec tout ce qui est sorti sur le personnage, je ne risque pas de voter pour lui”, soutient-elle. Marion dit vouloir voter “pour le moins pire”, et pas en fonction de ce que Quentin vote, malgré le fait que ce dernier “aurait tendance à essayer de me faire voter comme lui”, avoue la jeune Bordelaise.

De toute façon, la politique, elle n’y accorde pas une grande importance, et n’en parle jamais. “Quand j’étais petite, on m’a souvent dit que c’était un sujet qui fâche, que la politique, c’était l’art de diviser les gens”, raconte-t-elle.

Il va voter Marine Le Pen, et ça ne changera rien à leur amour

Pour Hugo, 25 ans, sans diplôme, une chose est sûre, dans moins d’un mois, il votera pour le Front national. Cela fait 3 ans qu’il sort avec Marie, de deux ans sa cadette, qui se dit “légèrement de droite” et a jusqu’à lors soutenu le MoDem de Bayrou. Elle qui a été élevée par une mère célibataire très à gauche, va sûrement voter Emmanuel Macron. Autrement dit, rien à voir avec son copain, jeune chef d’entreprise et fils d’un militaire haut gradé.

“J’aime profondément les gens et je leur fais trop confiance”, confie Marie, “alors qu’Hugo pense qu’on ne peut compter que sur soi-même”. Tout, vraiment, semble les séparer et pourtant “notre amour est dû au fait que nous soyons sur la même longueur d’onde”, déclare Marie. Le jeune couple parle souvent politique, “surtout en ce moment”, souligne la jeune comptable.

Le ton peut vite monter”, raconte Marie qui confie qu’Hugo “pense toujours avoir raison.” Mais ce n’est pas la candidate d’extrême droite qui divisera les jeunes tourtereaux. Ils débattent oui, “mais jamais au point de se faire la gueule pour une question politique”, raconte Marie. “Au final, on passe vite à autre chose.”

Elle ne s’intéressait pas du tout à la politique, et il l’a convertie

Sophie, étudiante en chirurgie dentaire de 27 ans, va voter pour la première fois dans quelques semaines. Avant de rencontrer Arthur, aujourd’hui jeune prof d’éco, la politique, elle ne s’y intéressait pas vraiment. “Ça m’agaçait beaucoup, raconte Sophie, donc je ne lisais et n’écoutais rien dessus.”  

Arthur lui, est tout le contraire, étudiant en science politique au moment de leur rencontre, il est très politisé. “Je me suis mis à lui poser pleins de questions, je voulais essayer de comprendre la différence entre la droite et la gauche”, raconte-t-elle. Alors qu’elle était totalement apolitique, on l’a “fichait”, dit-elle, d’être de droite. “Je n’étais simplement pas du tout concernée”, explique-t-elle.

Mais pourquoi donc les amis et la famille de Sophie la croyaient-ils tous de droite ? Sûrement à cause de son ancien métier, elle qui était chef de produit dans l’industrie pharmaceutique. On lui parlait lobbys et capitalisme. S’étant totalement réorientée, d’un point de vue aussi bien professionnelle que politique, elle se sent désormais “plus légitime”, de voter, maîtrisant mieux “les enjeux”, explique-t-elle. Cette fois-ci c’est sûr, elle votera “pour Mélenchon”, comme Arthur.

Ces jeunes couples prouvent qu’on peut s’aimer sans partager les mêmes idées. Regardez Marie-Coline, elle est allée à la marche de Fillon au Trocadéro, alors que son mari “cet intello” de Jean-Pierre est plutôt Macron. Comme quoi, le célèbre dicton de Saint-Exupéry : “Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction”, n’est pas toujours vrai.

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