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Avec C215, le street-art entre au service de la science

Avec C215, le street-art entre au service de la science

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C215 et Georges Charpak, physicien français, prix Nobel de physique de 1992. (Crédit Image : CEA)

Les 15, 16 et 17 juillet, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Saclay, dans l’Essonne, ouvrira ses portes au public afin de lui faire découvrir les oeuvres du street-artist C215, qui a transformé ce “petit village” en galerie d’art.
Lorsqu’il y a un an et demi, Jean-Luc Sida, chercheur au CEA propose à C215, Christian Guémy de son vrai nom, un partenariat entre art et science, sa première réponse est d’abord hésitante – le centre est connu pour avoir été commandé par De Gaulle en 1945 pour des recherches dédiées au nucléaire. Le street-artist de 40 ans accepte néanmoins cette mission :

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Si on se fie uniquement à son nom, il y a une première répulsion c’est sûr. Mais j’ai quand même voulu me renseigner. En fait, ils font de la recherche sur tout un tas de choses, sur les particules, la physique, la chimie, l’infiniment petit, l’expansion de l’espace, la lumière dans les océans, il y a aussi des recherches sur le cerveau, un labo climatologique, des prix Nobel travaillent et ont travaillé là-bas, etc.

C’est un centre un peu irréel où il y a une atmosphère intéressante avec beaucoup de choses qui datent des années 1950. Environ 8000 personnes y travaillent quotidiennement et le centre prend vraiment des allures de petite ville, avec son propre code de la route, une police spéciale, je trouvais ça fascinant.

Au total, 25 de ses oeuvres sont réparties un peu partout dans cet espace presque aseptisé.

Quand Einstein côtoie R2D2

Pour le centre et C215, connu principalement pour ses portraits hauts en couleur, le choix de peindre des visages paraissait évident. Les portraits de personnalités qui ont marqué la recherche scientifique tels que Albert Einstein, Pierre et Marie Curie, Erwin Schrödinger ou encore Henri Becquerel ont eu le droit à un coup de bombe sur des pochoirs à leur effigie. Des portraits de scientifiques célèbres donc, mais pas que.

On pense toujours que les scientifiques sont des sortes de démiurges. J’ai voulu montrer, à travers aussi l’ironie, que ce n’est pas toujours le cas. C’est pour ça que j’ai voulu utiliser également l’imaginaire des sciences.

Il y a toujours dans mes portraits une sorte d’investigation personnelle. Je déteste qu’on me mette dans des cases, je pense que je suis à la fois un anarchiste et un humaniste. Ca peut sembler contradictoire comme ça, j’ai cette volonté de transgresser les règles. Un peu comme dans l’encyclopédie au départ qui décloisonnait les hiérarchies en replaçant l’humain au centre.

Celui qui a aussi bien peint des portraits de sa fille, que de Christiane Taubira ou d’anonymes souvent laissés-pour-compte, explique clairement : “Je pense que dans tous les cas je reste dans le populaire“. Artiste engagé, sans vraiment le dire, il a peint une fresque à l’effigie de la garde des sceaux, alors cible de propos racistes. “C’est l’oeuvre dont je suis le plus fier pour l’instant, raconte-t-il, c’était une évidence pour moi de faire ce portrait car je suis en accord avec ses opinions et je ne comprends même pas pourquoi ça a fait autant polémique“.

E=mC215 ou comment associer science et art

On reconnaît, au titre du projet, la célèbre équation d’Einstein remasterisée pour que cette rencontre entre art et science prenne tout son sens. Pour Elisabeth De Lavergne, il s’agit vraiment d’une première :

On voulait trouver une nouvelle manière de parler de science, de toucher d’autres publics. Il n’y a aucun street-artist qui a investi de cette manière ce champ de la science. Ce qui était super avec Christian c’est qu’il a fait énormément de recherches, il s’est beaucoup investi – la somme que nous lui donnons ne couvre même pas ses frais de matériel – et a été vachement curieux.