Cette Américaine veut changer votre perception des MST

Cette Américaine veut changer votre perception des MST

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Par Alexandra Phanor-Faury

Publié le

Depuis quelques années, le STD Project permet aux personnes tout juste diagnostiquées de lire des témoignages d’autres malades pour briser le tabou autour des MST.

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Quand Jenelle Marie Davis, 16 ans à l’époque, a été diagnostiquée d’un cas d’herpès génital sévère, elle s’est sentie honteuse, seule et effrayée. Victime des jugements moralisateurs sur la sexualité débridée associée à la maladie, traitée froidement par son médecin et harcelée par les autres élèves du lycée, elle a commencé à être affectée par une dépression.

“Je pensais que personne ne m’aimerait, que je ne me marierais jamais, ni n’aurais d’enfant,”, confie-t-elle à Konbini.

Il a fallu plusieurs années, beaucoup de recherches, et une meilleure compréhension de la réalité de la maladie pour qu’elle accepte ce diagnostic. Trouver des informations médicales en ligne était facile, mais les témoignages de gens ayant contracté des maladies sexuellement transmissibles étaient en revanche inexistants :

“Les conséquences sociales d’être porteur d’une MST sont énormes et il n’y avait rien sur Internet à ce sujet. Personne ne partageait son expérience.”

Ce manque de témoignages a poussé Jenelle Marie Davis à lancer le STD Project (“le Projet MST”, en français), une initiative pour éradiquer les discriminations dues aux MST et sensibiliser, éduquer et promouvoir la tolérance à travers des récits et des ressources publiés sur un site Internet.

Jenelle Davis veut que les gens réalisent qu’être diagnostiqué d’une MST n’est pas une condamnation à mort, et qu’il est tout à fait possible de vivre une vie riche et épanouissante en étant porteur. Konbini a interviewé Jenelle Davis sur son rôle d’ambassadrice des porteurs de MST, son projet et sur les implications de la maladie sur la vie sentimentale.

Konbini | Comment le STD Project est né ?

Jenelle Marie Davis | Tout a commencé en avril 2012. J’avais 29 ans à l’époque et je travaillais à plein temps comme comptable. Pour être honnête, c’est après une soirée arrosée que l’idée m’est venue. J’avais toujours voulu aider les autres alors j’ai commencé à creuser : quelles sont les informations que les gens cherchent ? Quelles sont les sources disponibles ? Et ainsi de suite…

Depuis, plus de deux millions de personnes ont visité le site. Nous envisageons de lancer 11 sites supplémentaires pour étendre notre portée.

Au bout du compte, le but est d’aider les gens à travers des histoires. C’est ce qui manque le plus. Il y a beaucoup d’informations médicales, de faits, mais personne ne parle de tout ce qu’il y a à côté : le fait de devoir en parler à son partenaire par exemple. C’est là que le projet entre en jeu avec le message : “Vous êtes super et tout va bien se passer !”

Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez entendu parler de l’herpès ? C’était lors de votre diagnostic ?

Non, c’était avant ça. C’est drôle d’ailleurs, mais je ne me souviens pas que le sujet ait été abordé en cours d’éducation sexuelle à l’école. Si c’est le cas, c’est rentré dans une oreille et ressorti par l’autre. La première fois que j’ai entendu parler de quelqu’un qui avait une MST, je m’en souviens très bien.

L’une de mes meilleures amies vivaient dans un camping à l’époque et elle m’a raconté qu’une des filles avait attrapé l’herpès parce qu’elle avait couché avec tout le camping. Dans mon esprit j’ai donc associé les MST au fait de coucher à tout-va.

Bien sûr, un an plus tard, quand j’ai moi-même contracté l’herpès, c’était aussi via un partenaire sexuel. Je ne sais pas qui. J’ai commencé à avoir des symptômes. Au début je n’ai rien dit mais ça a empiré, j’en ai alors parlé à ma mère et nous sommes allées voir le médecin.

Le généraliste a été horrible. Il m’a ausculté, puis il est sorti de la pièce sans rien dire. Peut-être ignorait-il comment annoncer la nouvelle à une fille de 16 ans. Quand il est revenu dans le cabinet, il m’a dit : “Tu as de l’herpès, c’est le pire cas que j’ai vu de ma vie, voilà une ordonnance.”

Il ne vous a pas donné plus d’informations sur la maladie ?

Non aucune. Dire que c’est le pire cas qu’il n’ait jamais vu était juste ridicule. Il n’a pas expliqué comment ça se transmet ou qu’on peut l’attraper juste via du sexe oral.

Mon diagnostic a été une expérience horrible. Lancer le STD Project et travailler avec Positive Singles, un site de rencontre pour personnes atteintes de MST, a changé les choses. Ça m’a permis de découvrir que plein de gens avaient eu la même expérience que moi.

Personnellement, j’étais dévastée à la suite de ce premier rendez-vous médical. J’avais l’impression d’être abîmée et que personne ne me désirerait plus jamais. Ça m’a pris beaucoup de temps pour passer au-dessus de ça. Je me suis vue comme ça tellement longtemps.

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Traduction : “J’ai de l’herpès, mais je suis toujours super belle !”

Quelle était votre expérience en tant qu’adolescente qui vivait avec l’herpès ?

J’ai beaucoup été chahutée. On m’a forcée à dormir sur le sol pendant les soirées pyjama, l’une de mes amies a déconseillé aux garçons de sortir avec moi parce que j’allais essayer de les infecter… Heureusement l’un d’entre eux a décidé de l’ignorer et nous sommes sortis ensemble.

Encore aujourd’hui, les gens me disent que je veux juste les infecter pour me venger des hommes. C’est cruel de dire ça. La bonne nouvelle c’est que ce n’est plus autant la norme qu’avant.

Je reçois beaucoup de retours positifs sur le STD Project. Les gens sont vraiment reconnaissants du travail que l’on fait. On me demande pourquoi j’accepte d’associer autant mon image aux MST. Je suis arrivée à un stade de ma vie où j’ai confiance en moi. Je ne m’intéresse plus à ce que les gens pensent.

Comment se protéger des MST ?

Je pense que la communication est un bon départ. Elle permet d’échanger sur les pratiques qu’on veut choisir dans ses relations. Cela peut consister à se faire tester régulièrement, d’éviter les contacts sexuels si l’un des deux partenaires est justement en pleine éruption d’herpès, etc. Parler avec son partenaire est la première chose à faire.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet