En 2016, la NSA a collecté 151 millions de coups de fil d’Américains (et il paraît que c’est peu)

En 2016, la NSA a collecté 151 millions de coups de fil d’Américains (et il paraît que c’est peu)

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Par Thibault Prévost

Publié le

Selon un premier rapport de transparence, l’agence de renseignement américaine a récupéré 151 millions de coups de fil l’année dernière. Un chiffre en baisse, paraît-il.

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Le 2 mai, la publication d’un inédit rapport de transparence annuel autour des activités de la NSA révélait que l’agence américaine de renseignement intérieur a intercepté et stocké 151 millions de conversations téléphoniques en 2016. Ce chiffre, qui peut paraître monumental, prend une signification encore plus importante lorsque l’on se souvient qu’en 2015 le Congrès américain faisait passer une loi “post-Snowden” – le USA Freedom Act – visant à limiter l’accès des services d’espionnage à de larges volumes de données, après que ces pratiques ont été rendues illégales. Au vu du contexte, on peut donc considérer que la NSA a espionné 151 millions de conversations d’Américains en ayant les mains partiellement liées par la loi.

Autre conséquence de cette loi censée réguler un tant soit peu la collecte massive de données (“bulk data”, en VO) : l’obligation qu’a désormais le bureau du directeur des services de renseignement de publier un rapport d’activité annuel, qui permet d’estimer l’ampleur des systèmes de surveillance déployés par l’agence dans sa lutte contre le terrorisme. Les données des 151 millions de conversations espionnées incluent les métadonnées téléphoniques, comme l’heure de l’appel, sa durée et les numéros des deux interlocuteurs concernés.

Si le contenu des appels n’est (en théorie) pas écouté, ces métadonnées sont largement suffisantes pour connaître la vie de quelqu’un, l’inculper dans une affaire criminelle ou terroriste, ou le placer sous surveillance plus approfondie. Autre information révélée par le rapport, le nombre d’individus suffisamment suspects pour que la NSA demande des mandats d’espionnage : en 2016, cela concernait 46 personnes.

En 2014 l’agence collectait “des milliards de relevés par jour”

Du côté de l’agence, on relativise ces résultats avec un argumentaire plutôt terrifiant : selon l’agence de presse Reuters, un porte-parole de la NSA a très calmement expliqué que ces chiffres étaient la preuve que les activités d’espionnage avaient grandement diminué puisque à l’époque pré-Snowden, en 2014, une étude gouvernementale estimait que la NSA collectait “des milliards de relevés par jour”. En plus, précise la NSA, le chiffre de 151 millions ne correspond pas à un nombre de personnes espionnées car une même personne peut être écoutée des dizaines ou des centaines de fois, sans compter les doublons liés aux différents opérateurs téléphoniques contactés pour espionner un même numéro – le phénomène dit de “duplication”.

Il y aurait donc, selon la NSA, une différence énorme entre le nombre de coups de fil interceptés et le nombre de citoyens concernés. Le seul souci, c’est que l’agence ne veut pas divulguer le second chiffre, ce qui ne nous laisse plus qu’à conjecturer. Selon le même rapport, cependant, on apprend que 1 934 personnes ont été formellement “identifiées” par les services “aux États-Unis”, contre 2 232 l’année précédente, ce qui témoigne effectivement d’un ralentissement des mécaniques de surveillance de masse.

Par ailleurs, vendredi 28 avril, l’agence annonçait qu’elle mettait fin à un dispositif phare (et polémique) de sa politique de surveillance post-2001 permis par le Patriot Act : la collecte de SMS et mails de certains citoyens des États-Unis vers l’étranger. Après 15 ans en roue libre, il semblerait donc que la politique de surveillance américaine commence (doucement) à être régulée.