React is the new poke : pourquoi Instagram est objectivement le meilleur des Tinder

Publié le par Konbini,

Comment ça, ton crush regarde toutes tes stories ?

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Vous souvenez-vous de la pub Meetic diffusée en 2012 ? Le principe du spot (réalisé par Maïwenn, d’ailleurs) était assez efficace : une jeune femme énumère les différents critères “statistiques” qui amèneront à rencontrer son futur partenaire de vie. Cette âme sœur du même âge, qu’elle rencontrerait sur son lieu de travail ou via des amis, ne semble pas lui convenir car, selon elle : “Les rencontres, elles se font partout mais surtout ailleurs.

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Dix ans plus tard, Meetic n’a clairement plus le statut de site de rencontres de référence. Entre-temps, ont débarqué les très populaires applications de “rencontres” (dating app) comme Tinder, Bumble ou encore OkCupid. Ces applis qui mettent en relation des profils variés pourraient nous faire penser que la fin du déterminisme social dans nos relations romantiques a enfin sonné.

Pas. Du. Tout. Je suis navré pour la jeune femme du spot Meetic mais les statistiques ne mentent malheureusement pas. Qui se ressemble, s’assemble et le fait d’entretenir une relation avec quelqu’un de son milieu professionnel, de son âge ou encore de sa classe sociale ne s’est pas arrêté en dix ans. L’homogamie a encore de beaux jours devant elle et les applis de rencontre n’y ont pas changé grand-chose.

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Instafollow, Instamatch ?

Mais, dans ce cas, pourquoi continuer de chercher sa future moitié sur des applications de rencontres ? Entre les dizaines de discussions qui n’aboutiront jamais, les profils non contractuels ou les dates foireux, les rencontres qui se feraient “souvent ailleurs” ont comme un goût de bis repitita.

Pourtant, il existe, depuis maintenant douze ans, Instagram, une application qui, à part si vous êtes un influenceur aux millions de followers, vous permet de garder contact avec vos ami·e·s, vos connaissances et bien sûr : vos crushs.

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En réalité, Instagram a tout de la parfaite application de dating. On ne parle pas d’aller stalker des profils d’inconnus (chelou). Avec les follows en commun, le choix de mettre en privé ou non et son ton globalement assez léger, Insta a généré un réseau social de “connaissances plus ou moins proches“. Ce n’est pas que la famille (Facebook), les contacts pros (LinkedIn), ses potes de lycée (Snapchat) ou encore les rageux (Twitter).

C’est sûrement là que se trouve l’amour finalement, en tout cas, d’après les statistiques – et non pas la pub Meetic d’il y a dix ans. D’ailleurs, en 2022, lorsqu’on rencontre quelqu’un IRL, le réflexe de demander son Insta a quasiment supplanté celui du 06.

L’heure a sonné.

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Il y a ensuite le follow et le follow back : est-il instantané ? Son profil est-il en privé et très sélectif ? Sinon, combien de temps la personne a-t-elle pris pour valider le follow ? Et à quelle heure, d’ailleurs ? 3 heures du matin !? Tant de questions qui nous rappellent cette époque où Zoé se demandait si Victor la ghostait par SMS ou n’avait juste plus de crédit sur son forfait M6 Mobile.

Stalking honnête pour timides avertis

Instagram a créé un système de réseau social en orbite : on se tourne autour. On sait qu’il est toujours extrêmement difficile d’envoyer le premier message sur Tinder, de trouver la bonne inspiration pour l’accroche Bumble, et alors je ne parle même de se lancer dans la vraie vie – ça va pas ou quoi ?

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Insta a accumulé des fonctionnalités d’interaction proposant de très nombreux degrés d’intimité possibles et cela permet donc de jauger. Évidemment, il y a d’abord les posts mais autant dire qu’un like ou un commentaire n’a pas une grande valeur, puisqu’ils sont publics, justement, tandis que la séduction se joue évidemment dans l’intime – désolé, mais le like sur votre photo de BG sur la plage ne veut rien dire.

Imaginez avoir un tableau à multiple entrées permettant d’évaluer la réciprocité d’attirance de votre interlocuteur·rice. Même les célibataires les plus réservés peuvent trouver dans Instagram des solutions à leur timidité.

Si Instagram a rencontré son succès, c’est d’abord et avant tout grâce aux stories. Bien que Snapchat en ait la primauté, Instagram a sublimé la fonctionnalité dès 2016. Que celle ou celui qui n’a jamais surveillé les faits et gestes de son crush via ses stories me jette la première pierre. Car, au-delà de pouvoir partager et regarder le quotidien de ses connaissances, les stories Insta permettent de surtout de savoir qui les regarde.

Déjà, cela permet de se mettre sur un niveau de transparence égal. Les stalkeurs chelous seront identifiés et redirigés vers la sortie – “bloqués”, comme dirait Orelsan. Pour le reste, vous saurez qui de vos amis, votre famille, vos collègues ont vu vos stories mais aussi… votre (ou vos) crush(s).

Si vous êtes plutôt réservé, vous opterez sûrement pour l’option “story pour amis proches”, encore un autre niveau d’intimité défini selon vos critères, par ailleurs – “comment ça, je suis dans ses amis proches ?”.

Enfin, il y a l’ordre d’affichage de ceux qui scrutent vos faits et gestes. Pour le coup, les voies de l’algorithme restent encore assez impénétrables sur cette fonctionnalité mais une chose est sûre : celleux qui sont tout en haut regardent très souvent vos stories. Cela peut être, bien évidemment, une coïncidence, un hasard fortuit ou encore de fausses idées que votre cerveau embrumé par l’amour fantasme. Dans tous les cas, si cela fait cogiter, supputer ou théoriser, c’est que ça chauffe pour votre petit cœur.

React is the new poke

Là où Instagram a frappé fort, c’est avec les réactions (reacts) aux stories. Un émoji flamme, un émoji cœur, un texte personnalisé ou même, depuis peu, un simple “like” sur une story. D’autant que vous pouvez répondre vous-même, et de la manière dont vous le souhaitez, à ces reacts. Allez-vous faire de même, respecter la réciprocité du react ou, au contraire, tenter de monter d’un cran ?

Voici finalement revenir le poke 2.0 qui, autrefois, rendait fou Facebook car l’ambivalence de la pichenette semblait ne mettre personne d’accord, son sens variant de “lol c’est marrant” à “t’as vu que Dylan me le renvoie directement à 1 heure du matin ??” [sic, collège random, 2009].

Adolescents essayant d’analyser le sens du dernier poke de Noémie. [Random collège en France, 2010, colorisée]

Dans tous les cas, une réaction laissée en vue n’a aucune conséquence (si vous ne forcez pas ensuite, évidemment) mais c’est déjà chouette si cela accroche.

C’est une toute première étape qui peut permettre de briser la glace. Et c’est parfois tout ce qui vous manque pour ce crush rencontré en deuxième année de BTS et que vous avez gardé sur Insta sans jamais oser lui déclarer votre flamme. Pourtant, il regarde toutes vos stories. “Oh et tiens ? Il vient de réagir avec une flamme, d’habitude il ne fait que liker, je lui réponds ? Après tout, ça ne coûte rien.”

On ne dirait pas mais entre ces deux situations, il y a un monde.

De simples reacts, de longues discussions passionnées sont nées, des vocaux enflammés ont été prononcés, des cafés ont finalement été proposés. C’est sûrement la plus grande force d’Instagram : avoir réussi à créer une mosaïque d’interactions variées et de moyens de communication aux degrés d’importance aussi divers que subjectifs, permettant à chacun de vaincre, à son rythme, une timidité plus ou moins handicapante.

En même temps, chacun a sa propre définition de ce que signifie chaque geste, cœur sur message ou émoji flamme, mais si cette vision vient à être partagée par votre âme sœur qui orbite autour de vos stories depuis tant de jours, mois ou années, c’est peut-être le moment… ou pas, mais il n’y a pas d’amour sans risque et, de toute façon, les rencontres se font toujours partout. Point.