Tennis Manager, quand la petite balle imite (avec brio) Football Manager

Publié le par Alix Dulac,

Capture d’écran Youtube Tennis Manager

Parce qu’il n’y a pas que du foot. Parce qu’il y a du tennis aussi.

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Parce qu’il y a Gaël Monfils déjà. Et parce qu’on n’avait jamais autant vibré devant son écran de PC depuis des lustres, Tennis Manager valait bien que Konbini se penche sur son cas. Et le petit ne manque pas d’atouts.

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Imaginer un bon jeu de tennis en 2021 (bientôt en 2022) relève du miracle. Certes, il y a bien Tennis World Tour 2, qui comme son chiffre l’indique, n’en est pas à son coup d’essai. Ou encore AO Tennis, 2 toujours. Deux jeux qui font en partie le job mais qui n’ont, pour le moment, toujours pas replongé le joueur dans l’état de transe et de frénésie que pouvaient procurer à leur époque les sagas Virtua Tennis ou encore Top Spin. Le dernier volet de l’ultime cité date de 2011. Dix ans. P*****, dix ans. Une éternité quoi.

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Mais depuis le 7 septembre, la donne a changé. Grâce à une bande d’Irréductibles passionnés. Une vingtaine de passionnés. Direction Angoulême et les bureaux de Rebound Capital Games. Une entreprise française, cocorico, tenue par Augustin Pluchet. Ancien employé du groupe TF1 (il était analyste en stratégie), l’intéressé a aussi eu une connexion forte avec le monde du jeu vidéo, du sport (il a notamment fondé une boîte spécialisée dans le conseil dans le sport, auprès d’athlètes et de marques) et de l’e-sport. Et notamment du tennis.

“Le tennis, dernier sport sous-exploité des sports majeurs dans le jeu vidéo”

“J’ai travaillé dans cet univers, en créant une marque dédiée pour ce sport (Technifibre aux États-Unis), explique Augustin. J’ai également collaboré avec des éditeurs et distributeurs de jeux vidéo, que ce soit pour la gestion de leurs licences ou certains de leurs programmes dans le domaine de l’eSport. Au fur et à mesure du temps, j’ai compris que le tennis était le dernier sport sous-exploité des sports majeurs dans le monde du jeu vidéo.”

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Des bagages utiles qui lui ont permis de mettre sur pied son bébé, porteur de promesses. Tennis Manager 2021, puisqu’il s’agit de lui et après un passage par la voie de l’accès anticipé cet été, est disponible depuis le 7 septembre dernier. Derrière ce nom qui en rappelle un autre, celui de Football Manager, derrière cette aventure née et fondée sur fonds propres, comme aime le rappeler son créateur, se cache la même ambition : nous plonger dans le monde du tennis, mais version staff et non plus manette en main version joueur.

“C’est une approche hyper ludique, hyper facile d’accès, confie Norman ‘Genius’ Chatrier. On se retrouve devant un jeu très profond, très clair et très simple”. L’intéressé sait de quoi il parle.

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L’inspi, c’est Patrick Mouratoglou

Champion d’Europe sur le jeu de versus-fighting Tekken, primé à de multiples reprises sur le sol français, Norman est aussi le petit-fils de Philippe Chatrier. Le court central de Roland-Garros, c’est un peu sa deuxième maison et le tennis, un peu sa deuxième vie, lui qui avait notamment couvert à deux reprises les premières éditions des Roland-Garros eSeries, le pendant eSport du tournoi français du Grand Chelem. Avant d’aller plus loin, rappelons tout de même ce qu’est Tennis Manager : un jeu de gestion dans lequel le joueur incarne non pas un joueur mais le dirigeant d’une académie de tennis. Façon Patrick Mouratoglou, avec qui Augustin Pluchet, comme avec d’autres personnalités du tennis, entretient une relation de proximité. Clin d’œil assumé donc vu la réussite du technicien français ces dernières années avec le Grec Stefanos Tsitispas en figure de proue aujourd’hui. Le choix de ce dernier dans ces lignes n’est pas anodin : il fait partie, tout comme Gaël Monfils, des plus de 300 joueurs et personnalités du tennis étant officiellement sous licence dans le jeu. La base de données contient en tout 5 000 personnes et 2 000 tournois recensés des circuits ATP et WTA. Oui, car on n’oublie pas la gente féminine dans Tennis Manager. Et ce n’est “qu’un début”, assure de son côté Augustin Pluchet.

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Ici, à l’instar d’un Football Manager, le rôle du joueur est de faire fonctionner son académie, fructifier les partenariats mais surtout de développer ces jeunes pousses, au point de voir éclore le ou la future superstar de la petite balle jaune mondiale. Soit on reprend une académie déjà existante, soit on la crée de toutes pièces. Et tant pis si les noms ne sont pas exacts ou toujours officiels. Il existe un éditeur de données, ce qui devrait rappeler de bons souvenirs aux amoureux transis de la licence Pro Evolution Soccer.

“Le jeu est top, parce qu’on s’y croit vraiment, reprend Norman. Il est passionnant et il est passionnant ingame. Ok, ce n’est pas Top Spin 4 mais il est agréable à regarder. On peut se prendre au match, ce n’est pas comme Football Manager avec des petits points.” Si les petits points ont depuis bien longtemps laissé place à des joueurs en 3D chez le jeu des Anglais de Sports Interactive, on ne peut nier que le moteur utilisé pour Tennis Manager est de meilleure facture. Si on peut chipoter sur les animations, rien à redire en revanche sur le suivi d’un match et les conséquences de tel ou tel coaching mental ou technique, le tout en temps réel, même si, parfois, on peut toujours se demander si telle ou telle remarque a bien eu l’effet escompté… ou si c’est notre intervention et non l’algorithme du jeu qui a renversé le sort de telle ou telle rencontre.

Des vrais joueurs impliqués, les streamers emballés, les fédés sous le charme

L’implication de vrais joueurs a été forte. On pense notamment à Clara Burel, vue (elle était en appel vocal) dans un live du streamer Domingo – lui-même passionné de tennis et qui a donné la réplique à Zerator et Gaël Monfils aux côtés de Benoît Paire récemment à… Roland-Garros –, qui avait décidé de la coacher dans le jeu puis de débriefer l’expérience avec elle en vrai. Ou encore Corentin Moutet et Grégoire Barrère. “C’est nécessaire de les voir impliqués dans ce projet-là, assure Norman, qui a notamment animé sur la plateforme Twitch plusieurs épisodes de ‘King of ze court’, des lives prétexte à découvrir le jeu, en réunissant des streamers reconnus pour leur appétence pour le tennis (Rivenzi, Quento, Domingo) et des joueurs du circuit actuel français. Seuls eux ont joué contre les vrais joueurs. Seuls eux peuvent être précis sur ce qu’ils ressentent avant le match, pendant le match, à l’entraînement.”

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Pour ce qui est des notes, là aussi, le modèle Football Manager est prégnant. L’équipe d’Angoulême n’est peut-être pas le Barça en termes d’organigramme, mais elle se défend, à l’aide de scouts mobilisés un peu partout. La fédération allemande est venue grossir le projet, qui ne demande qu’à décoller, à l’heure où le tennis international n’a jamais semblé aussi enclin à ouvrir ses portes à une nouvelle génération de joueurs émérites. “Les fédérations sont très intéressées par notre jeu qui a vocation à éduquer les fans de tennis et toucher un public plus jeune d’une manière assez innovante. On discute pour la prochaine version et la FFT à nos côtés ferait sens”.

Parti d’un budget de 2 millions d’euros environ, et après cinq ans de recherche et développement pour élaborer la simulation de match, le projet Tennis Manager semble prêt à décoller. Sur Steam, les avis sont dithyrambiques (près de 86 % de joueurs satisfaits), ce qui appelle une arrivée sur d’autres supports. “On discute avec des éditeurs pour accélérer le développement de la licence à l’international, assure Augustin. On veut lancer une nouvelle version de Tennis Manager tous les ans, se rapprocher de la récurrence de FM, avec des sorties sur PC, MAC, mobile et consoles. On a aussi des discussions autour de la simulation de match et sur l’idée de sortir une version simulation à la Top Spin, ce que les fans attendent depuis des années… Enfin, on veut accélérer l’évolution du studio avec le lancement de nouvelles licences de management sur d’autres sports, grâce à notre savoir-faire.” La petite balle jaune chez Rebound n’a pas fini de rebondir.