Voici à quoi pourraient ressembler les festivals cet été

Publié le par Valentin Després,

Rilès au festival Solidays en 2018. (Photo Victor Laborde)

On s’est entretenus avec quelques festivals majeurs pour savoir ce qui nous attend cet été, pour le meilleur ou pour le pire…

A voir aussi sur Konbini

Sommes-nous sur le point de vivre le cauchemar d’un deuxième été sans festivals ? Beaucoup croyaient qu’une année blanche était le pire des scénarios envisageables, mais force est de constater que l’évolution de la situation épidémique a de quoi faire redouter une seconde vague d’annulations.
Coachella aux États-Unis et Glastonbury en Angleterre sont les deux premiers événements musicaux de portée internationale à avoir annoncé leur annulation. La semaine dernière, Solidays, qui se déroule à Paris, est devenu le premier festival français à renoncer à son édition pour la deuxième année consécutive.

“Nous ne sommes pas abattus, nous sommes tristes”, a confié à Konbini Luc Barruet, directeur de l’association Solidarité Sida. Il continue : “Notre cas est particulier : Solidays n’a pas pour vocation de dynamiser un territoire ou de défendre une couleur musicale, mais de réduire la détresse humaine. Pour cela, il faut des fonds. L’hypothèse que notre festival puisse se tenir normalement est désormais tellement faible que nous préférons nous concentrer sur la recherche des 3,5 millions dont nous avons besoin avant la fin du mois de juin.”
La ministre de la Culture a pourtant déclaré que l’hypothèse d’un “été sans festivals était exclue”, mais à quoi vont-ils bien pouvoir ressembler ?

Publicité

Différents formats envisagés

Le 29 janvier dernier, Roselyne Bachelot s’est entretenue avec 14 organisateurs lors d’une réunion en visioconférence, pour discuter “des modalités et du calendrier qui permettraient d’envisager la tenue des festivals au printemps et en été”. Celle-ci s’est terminée par un renvoi, deux semaines plus tard, afin d’avoir le temps de réfléchir à des propositions. En attendant, plusieurs formats de festivals sont à l’étude.
L’hypothèse la plus optimiste reste celle d’un festival classique. Après tout, peut-être que d’ici quelques mois, le Covid-19 ne sera plus un sujet de conversation quotidien. Peut-être même qu’il sera un souvenir assez lointain pour que l’on puisse se permettre de danser devant les murs d’enceintes, transpirer au contact d’autres bras nus, applaudir nos artistes préférés et boire des bières pression à 7,50 euros, que l’on déboursera cette fois-ci avec un plaisir non feint. Peut-être… mais pour l’instant, ce doux rêve “pas très Covid”, selon l’expression consacrée, semble bien éloigné de la réalité que nous vivons depuis de trop nombreux mois.
D’après les organisateurs, une avancée significative de la campagne de vaccination reste le seul espoir d’envisager un véritable retour à la normale. Sa progression n’est pas aussi rapide qu’annoncée, mais l’été est encore loin. D’ici là, certains veulent croire que la population la plus fragile sera vaccinée et qu’un système de tests rapides, antigéniques ou salivaires, pourra être déployé à l’entrée des sites. We Love Green se prépare à cette éventualité et a récemment publié un sondage afin de savoir, entre autres, si les spectateurs seraient prêts à payer leur billet un peu plus cher s’il comprenait un test.

Est également évoquée la possibilité de demander aux festivaliers de porter le masque. Matthieu Ducos, directeur de Rock en Seine, n’y voit pas d’inconvénient majeur. “Un festival masqué ? J’y crois assez. Nous avons une petite expérience dans ce domaine puisque nous avions organisé l’année dernière l’opération Festival des festivals, qui était à mi-chemin entre une soirée de concerts et une émission télé. Le public, assis et masqué, était à l’écoute des consignes : il s’est levé mais a respecté le jeu de la distance.”
D’autres organisateurs sont plus sceptiques. C’est notamment le cas de Julien Sauvage, directeur du Cabaret vert à Charleville-Mézières, dans les Ardennes : “Nous sommes à la croisée du Nord et de la Belgique. Ici, on mange bien, on boit bien et sincèrement, je ne pense pas que le port du masque soit possible.”

Publicité

“Il y a festivals et festivals”

Lors d’une interview accordée à France 2 le 10 février dernier, Roselyne Bachelot a déclaré que les festivals debout “posaient des difficultés” en termes de maintien des normes sanitaires. Gloups ! Vous vous imaginez, vous, au Hellfest, les jambes croisées devant System of a Down ? Ou assis en tailleur devant 13 Block à We Love Green ?
“L’intérêt du festival, c’est que l’expérience ne se résume pas à celle d’une salle de spectacle”, amorce Matthieu Ducos. “On peut y naviguer à loisir, picorer différents concerts, avec une multitude de propositions artistiques au même moment. Si les déplacements ne sont pas libres, l’intérêt est moindre”, regrette-t-il. Même si l’idée d’un festival assis peut sembler absurde de prime abord, certains continuent d’étudier cette possibilité afin de sauver leur édition 2021.
Une fois la question “debout ou assis” réglée, se pose celle de la jauge. En 2019, le Hellfest accueillait 190 000 personnes, les Eurockéennes 130 000, We Love Green 80 000… Il est certes difficile d’évaluer l’évolution de l’épidémie dans les mois à venir, mais l’impossibilité d’accueillir un tel volume de population, et donc l’obligation de réduire les jauges, semble fort probable.
Encore faut-il déterminer la réduction en question. “Si l’on passe de 70 000 personnes par jour à 5 000, cela va poser problème au niveau de l’équilibre économique, relève Jérôme Tréhorel, directeur des Vieilles Charrues, à Carhaix-Plouguer, dans le Finistère. Notre festival est une grosse machine : nous savons accueillir beaucoup de monde, mais organiser quelque chose de plus petit est différent ! Il est donc urgent de savoir si le debout et les jauges pleines seront autorisées parce qu’il nous faut du temps pour étudier la faisabilité économique de ce nouveau format.”

Publicité

Course contre la montre

Le 18 février prochain, Roselyne Bachelot annoncera de nouvelles mesures. Certaines incertitudes pourraient toutefois ne pas être levées, en raison de l’imprévisibilité de la propagation du virus. Pourtant, il est encore temps d’enclencher, ou d’éviter, certaines dépenses de production.
“Tous les festivals sont en retard. Comme nous sommes obligés de travailler, nous ne pouvons pas bénéficier du chômage partiel. J’essaie de minorer les dépenses au maximum mais je ne peux pas attendre le mois de mai pour travailler sur la décoration ou les constructions du festival”, regrette Julien Sauvage.
La lenteur des décisions aura un impact différent sur les évènements, en fonction de leur place dans le calendrier. Le Hellfest, qui doit construire une ville éphémère destinée à accueillir 60 000 personnes par jour au milieu du mois de juin, dispose d’un temps de rebond moins important que les Francofolies par exemple, ayant lieu fin août et étant constituées de plusieurs scènes montées dans la ville de La Rochelle.

Optimisme et inquiétudes

Aucun organisateur n’estime déraisonnable l’idée d’interdire la tenue de festivals “normaux” si la situation épidémique l’exige. La plupart d’entre eux témoignent par ailleurs de la bonne volonté des pouvoirs publics de leur venir en aide. Les annulations de l’été 2020 leur ont porté un véritable coup au moral mais les subventions, les aides venues d’entreprises partenaires et le chômage partiel ont permis à la plupart des structures de tenir. Une deuxième saison blanche serait plus dure. Pour l’éviter, le développement de solutions alternatives semble donc primordial.
Solidays réfléchit par exemple à une “version télé” de son événement. Le Cabaret vert, engagé par ailleurs sur une réflexion portant sur l’agrandissement du festival, a déjà pensé à la mise en place d’un tiers lieu éphémère “qui inclurait une guinguette, un cinéma de plein air, une brocante… Bref, un lieu culturel d’échange, bien que très différent d’un festival standard”.
Des réponses claires et rapides seront nécessaires afin d’avancer dans l’élaboration de ces projets alternatifs : debout ou assis ? Et avec quelles jauges ? Les organisateurs demandent aussi à l’État de les accompagner dans la gestion du risque. Accepter de jouer avec des jauges réduites : pourquoi pas ? Mais des garanties doivent permettre de compenser le risque financier.
Pour le moment, et même si de nombreuses interrogations persistent, l’optimisme reste de mise. “La faculté d’adaptation est l’une des compétences clés du secteur de l’événementiel”, rappelle le directeur des Vieilles Charrues, et les festivals n’en sont pas à leur première crise. Espérons toutefois que celle-ci puisse trouver une fin rapide et heureuse. Éléments de réponse ce jeudi 18 février.

Publicité